Les déchets plastiques dans l’océan

En bref

  • On estime que 192 pays côtiers génèrent 275 millions de tonnes métriques de déchets plastiques, dont 5 à presque 13 millions sont déversées dans l’océan
  • Si la gestion des déchets n’est pas améliorée, la quantité de plastique déversée dans l’océan pourrait doubler d'ici 2025
  • Les courants entrainent les déchets plastiques jusqu’aux zones les plus reculées du monde, y compris les océans Arctique et Antarctique
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L’océan pourrait bientôt abriter plus de plastique que de poissons

30 Mai 2017 | 917 Visualisations |


Dr. Mercola

Des montagnes de déchets plastiques, bouteilles, sacs, microbilles et microfibres, envahissent les cours d’eau du monde entier. En 2015, les chercheurs ont calculé que 192 pays côtiers génèrent 275 millions de tonnes métriques de déchets plastiques, dont 5 à presque 13 millions sont déversées dans l’océan.

Pire encore, ils ont estimé que si la gestion des déchets n’est pas améliorée, la quantité de plastique déversée dans l’océan pourrait doubler d'ici 2025. La mauvaise gestion des déchets est un problème particulièrement important en Chine, en Indonésie, au Vietnam, en Thaïlande et dans les Philippines, qui sont les 5 plus gros pollueurs en termes de plastique.

Aux États-Unis, l’un des plus gros producteurs de déchets, les ordures sont un problème grave, en particulier les plastiques à usage unique, tels que les bouteilles de soda, les pailles et les emballages de chips. D’après Ocean Conservancy, une organisation de défense de l’environnement, certains plastiques sont si persistants, même dans l’eau salée de l’océan, qu’ils seront encore reconnaissables dans 400 ans.

« La quantité de déchets plastiques non traités qui finissent dans l’océan - ce que l’on appelle la « fuite » de déchets plastiques - atteint des niveaux records et entraine des dommages économiques et environnementaux significatifs, » , déclare Ocean Conservancy dans l’un de ses rapports sur les déchets plastiques.

Quatre-vingts pour cent des plastiques présents dans l’océan viennent des terres

Les pêcheries, les bateaux de pêches et autres bateaux sont responsables de moins de 20% des plastiques que l’on trouve dans les océans. Le reste, soit plus de 80%, vient des terres. On sait que près de 700 espèces marines (et sans doute bien davantage) sont affectées par ces déchets.

Malheureusement, au moins 17% des espèces impactées sont sur la Liste Rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN) comme étant quasi menacées, ou pire, et au moins 10% des espèces ingèrent des microplastiques. Une étude publiée dans Marine Policy a révélé que, plus encore que la contamination chimique, ce sont l’ingestion et les amas de déchets qui représentent les plus grosses menaces pour la vie marine.

Les sacs en plastique, les ballons de baudruche et les ustensiles sont particulièrement problématiques, car les oiseaux marins, les tortues et les mammifères marins les prennent couramment pour de la nourriture. Ceci étant, les microplastiques, qui font moins de 5 millimètres (mm) de diamètre, sont également consommés par la faune marine, sans qu’on en connaisse les conséquences. Voici ce qu’Anne-Marie Mahon, Ph.D., du Marine and Freshwater Research Center, à l’Institut de Technologie Galway-Mayo, en Irlande, a déclaré à l’Irish Times :

« Nous savons qu’ils sont dans la chaine alimentaire humaine puisqu’ils sont dans les poissons... Nous savons que les plastiques contiennent des perturbateurs endocriniens, qui peuvent être cancérigènes, donc oui, c’est vraiment inquiétant. » Elle a ajouté :

… [Quatre-vingt-dix] pourcent des microplastiques véhiculés par le système de traitement des eaux finissent dans les boues d’épuration et 10% arrivent à passer dans l’eau traitée, qui retourne dans nos rivières et nos lacs … nos boues d’épuration sont principalement répandues sur les terres agricoles comme façon culturale, et nous ne savons pas, ni ne comprenons ce qui se produit ensuite. »

Les déchets plastiques s'accumulent dans l'océan arctique, et polluent l'antarctique

Les courants de l’océan atlantique fonctionnent comme un genre de « tapis roulant », entrainant les déchets jusqu’aux régions les plus reculées du monde, y compris jusque dans l’océan arctique. Heureusement, la majeure partie des eaux de l'arctique sondées par les chercheurs ne contiennent pas de déchets plastiques.

Toutefois, de fortes concentrations (des centaines de milliers de morceaux par kilomètre carré, soit un peu plus d'un demi mile) ont été relevées à l’extrême nord et à l’extrême est du Groënland et de la Mer de Barents. » La taille et la forme des plastiques (petits et abimés) suggèrent qu'ils ne proviennent pas des terres proches, mais qu'ils ont parcouru de grandes distances.

Les chercheurs ont qualifié la zone « d’impasse » pour les déchets plastiques et supposent également que les fonds marins sont de véritables « attrape-tout » dans lesquels ces mêmes déchets s'accumulent. Une autre étude a révélé que la pollution plastique a également atteint l'océan Austral qui entoure l’antarctique.

« On pensait que l’océan Austral était relativement peu contaminé par les microplastiques ; toutefois, de récentes études et des projets de sciences citoyennes qui y ont été menés ont rapporté la présence de microplastiques dans les sédiments d’eau profonde et les eaux de surface », ont écrit les chercheurs dans le magazine Science of the Total Environment.

Cela signifie que deux des régions les plus reculées de la planète, également considérées comme faisant partie des plus préservées et des plus fragiles, sont aujourd'hui impactées par la pollution plastique que leur envoie le reste du monde.

La plupart des plastiques présents dans l’océan se transforment en une soupe toxique

On estime que 165 millions de tonnes de plastique polluent les océans du monde, mais si l’on prenait en compte les microplastiques, que l’on trouve bien au-dessous de la surface, ce chiffre serait sans doute beaucoup plus élevé. Les déchets plastiques sont particulièrement inquiétants car les oiseaux et la faune marine prennent les petits morceaux pour de la nourriture.

Les déchets présents dans l’océan bloquent également la lumière du soleil dont le plancton et les algues se nourrissent, ce qui a des implications négatives sur la chaine alimentaire, car ils finissent par être micronisés et par se retrouver dans les produits de la mer que vous mangez. De plus, une fois dans les cours d’eau, les particules de plastique agissent comme des éponges sur les contaminants présents dans l'eau, tels que les PCB, les pesticides comme le DDT, les désherbants, les HAP et autres polluants organiques persistants.

Ce phénomène signifie que les plastiques sont loin d’être anodins, et les scientifiques n’ont pas encore déterminé toute l’étendue des dangers que présente leur consommation, ni leurs effets sur le haut de la chaine alimentaire - où vous vous situez. Comme indiqué par Scientific American :

« L’inquiétude aujourd'hui est que ces minuscules pièces de plastique pourrait affecter plus que les seuls poissons - ils pourraient provoquer des cancers chez l’homme, perturber nos hormones, et peut-être même nous tuer. ‘Dans un peu plus de 60 ans, nous savons que nous aurons déversé plus de 150 millions de tonnes de plastique dans les océans,’ explique Henrik Beha Pedersen, fondateur et président du Danish nonprofit Plastic Change.

‘Où finit-il ? Dans les poissons ? Dans les oiseaux ? Sur les plages ? Dans les grands fonds marins ? Où va donc tout ce plastique ? Est-ce qu’il est en nous, nous les hommes ? »

Le plastique, tout comme la pollution des déchets industriels et des industries agricoles et aquacoles, ajoute à la pression de la surpêche : des écosystèmes marins autrefois riches, comme la baie du Bengal en Inde, sont aujourd'hui très appauvris et font face à des zones mortes.

Le problème des microbilles

Le microplastique est souvent le résultat de gros morceaux de plastique décomposés. Il existe un problème différent, bien que lié : ce sont les microbilles, qui sont de minuscules granules de plastique que l'on trouve dans de nombreux produits de soin corporels.

Puisqu’ils sont si petits, on pourrait penser qu’ils représentent peu de risque pour l’environnement, mais c’est en fait tout l’inverse. Les microbilles sont si petites qu’elles sont évacuées par les canalisations, de la salle de bain jusqu'aux usines de traitement des eaux, les filtres ne parvenant pas à les retenir.

La recherche commence seulement à révéler l’ampleur de la pollution environnementale dont sont responsables les microbilles. Au cours d’un sondage des Grands Lacs, en 2012, il a été découvert que cette zone présentait « l'une des plus fortes concentrations de microplastique présent dans l’environnement, et les microbilles étaient prévalentes. »

Une fois dans l’eau, elles absorbent facilement des substances chimiques comme les PCB, qui sont des perturbateurs endocriniens et provoquent des cancers. Les plastiques peuvent concentrer de telles toxines à un niveau de 100.000 à 1 million de fois supérieur au niveau que l’on trouve dans l’eau de mer. Les billes, qui ressemblent à des œufs de poissons, sont consommées par de nombreuses espèces de la faune marine, plancton, poissons, oiseaux de mer et baleines. On sait, et ce n’est pas surprenant, que les moules ingèrent également des microplastiques. D’après un rapport du procureur général de l’état de New York :

« Les concentrations de microplastique dans les environnements aquatiques augmentent rapidement. Cette accumulation est particulièrement inquiétante car le microplastique peut potentiellement être ingéré par une plus grande variété d’organismes que les déchets plus gros, ce qui le rend biodisponible dans l’ensemble de la chaine alimentaire, tout comme les substances chimiques qu'il transporte.

L'ingestion de plastique par la faune sauvage présente un risque de toxicité tant pour les espèces qui l’ingèrent que pour celles qui se situent plus haut dans la chaine alimentaire.

Les substances chimiques dangereuses transférées à la faune par l’ingestion des plastiques sont aussi bien celles qui sont ajoutées au plastique au cours de la fabrication, que les ‘polluants hydrophobes’ qui s'accumulent à la surface du plastique lorsqu’il se trouve dans l’eau salée ou douce, par exemple les biphényles polychlorés (PCB), les DDT et les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP). »

Je le répète, la menace ne s'arrête pas à la faune marine, bien entendu. Si vous mangez des poissons ou fruits de mer qui ont ingéré des microbilles, vous courrez également un risque élevé d’ingérer des doses importantes de toxines environnementales. Une étude de 2014 a même suggéré qu’un européen moyen qui mange des crustacés et des coquillages, pourrait consommer 11.000 microbilles par an.

Les bouteilles à base d'algues sont-elles la solution pour remplacer les bouteilles en plastique?

Nombreux sont ceux qui pensent que le recyclage est la solution à la pollution plastique, mais 14% seulement des produits en plastique sont recyclés. Jacques de Lannoy, un photographe qui a réalisé un reportage photo sur la pollution plastique, a indiqué à ABC News :

« Les pays en voie de développement, en particulier, sont complètement débordés par le problème de la gestion des déchets plastiques, surtout qu’il y a une ou deux générations, les sacs plastiques étaient des feuilles de bananier et les bouteilles en PET des récipients en bambou qui se dégradaient dans la terre de façon inoffensive - ce qui n’est pas le cas des plastiques. »

Des alternatives créatives au plastique sont actuellement mises au point, comme le Ooho !, une sphère fabriquée à partir d'un extrait d'algue et présentée comme une bouteille totalement comestible. Les bouteilles en verre ou en inox, réutilisables, et que vous pouvez remplir vous-même d’eau filtrée, sont bien entendu une autre option.

Préférez les produits réutilisables aux produits jetables

Ocean Conservancy a lancé un appel pour une réponse collective mondiale à la pollution plastique, qui commencerait par un programme pour réduire les fuites de déchets plastiques dans les cinq pays les plus pollueurs. Ils pensent que leur programme, qui comprend, entre autres, l’augmentation de la collecte des déchets, et la fermeture des points de fuite, pourrait réduire les fuites de 65% dans ces cinq pays et réduire la fuite mondiale totale d’environ 45% d'ici 2025.

Aux États-Unis, il est également essentiel que nous repensions notre culture du tout jetable, et que nous devenions plus créatifs en terme de durabilité. Idéalement, essayez d'acheter des produits qui ne contiennent pas ou ne sont pas emballés dans du plastique. Un autre point important est de préférer le réutilisable au jetable, ce qui est très souvent possible. Les choix suivants vous aideront par exemple à vous rapprocher d'un style de vie « sans déchets », tout en évitant d'apporter votre contribution de plastiques dans les océans :

Utilisez des sacs réutilisables pour faire vos courses Apportez vos propres récipients au restaurant pour emporter les restes
Apportez de chez vous votre tasse pour le café et de l’eau en bouteilles en verre, au lieu d'acheter de l’eau en bouteilles plastiques Ne demandez pas d’emballage plastique pour votre journal ou au pressing
Stockez les aliments dans des bocaux ou des récipients en verre plutôt que dans des récipients et sacs de congélation en plastique Évitez les couverts jetables et achetez les aliments en vrac lorsque c’est possible
Optez pour des rasoirs non jetables, des produits d'hygiène féminine lavables, des couches en tissus, des mouchoirs en tissus plutôt qu’en papier, des chiffons plutôt que de l’essuie tout, et des jouets en bois plutôt qu’en plastique Évitez les aliments transformés (qui sont stockés dans des sachets en plastique, contenant des substances chimiques) Préférez les produits frais, et renoncez aux sacs en plastique
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