Les phtalates dans les jouets

En bref

  • De simples jouets en plastique, qui font partie de la vie quotidienne de votre enfant, pourraient être dangereux pour sa santé
  • La plus importante des compagnies pétrolières cotées en bourse se bat pour maintenir l'utilisation de phtalates dans les jouets de vos enfants et dans les produits ménagers courants, prétendant qu’ils sont sans danger
  • Il a été prouvé que les phtalates sont des perturbateurs endocriniens, associés au cancer, à l'asthme, à des troubles neurodéveloppementaux, à un faible QI, à des problèmes de comportement, etc.
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Les compagnies pétrolières luttent pour maintenir l'utilisation de leur poison dans les jouets

10 Octobre 2017 | 160 Visualisations |
Édition: Français

Dr. Mercola

Vous êtes probablement très attentif à l’alimentation de votre enfant, à sa sécurité et à sa scolarité.

Mais saviez-vous que les jouets en plastique tout simples avec lesquels il joue tous les jours pourraient être dangereux pour sa santé et son bien-être ?

Malheureusement, les produits chimiques que l’on trouve dans ces jouets peuvent aussi être présents dans vos sols, dans vos récipients alimentaires, dans votre rideau de douche et dans votre lessive.

Certaines substances chimiques sont si dangereuses qu’elles ont été interdites dans la fabrication des produits de consommation, et d'autres uniquement dans la fabrication des produits pour enfants.

Des produits chimiques qui ont été interdits pour la fabrication des jouets de vos enfants peuvent être utilisés dans les sols sur lesquels ils marchent à quatre pattes, et peuvent être absorbés par l’intermédiaire de leurs mains, ou ingérés ou inhalés via la poussière.

L'une des plus grandes compagnies pétrolières au monde se bat aujourd’hui pour maintenir l’utilisation des phtalates - des substances chimiques qui sont des perturbateurs endocriniens reconnus.

Les enfants, dont les systèmes neurologique et endocrinien sont en plein développement, sont particulièrement vulnérables aux effets nocifs des phtalates.

ExxonMobil se bat pour prouver l’innocuité des phtalates

ExxonMobil est la plus grande compagnie pétrolière et gazière cotée en bourse, au monde. Son Directeur Général, Rex Tillerson, place depuis des années les intérêts de l’entreprise avant ceux des consommateurs et de l’environnement.

Rex Tillerson a intégré l’entreprise en 1975. Un rapport récent prouve que la compagnie pétrolière avait compris dès 1977 qu’il existait un lien entre l'utilisation de combustibles fossiles et l'inquiétant changement climatique.

Au cours des années qui ont suivi, la compagnie a essayé de réfuter cette idée, protégeant ses intérêts au sein de l’industrie pétrolière. Ce n’est que récemment qu’elle a publiquement reconnu ce lien et indiqué œuvrer à trouver une solution.

Cependant, si ExxonMobil a d'importants intérêts financiers dans la production de carburants fossiles destinés à alimenter les voitures et l'industrie, elle fabrique également d'autres produits.

Plus de 25 % du bénéfice net de 16 milliards de dollars, réalisé en 2015, provenaient de la vente d'autres produits à base de pétrole, notamment du plastique, des piles, des fibres synthétiques, des détergents ménagers et des pneus.

La famille des phtalates, des substances chimiques utilisées pour rendre le plastique souple, fait partie des produits chimiques produits par ExxonMobil.

Exxon fait-elle pression sur la Commission de la Sécurité des Produits de Consommation afin qu’elle donne le feu-vert aux redoutables phtalates ?

Les dangers pour la santé de l’exposition aux phtalates étant considérables, le Congrès a interdit ou limité l'utilisation de plusieurs phtalates en 2008. Il a également été demandé à la Commission de la Sécurité des Produits de Consommation (Consumer Products Safety Commission - CPSC) de déterminer si d'autres phtalates devraient être éliminés des produits destinés aux enfants.

Dans son rapport publié en 2014, la CPSC recommandait d'interdire huit phtalates de la fabrication des jouets pour enfants. Toutefois, en dépit du délai de 180 jours imposé en 2014, la CPSC n'a pas encore finalisé l'application de son interdiction.

ExxonMobil continue en attendant d'insister sur l'innocuité des produits, et lutte avec acharnement pour que le Comité revienne sur sa décision. D'après Eve Gartner, l’un des avocats de l’association Earthjustice :

« Exxon ne cesse d’envoyer des courriers, de tenir des réunions, ils sont constamment sur le dos de la CPSC, semblant sous-entendre que si elle ne va pas dans leur sens, ils la poursuivront en justice. »

Les sources d’exposition aux phtalates

Les phtalates sont également appelés des plastifiants, car ils sont utilisés dans la fabrication des plastiques afin de les rendre plus souples. Il existe environ une douzaine de types de phtalates, la plupart ayant des façons différentes de pénétrer dans votre organisme et des effets variables sur la santé.

La plupart des phtalates sont classés selon deux catégories, les phtalates de bas poids moléculaire et ceux de haut poids moléculaire, en fonction de leur poids atomique (le poids des atomes d’une molécule).

Bien que la plupart des phtalates aient une demi-vie de 24 à 48 heures, de récentes études ont détecté une charge toxique de phtalates dans des urines, du sang et du lait maternel. Les taux sont plus élevés chez les personnes qui mangent dans des fast-foods car les aliments y sont emballés dans du plastique et/ou dans des emballages antiadhésifs.

Vous pouvez être exposé aux phtalates via l’air que vous respirez, la nourriture et l’eau, les produits cosmétiques, les produits d'hygiène corporelle et les produits d’entretien. Les produits vinyliques et autres matières plastiques répandent également des phtalates dans votre environnement et augmentent votre exposition.

Les enfants sont exposés via les anneaux de dentition, les jouets en plastique, en respirant la poussière domestique ou par l’intermédiaire de dispositifs médicaux.

Bien que les substances chimiques se décomposent et soient excrétées dans les 96 heures, votre exposition permanente aux produits contenant des phtalates garantit pratiquement qu'ils soient constamment présents dans votre organisme.

Ces substances étant liposolubles, elles sont stockées dans vos cellules graisseuses et, une fois libérées, se retrouvent dans vos urines.

Les phtalates de la catégorie des bas poids moléculaires peuvent être absorbés par votre peau. Ce type de phtalate est courant dans les produits d'hygiène corporelle. Malheureusement, ces produits chimiques facilitent également l'absorption d'autres produits chimiques par votre corps.

Une étude de 2015 a démontré que les phtalates présents dans l’air pouvaient également être absorbés par la peau.

Les phtalates font partie des perturbateurs endocriniens les plus répandus qui soient. D'après les estimations de l’Environmental Protection Agency (EPA - Agence américaine de Protection de l’environnement), plus de 213.000 tonnes de phtalates sont produites chaque année.

Les phtalates étant très présents dans les produits d’hygiène corporelle, les femmes tendent à en présenter un taux plus élevé dans leur système, que les hommes.

Les perturbateurs endocriniens affectent tout votre organisme

Les phtalates sont des perturbateurs endocriniens reconnus, ce qui signifie que ces produits chimiques perturbent le fonctionnement de votre système endocrinien.

L’ensemble du système endocrinien est indispensable à la régulation de la croissance et du développement, au métabolisme, aux fonctions sexuelles, à la reproduction, à la fonction tissulaire et à l’humeur.

D'après des études sur les animaux, les scientifiques ont découvert de nombreux mécanismes par lesquels les substances chimiques perturbent votre système endocrinien, et la façon dont elles altèrent le fonctionnement hormonal. Nombre de ces découvertes ont été faites au cours des vingt dernières années.

En règle générale, ces substances chimiques imitent les hormones naturelles, trompant votre organisme et le poussant à répondre de façon excessive. Les substances qui imitent les œstrogènes, par exemple, peuvent provoquer le développement de cellules cancéreuses dans le sein, ces cellules dépendant des œstrogènes.

Elles peuvent également empêcher les hormones d'atteindre les récepteurs, réduisant la réponse à un stimulus, bloquant par exemple les hormones de croissance nécessaires à un développement normal.

Dans certains cas, les perturbateurs endocriniens peuvent directement inhiber ou stimuler votre système hormonal et provoquer une sous-production ou une surproduction, par exemple une thyroïde trop peu ou trop active.

Les produits chimiques peuvent également bloquer la façon dont vos hormones naturelles ou vos récepteurs sont faits ou contrôlés, altérant par exemple le métabolisme hépatique.

Chez l’animal, il a été démontré que les perturbateurs endocriniens affectent la reproduction. Bien que certains disparaissent rapidement de l’environnement, d'autres résistent. Les animaux aquatiques, et en particulier les carnivores, sont considérablement affectés par la pollution chimique, car ils se trouvent en haut de la chaine alimentaire, où les produits chimiques s'accumulent avec le temps.

Il a été démontré que d'autres changements dans les populations de la faune sauvage sont liés aux perturbateurs endocriniens, notamment :

Une diminution de la population des phoques de la Mer Baltique

L'amincissement de la coquille des œufs de rapaces

La diminution de la population d'alligators dans un lac pollué

Une diminution de la population de grenouilles

Des organes sexuels mâles sur des animaux marins femelles, tels que les bulots et les escargots de mer

Des effets négatifs sur la reproduction et le développement des poissons

Les phtalates sont associés à des problèmes de fertilité masculine

Au cours d'une étude menée par le Dr. Richard Pilsner, Ph. D., scientifique spécialiste de la santé environnementale à l’Université du Massachusetts, les chercheurs ont déterminé que l’exposition préconception d'un père aux phtalates entrainait une forte diminution de la qualité du blastocyste.

Après la fécondation de l’œuf, le zygote commence à se diviser. Cela se produit à plusieurs reprises au cours des trois à cinq premiers jours. À ce stade, l’embryon est une boule de cellules creuse, que l’on appelle un blastocyste. C’est à ce stade que l'on tente la fécondation in vitro.

L’étude a examiné des ovocytes de 50 couples entreprenant une fécondation in vitro. L'étude portait sur 761 ovocytes, c’est-à-dire des œufs non matures, dont 184 se sont suffisamment bien développés pour être transférés dans l’utérus des futures mères.

Les chercheurs ont noté une association inverse entre les hommes qui présentaient un taux élevé de phtalates dans les urines, et le développement de blastocystes de bonne qualité.

Au cours d'autres études, les chercheurs ont associé l’exposition de femmes aux phtalates à des malformations génitales chez leurs bébés de sexe masculin. Plus précisément, des petits garçons nés avec une distance ano-génitale plus courte et un pénis plus petit.

Ces malformations sont le marqueur d’une perturbation endocrinienne et d'une stérilité potentielle.

Des distances ano-génitales plus longues sont associées à une meilleure capacité de concevoir un enfant et peuvent prédire du potentiel reproducteur. Le Dr. Shanna Swan, Ph. D., de l’Institut Mindich pour la santé et le développement des enfants, à l’hôpital Mount Sinaï, auteur principal d'une étude montrant que les mères présentant des taux plus élevés de phtalates dans leur système avaient un risque accru de donner naissance à des garçons avec une distance ano-génitale courte, a déclaré :

« Nos découvertes montrent que même d’un niveau faible, l’exposition environnementale à ces substances chimiques omniprésentes peut affecter le développement génital masculin, ce qui peut porter atteinte à la santé reproductive de ces bébés dans leur vie future.

La plupart des femmes enceintes étant exposées aux phtalates, nos découvertes ont non seulement un impact profond sur la santé publique, mais également sur les politiques publiques destinées à protéger les femmes et la population globale. »

Les problèmes de santé engendrés par les phtalates

Les chercheurs se concentrent souvent sur les niveaux élevés d’exposition aux toxines, et sur leurs effets potentiels sur la santé.

Toutefois, même un faible niveau d’exposition peut avoir des effets sur la santé, qui affectent le bon fonctionnement de votre organisme. Une faible exposition prénatale, au cours de l’enfance et même à l’âge adulte, peut entrainer des problèmes de santé durables.

Au cours de ces dix dernières années, plusieurs études ont par exemple lié l’exposition aux phtalates par inhalation à l’asthme et à des réactions allergiques respiratoires. Ce type de réaction est lié à des phtalates de haut poids moléculaire, comme le DEHP ou le BBP.

Une étude menée par l’Université de Columbia a été la première à prouver l’association entre l’asthme infantile et l’exposition prénatale aux phtalates.

Les enfants de femmes exposées à des taux élevés de benzyle butyle phtalate (BBzP) et de phtalate de di-n-butyle (DnBP) au cours de leur grossesse, présentaient un risque de plus de 70 % de développer un asthme entre 5 et 11 ans.

Des études ont également associé l’exposition aux phtalates au cours de la petite enfance à un retard de puberté chez les filles. De précédentes études ont associé l’exposition aux phtalates à des dysfonctionnements de la thyroïde et à un déséquilibre des hormones de croissance.

Une récente étude en recherche environnementale a examiné des adultes et des enfants et a montré que l’exposition aux phtalates influait négativement sur la production d'hormones thyroïdiennes et sur l’équilibre des hormones de croissance. Au cours des dernières années, les scientifiques ont également associé l’exposition aux phtalates aux troubles suivants :

Troubles du déficit de l’attention (TDA)

Cancer du sein

Obésité

Diabète de type 2

QI plus faible

Trouble du spectre de l’autisme

Troubles neurodéveloppementaux

Troubles du comportement

Baisse de la fertilité masculine

Asthme

Altération de la fonction thyroïdienne

Déséquilibre des hormones de croissance

Cancer du foie

Avortement spontané

Cancérogène présumé

Réduisez votre exposition aux phtalates

Tout ce que vous pouvez faire pour réduire votre exposition et celle de vos enfants aux substances chimiques toxiques est un pas dans la bonne direction.

Bien qu’il soit pratiquement impossible d'éviter TOUTES les substances chimiques potentiellement dangereuses, vous pouvez certainement minimiser votre exposition en gardant à l’esprit certains principes fondamentaux.

Évitez les récipients alimentaires en plastique et les films alimentaires. Conservez de préférence vos aliments et boissons dans des récipients en verre.

Évitez les jouets pour enfants en plastique. Préférez les jouets en matières naturelles, comme le bois et les matériaux écologiques.

Vérifiez les étiquettes de vos produits cosmétiques et évitez ceux contenant des phtalates.

Évitez les produits contenant des « parfums » car ce terme ‘fourre-tout’ peut cacher des phtalates, couramment utilisés pour stabiliser les senteurs et prolonger la durée de vie des produits. Évitez les désodorisants d'intérieur.

Utilisez des produits d'hygiène corporelle vendus dans des récipients en verre.

Recherchez des produits étiquetés Sans PVC, notamment pour les boites repas des enfants, les sacs à dos et les boites de rangement.

Ne placez pas de récipients en plastique ni de film alimentaire dans le four à micro-ondes.

Dépoussiérez les pièces dans lesquelles se trouvent des stores en vinyle, des papiers peints, des revêtements de sols et des meubles susceptibles de contenir des phtalates, car les substances chimiques s'accumulent dans les poussières au sol et sont facilement ingérées par les enfants.

Demandez à votre pharmacien si les médicaments qui vous sont prescrits présentent un enrobage pour retarder leur dissolution car cet enrobage peut contenir des phtalates.

Consommez de préférence des aliments complets, frais et crus. Les emballages sont souvent des sources de phtalates.

Achetez des produits conditionnés dans des bouteilles et bocaux en verre plutôt qu’en bouteilles plastique ou en conserves et utilisez des biberons en verre plutôt qu’en plastique. Si vous le pouvez, préférez l’allaitement exclusif pour votre enfant pour la première année, afin d'éviter carrément les tétines en plastique et les biberons.

Sortez immédiatement vos fruits et légumes de leurs emballages en plastique lorsque vous rentrez du supermarché et lavez-les avant de les ranger.

Les tickets de caisse sont imprimés sur des imprimantes thermiques et contiennent souvent du BPA. Manipulez ces tickets le moins possible et demandez à votre magasin d’opter pour des tickets de caisse sans BPA.

Utilisez des produits de nettoyage naturels, ou fabriquez-les vous-même.

Remplacez vos produits d'hygiène féminine par des solutions plus sûres.

Évitez d'utiliser des adoucissants et des lingettes pour sèche-linge ; fabriquez-les vous-même pour éviter l’électricité statique.

Contrôlez l’eau du robinet et filtrez-la si elle contient des polluants.

Apprenez à vos enfants qu'il ne faut pas boire l’eau du tuyau d'arrosage, car la plupart sont fabriqués avec des plastifiants tels que les phtalates.

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