Les phtalates et le BPA associés à une baisse du QI chez les enfants


Les phtalates et le BPA

En bref -

  • Une exposition prénatale aux phtalates peut conduire à une baisse du QI chez les enfants. Elle affecte également la mémoire de travail et le raisonnement perceptif.
  • D'après un essai randomisé contrôlé, le BPA contenu dans les boites de conserve et les bouteilles en plastique peut provoquer une augmentation de la tension artérielle dans les quelques heures qui suivent l’ingestion.
  • La FDA vient de terminer l’examen de recherches qu’elle a conduit pendant quatre ans, annonçant que « le BPA est sans danger dans les quantités actuellement présentes dans l’alimentation », et que les informations disponibles continuent de soutenir l’innocuité du BPA pour les utilisations pour lesquelles il est actuellement autorisé.
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Dr. Mercola

De nombreuses substances chimiques présentes dans les plastiques sont connues pour être des perturbateurs endocriniens. Étant structurellement similaires aux hormones sexuelles naturelles, elles en perturbent le fonctionnement normal.

C’est particulièrement problématique chez les enfants en pleine croissance car les glandes du système endocrinien et les hormones qu’elles libèrent influencent presque chaque cellule, organe et fonction de l’organisme.

L’ensemble du système endocrinien joue un rôle clé dans la régulation de l’humeur, la croissance et le développement, la fonction des tissus, le métabolisme ainsi que les fonctions sexuelles et les processus reproductifs, et les agents chimiques perturbateurs endocriniens sont liés à de nombreux problèmes de santé en matière de reproduction.

Les phtalates font partie des perturbateurs endocriniens les plus omniprésents que l’on connaisse. D'après les estimations de l’Environmental Protection Agency (EPA - Agence américaine de Protection de l’environnement), plus de 213.000 tonnes de phtalates sont produites chaque année.

Elles servent principalement à rendre les plastiques, comme le polychlorure de vinyle (PVC), plus souples et plus résilients, mais on en trouve également dans les désodorisants d'intérieur, dans les lingettes pour sèche-linge et dans des produits d'hygiène comme le shampoing, le gel douche et le maquillage. On pense que leur prévalence dans les produits d'hygiène corporelle explique le fait que les femmes tendent à avoir un taux de phtalates dans l’organisme plus élevé que les hommes.

Certains meubles, rembourrages, matelas et revêtements muraux peuvent aussi contenir des phtalates. On en a même détecté dans du lait infantile et des aliments pour bébés (provenant probablement des emballages).

Les phtalates sont aujourd'hui associés à une baisse de QI chez les enfants

Tandis que de précédentes recherches ont associé l’exposition aux phtalates à des malformations congénitales, à une faible numération des spermatozoïdes, au syndrome des ovaires polykystiques, et à une puberté précoce ou retardée, entre autres, une récente recherche suggère que l’exposition prénatale aux phtalates pourrait aussi entraîner une baisse du QI chez les enfants.

Elle a également trouvé un lien entre la concentration de phtalates dans l’organisme de la mère au cours de la grossesse et la capacité de l’enfant à se concentrer, sa mémoire de travail, son raisonnement perceptif, et le temps qu'un enfant de sept ans met à trouver et à traiter des informations. Comme le rapporte CNN Health :

« Les femmes qui présentaient une quantité élevée de phtalates, de dibutyle et de Di-isobutyl phtalate dans leur organisme pendant la grossesse ont donné naissance à des enfants qui avaient un QI nettement plus faible, d'après une nouvelle étude publiée dans le magazine PLOS One.

L’étude a établi qu’à l’âge de sept ans, les enfants exposés à des quantités plus importantes de ces agents chimiques avaient un QI plus faible que les autres enfants, de plus de six points...

Les résultats de cette étude n’ont pas été exactement ceux auxquels les auteurs s'attendaient. ‘Nous sommes un peu surpris de l’importance de la baisse de QI’, explique Factor-Litvak... ‘Nous ne sommes pas heureux des résultats, car les phtalates sont omniprésents dans l’environnement.’ »

La cause exacte de la baisse de QI n’est pas encore connue, car il ne s'agissait que d'une étude observationnelle, mais une précédente étude sur les animaux a révélé que :

  • Les phtalates peuvent affecter l’activité de l’aromatase, une enzyme qui convertit la testostérone en œstrogènes. Les œstrogènes jouent un rôle très important dans le développement du cerveau
  • L'agent chimique pourrait perturber la production d’une hormone thyroïdienne qui joue un rôle dans le rythme de développement du cerveau
  • Les phtalates peuvent également perturber l’activité du cerveau liée à la dopamine, un neurotransmetteur, ce qui peut entraîner des symptômes comme l’inattention et l’hyperactivité

Les BPA peuvent avoir un impact direct et immédiat sur la santé cardiovasculaire

Les phtalates ne sont pas les seuls perturbateurs endocriniens qui peuvent entraîner des problèmes de santé chroniques. Comme les phtalates, le bisphénol-A (BPA) est présent dans d'innombrables produits d’hygiène corporelle et dans des plastiques, notamment dans le revêtement des conserves, dans les récipients alimentaires en plastique et anti-adhésifs, dans les films étirables, les bouteilles d’eau et les tickets de caisse.

Le BPA, qui imite l'activité des œstrogènes, est associé aux troubles suivants :

Dommages structurels du cerveauPuberté précoce, stimulation du développement des glandes mammaires, perturbation des cycles ovariens, toxicité ovarienne, et stérilité
Hyperactivité, augmentation de l'agressivité, et perturbation de l'apprentissageMaladies cardiaques
Augmentation de la formation de graisses et du risque d'obésitéStimulation des cellules cancéreuses de la prostate
Altération de la fonction immunitaireAugmentation de la taille de la prostate, diminution de la production de sperme et hypospadias (malformation du pénis)

Nous pouvons maintenant ajouter à cette liste une tension artérielle élevée. D'après un tout nouvel essai randomisé contrôlé, le BPA contenu dans les conserves et les bouteilles en plastique peut provoquer une augmentation de la tension artérielle dans les quelques heures qui suivent l’ingestion. Voici ce qu’a publié le New York Times :

« L’étude a déterminé que lorsqu'une personne boit du lait de soja directement à la canette, son taux urinaire de BPA - et sa tension artérielle - augmentent considérablement dans les deux heures qui suivent. Mais si elle boit la même boisson contenue dans une bouteille en verre, qui n’a pas de revêtement en BPA, il n’y a pas de changement significatif dans son taux de BPA ni dans sa tension artérielle...

Les résultats suggèrent que, chez les personnes qui boivent chaque jour plusieurs boissons contenues dans des canettes ou des bouteilles en plastique, l’exposition répétée pourrait contribuer avec le temps à générer une hypertension. »

La quantité de BPA qui se dilue dans les boissons à partir du revêtement des canettes pourrait être plus importante que ce qui était supposé jusqu'à présent. Après avoir bu la boisson en canette, le taux de BPA dans l’urine des participants a augmenté d’environ 1.600 %, en comparaison à l’essai avec le lait de soja en bouteille de verre.

D'après les auteurs, les effets pourraient être dus au fait que le BPA bloque les récepteurs d'œstrogènes qui participent à la réparation des vaisseaux sanguins et au contrôle de la tension artérielle. En perturbant vos hormones thyroïdiennes, le BPA peut aussi affecter indirectement votre tension artérielle. L'auteur principal, le Dr. Yun-Chul Hong a déclaré au New York Times :

« Les médecins et les patients - en particulier les patients atteints d’hypertension ou de maladie cardiovasculaire - doivent être conscients des problèmes cliniques potentiels d’augmentation de la tension artérielle lorsqu’ils consomment des aliments et boissons en conserves.’ ...Il a recommandé que les personnes préfèrent les aliments frais et les bouteilles en verre aux conserves et récipients en plastique, et il a demandé instamment aux fabricants de ‘développer et d'utiliser des alternatives saines au BPA pour le revêtement intérieur des conserves.’ »

Méfiez-vous : les mentions ‘Sans BPA’ ne sont Pas une garantie d'innocuité

En réponse à la demande des consommateurs pour des produits sans BPA, de nombreux fabricants se sont mis à utiliser un agent chimique différent, le bisphénol-S (BPS). Toutefois, le BPS semble être tout aussi toxique que le BPA.

Dans certains cas, il s'avère même être pire ! Échanger un agent chimique perturbateur endocrinien par un autre ne rend vraiment pas les produits plus surs ; donc, malheureusement, la mention « sans BPA » peut ne pas vouloir dire grand-chose. L’année dernière, des chercheurs de l’université de la Texas Medical Branch ont découvert que même une concentration minime de BPS - moins d'une part par trillion - peut perturber le fonctionnement des cellules.

Des troubles métaboliques comme l’obésité, le diabète, et même le cancer, sont de possibles conséquences de telles perturbations. D'autres tests sur les animaux14 montrent également que le BPS a des effets très similaires à ceux du BPA.

Des chercheurs étudiant les effets du BPS sur des embryons de poissons zèbres ont découvert par exemple que des poissons exposés à des concentrations de BPS similaires à celles présentes dans l’eau d'une rivière voisine, présentaient un développement neuronal fulgurant, entrainant un comportement hyperactif et erratique.

Les embryons de poissons exposés au BPS présentaient une augmentation du développement neuronal de 170% ; ceux exposés au BPA présentaient une augmentation de 240%. Une autre étude portant sur des rats a révélé que l’exposition aux BPA ou aux BPS provoquait une arythmie cardiaque chez les femelles. La dose utilisée était similaire aux concentrations trouvées chez les humains. Les chercheurs ont découvert que le BPS bloquait un récepteur d'œstrogènes présent uniquement chez les femelles, ce qui perturbait les canaux calciques. C’est là une cause fréquente d'arythmie cardiaque chez l’homme.

Conseils pour vous aider à éviter les substances chimiques toxiques

Bien qu’il soit pratiquement impossible d'éviter TOUTES les substances chimiques potentiellement dangereuses, vous pouvez certainement minimiser votre exposition en gardant à l’esprit certains principes fondamentaux.

  1. Consommez de préférence des aliments complets, frais et crus. Les aliments transformés et emballés sont des sources courantes de BPA et de phtalates - en particulier les conserves, mais également les aliments enveloppés dans des films plastique.
  2. Achetez de préférence des produits en conteneurs en verre plutôt qu’emballés dans du plastique ou des conserves.
  3. Stockez vos aliments et boissons dans du verre plutôt que dans du plastique et évitez d'utiliser du film plastique. Utilisez des récipients en verre pour faire réchauffer des aliments au micro-ondes, car la chaleur a tendance à augmenter la libération des substances chimiques par les plastiques.

    Sachez que même les plastiques « sans BPA » libèrent généralement d'autres agents chimiques perturbateurs endocriniens qui sont tout aussi mauvais que le BPA.
  4. Utilisez des biberons en verre pour vos bébés.
  5. Méfiez-vous des tickets de caisse. Si vous faites vos courses régulièrement dans le même magasin, encouragez la direction à passer aux tickets de caisse sans BPA. Je fais mes courses alimentaires chez Publix et lorsque je les ai appelés à propos des tickets de caisse, il s’est avéré qu’ils avaient déjà fait le changement. Il est néanmoins préférable de limiter les contacts avec les tickets de caisse en général.
  6. Choisissez de préférence des produits provenant de sociétés respectueuses de l’environnement, des animaux, et du développement durable, certifiés bio et sans-OGM. Cela s'applique aussi bien aux aliments et produits d'hygiène corporelle qu’aux matériaux de construction, moquettes, peintures, articles pour bébés, meubles, matelas, etc. Si vous rénovez votre maison, cherchez des solutions « vertes », sans toxines, plutôt que de choisir des peintures classiques et des revêtements de sols en vinyle, qui sont une autre source de phtalates.
  7. Choisissez des jouets fabriqués à partir de matériaux naturels pour éviter les substances chimiques présentes dans les plastiques, comme les phtalates et BPA/BPS, en particulier pour les objets que votre enfant est susceptible de porter à sa bouche.
  8. Si possible, nourrissez votre bébé exclusivement au sein, au moins pour la première année (vous éviterez l’exposition aux phtalates des emballages du lait infantile et des biberons et tétines en plastique).
  9. Utilisez des produits de nettoyage naturels, ou fabriquez-les vous-même.
  10. Choisissez des produits de toilette bio, notamment le shampoing, le dentifrice, les déodorants et les produits cosmétiques. La base de données de EWG's Skin Deep15 peut vous aider à trouver des produits d'hygiène corporelle sans phtalates ni autres substances chimiques potentiellement dangereuses.
  11. Remplacez votre rideau de douche en vinyle par un modèle en tissu.
  12. Remplacez vos produits d'hygiène féminine (tampons et serviettes hygiéniques) par des alternatives plus sûres. Alors que la plupart des ingrédients des produits d'hygiène féminine ne sont pas indiqués, les tests suggèrent qu’ils sont susceptibles de contenir des dioxines et des additifs pétrochimiques.
  13. Choisissez des produits sans parfums ; les phtalates sont souvent utilisés pour aider à faire tenir les parfums plus longtemps. Les parfums artificiels contiennent également des centaines - voire des milliers - de substances chimiques potentiellement toxiques. Pour les mêmes raisons, évitez les adoucissants, les lingettes pour sèche-linge, les désodorisants d'intérieur, et les bougies parfumées.
  14. Contrôlez l’eau du robinet et filtrez-la si elle contient des polluants. Vous pouvez également choisir une alternative pour vos canalisations d’eau en PVC.
  15. Empêchez vos enfants de boire l’eau provenant du tuyau d'arrosage, dont la plupart sont en plastique et contiennent des phtalates. Il existe des tuyaux d'arrosage généralement plus couteux mais de meilleure qualité qui valent largement l’investissement.