Microbes Intestinaux

En bref

  • Un axe intestins-cerveau-moelle osseuse aurait une influence sur votre tension artérielle et votre humeur, entre autres
  • Les cellules immunitaires présentes dans la moelle osseuse jouent un rôle important dans la signalisation entre le cerveau et les intestins
  • La manipulation du microbiote intestinal, par la prise de probiotiques ou la consommation d'aliments fermentés, peut contribuer à traiter l’hypertension artérielle et d'autres maladies chroniques
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Vos intestins peuvent vous aider à lutter contre la dépression et l’hypertension

30 Août 2017 | 2,972 Visualisations |
Édition: Français

Dr. Mercola

Vos intestins abritent des milliards de bactéries qui influencent chaque jour l’homéostasie de votre corps.

Loin d’être confiné dans vos intestins, votre microbiote intestinal est intimement lié à d'autres systèmes de l’organisme via de nombreuses voies complexes, notamment l’axe cerveau-intestins, et un axe cerveau-intestins-moelle osseuse, découvert récemment, qui pourrait influer sur votre tension artérielle, votre humeur, et bien d'autres aspects de votre santé.

Il devient de plus en plus évident que votre cerveau, votre système immunitaire et vos microbes intestinaux sont intimement liés, il n’est donc pas illogique d'ajouter la moelle osseuse à la liste des connexions.

On sait que les cellules immunitaires présentes dans la moelle osseuse, et l’inflammation de la moelle osseuse, qui peuvent être le résultat d'une tension artérielle élevée, sont provoquées par un signal émis par le cerveau.

Au cours d’une étude publiée dans le magazine Frontiers in Physiology, les chercheurs ont révélé en outre que les cellules immunitaires présentes dans la moelle osseuse jouent un rôle important dans la signalisation entre le cerveau et les intestins.

Découverte de la connexion intestins-cerveau-moelle osseuse

Au cours d'une étude animale, les chercheurs ont remplacé la moelle osseuse naturelle de souris par des cellules de moelle osseuse de souris génétiquement modifiées. La moelle avait été modifiée de façon à être déficiente en récepteurs adrénergiques.

Lorsque la capacité de communication de la moelle osseuse avec le cerveau a diminué, une « réponse immunitaire atténuée » a été observée dans les intestins, qui a engendré un microbiome plus diversifié (c’est-à-dire plus sain).

L’étude à fait la lumière sur l’une des voies complexes par lesquelles votre santé intestinale pourrait influer sur celle de votre cœur et de votre cerveau, et les chercheurs précisent :

« Dans le contexte des maladies cardiovasculaires, cette réponse inflammatoire atténuée semble bénéfique, car elle entraine une diminution de la pression artérielle chez les souris de laboratoire.

Plus intéressant encore, un lien entre le microbiote intestinal et notre santé mentale est récemment apparu plus clairement. Plus particulièrement, certains ont suggéré que le microbiote intestinal influence les voies du stress et de l’anxiété dans le cerveau, de telle façon qu’il peut altérer l’humeur et le comportement, tant positivement que négativement, ce qui donne un tout nouveau sens à l’expression « ressentir dans les tripes ».

Un déséquilibre du microbiote intestinal peut jouer un rôle dans l’hypertension artérielle

On sait que le déséquilibre du microbiote intestinal, ou dysbiose intestinale, est associé aux maladies cardiaques et à l'hypertension artérielle, mais une récente étude animale a apporté de nouveaux éclaircissements sur cette connexion unique.

Les chercheurs ont donné des antibiotiques aux rats pendant dix jours pour éliminer leur microbiote naturel, puis ont implanté aux rats ayant une tension artérielle normale, un microbiote hypertenseur. Les rats ayant une tension artérielle élevée ont reçu un microbiote normal.

Les résultats ont été surprenants en ce que les rats traités avec un microbiote hypertenseur ont développé une hypertension artérielle, tandis que la transplantation de microbiote normal n'a entrainé qu’une légère réduction de la pression artérielle chez les rats hypertendus.

« Nous en concluons que la dysbiose intestinale peut directement affecter la pression artérielle systolique (PAS) », ont expliqué les chercheurs, ajoutant que la manipulation du microbiote intestinal, par la prise de probiotiques ou la consommation d'aliments fermentés, par exemple, pourrait être un « traitement novateur de l’hypertension ».

Ce n’est toutefois pas la première fois qu'un tel lien est révélé. Une revue systémique et méta-analyse de neuf études contrôlées randomisées, a identifié des bienfaits significatifs chez les personnes présentant une tension artérielle élevée, qui consommaient des probiotiques par le biais de produits tels que des yaourts ou du lait. 

En moyenne, en comparaison avec un placébo, la consommation de probiotiques diminuait la pression artérielle systolique (le chiffre le plus élevé) de 3,56 mm Hg et la pression artérielle diastolique (le chiffre le plus bas) de 2,38 mm Hg.

Au moins 100 milliards d’UFC (unités formant colonie) de probiotiques étaient nécessaires quotidiennement pour provoquer de telles améliorations, et les bienfaits n’ont été observés que chez les personnes qui avaient consommé des probiotiques pendant au moins huit semaines.

En 2015, parallèlement, un lien a été établi entre certains microbes intestinaux, les firmicutes et les bacteroidetes, et l'hypertension artérielle chez les rats.

D'après une recherche publiée dans le magazine Current Opinion in Nephrology and Hypertension, « Les produits de la fermentation des nutriments par le microbiote intestinal peuvent influencer la tension artérielle en régulant la dépense d’énergie, le métabolisme intestinal des catécholamines, et le transport gastrointestinal et rénal des ions, et donc la sensibilité au sel ».

Les probiotiques auraient un effet bénéfique sur les maladies intestinales et la santé mentale

Il a été découvert que l'apport de microbes bénéfiques est utile pour les personnes souffrant de graves maladies gastro-intestinales, notamment d’entérocolite nécrosante (ECN), qui affecte souvent les prématurés et peut être mortelle. Une étude australienne a révélé qu'une supplémentation de probiotiques réduit les risques d’ECN et la mortalité chez les prématurés, diminuant l’incidence d’ECN chez ces bébés d'au moins 30%.

Il a également été découvert que les probiotiques sont bénéfiques pour les personnes atteintes du syndrome de l’intestin irritable (SII), dont le microbiote intestinal est souvent perturbé.

En comparaison à un placébo, il a été découvert que le traitement par probiotiques réduit la douleur et la gravité des symptômes chez les personnes souffrant de SII, et les probiotiques sont également connus pour prévenir les diarrhées dues aux antibiotiques chez les enfants.

Sur le plan mental, une petite étude portant sur des adultes souffrant du SII et de dépression, a montré que le probiotique Bifidobacterium longum soulageait la dépression. Après six semaines, 64% des participants traités présentaient des scores plus faibles au test de dépression, contre 32% seulement des personnes du groupe de contrôle qui avaient reçu un placébo.

Ceux qui avaient pris les probiotiques faisaient également part d'une diminution des symptômes du SII et d’une amélioration globale de leur qualité de vie. Après 10 semaines, environ deux fois plus de personnes du groupe traité indiquaient encore un niveau de dépression moindre.

Fait intéressant, des IRM fonctionnelles ont révélé un lien entre la diminution des scores au test de dépression et une réelle modification de l'activité cérébrale, particulièrement dans des zones participant à la régulation de l’humeur, comme l'amygdale.

Les probiotiques personnalisés sont-ils la solution?

À la question de savoir quelles souches de probiotiques sont les plus efficaces, la réponse peut être difficile à donner.

Emma Allen-Vercoe, microbiologiste à l’Université de Guelph, en Ontario, a déclaré à Scientific American : « Les souches bactériennes sont tellement différentes les unes des autres, et tout le monde ayant un microbiote intestinal différent … il n’existera sans doute jamais de probiotique 'universel’.»

Les études suggèrent par exemple que certaines personnes tireront davantage de bienfaits des probiotiques que d'autres si elles ‘manquent’ d'une variété particulière que l’on ajoute à leur alimentation.

D'autres recherches se sont penchées sur les bienfaits de certaines souches de bactéries, telles que les Bifidobactéries, qui sont généralement abondantes dans les intestins des bébés mais qui représentent moins de 10% du microbiote intestinal chez les adultes.

Un faible taux de Bifidobactéries est associé à des maladies chroniques telles que la maladie cœliaque, le diabète, l’asthme allergique et même l’obésité, tandis qu’une supplémentation de ces mêmes bactéries a un effet bénéfique entre autres sur le SII, sur les maladies inflammatoires des intestins, le syndrome de fatigue chronique, le psoriasis et la dépression.

Des études animales ont montré qu’un autre type de bactérie, les lactobacilles, réduisent l'anxiété, et une étude menée sur des adultes volontaires a montré que la prise d'un probiotique contenant huit souches bactériennes différentes réduisait les pensées agressives et répétitives.

Le lien avec les lectines, et comment l’hyperperméabilité des intestins peut détruire votre santé

Il est important de savoir que la dysbiose intestinale, ou perméabilité des intestins, est non seulement responsable de troubles intestinaux, mais qu’elle contribue également à d'autres maladies chroniques, comme la maladie d’Alzheimer et possiblement le cancer.

Si vos intestins sont hyperperméables, votre barrière hémato-encéphalique l’est également, ce qui signifie que les toxines peuvent pénétrer directement dans votre cerveau, affectant votre santé mentale et cognitive.

De plus, l’hyperperméabilité des intestins peut être provoquée par de nombreux facteurs, notamment un déséquilibre du microbiote intestinal, résultat de facteurs alimentaires comme la consommation de sucre et de lectines.

Ce dernier composant est très important. Les lectines sont des protéines végétales, que l’on appelle parfois des protéines collantes ou protéines se liant aux glucides, car elles recherchent et se lient à certaines molécules de sucre à la surface des cellules.

Il existe de nombreux types de lectines, et la principale différence entre elles est le type de sucre que chacune préfère et auquel elles se lient.

Certaines - notamment l'agglutinine de germe de blé (wga), que l’on trouve dans le blé et autres espèces de la famille des graminées - se lient à des sites récepteurs spécifiques sur les cellules mucosales de vos intestins, et perturbent l'absorption des nutriments au travers de la paroi intestinale.

Ce sont donc des « antinutriments » qui peuvent avoir un effet néfaste sur votre microbiome intestinal en déséquilibrant votre flore bactérienne - ce qui est un précurseur courant de l’hyperperméabilité des intestins.

Les lectines sont fortement associées à de nombreux troubles auto-immuns, notamment à l’hyperperméabilité des intestins. On les trouve dans de nombreux aliments très appréciés :

Pommes de terre

Aubergines

Tomates

Poivrons

Baies de Goji

Haricots de Lima

Noix de cajou

Cacahuètes

Graines de tournesol

Graines de chia

Graines de courge

Haricots rouges

Courges

Maïs

Quinoa

Soja

Blé

Lentilles

De plus, d'après le Dr. Gundry, le glyphosate qui est non seulement vaporisé sur les cultures génétiquement modifiées via le Roundup, mais également utilisé pour déshydrater le blé aux États-Unis, pose également de graves problèmes car il décime votre microbiote et augmente la perméabilité des intestins. C’est là une autre raison de manger bio autant que possible.

Pour en savoir plus, je vous recommande de vous procurer un exemplaire du livre « The Plant Paradox », en particulier si vous avez déjà assaini votre alimentation mais souffrez encore de surpoids et/ou de problèmes de santé. Toute personne souffrant d’une maladie auto-immune a également intérêt à s'intéresser de près aux lectines.

Comment entretenir un microbiote sain

Il n’est pas très difficile d’entretenir votre microbiote, mais il est nécessaire de prendre des mesures proactives pour favoriser sa santé tout en évitant les facteurs connus pour lui nuire. En plus des informations qui précèdent, à propos des lectines, voici des conseils pour optimiser votre microbiote :

À faire À éviter

À faire: Mangez des aliments fermentés en quantité. Le lassi, le kéfir fermenté de pâturages, le nato (soja fermenté) et les légumes fermentés, sont de bons choix.

À éviter: Les antibiotiques, à moins qu'ils ne soient absolument nécessaires, et si vous en prenez, assurez-vous de réensemencer vos intestins avec des aliments fermentés et/ou un supplément de probiotiques de bonne qualité.

À faire: Prenez un supplément de probiotiques. Bien que je ne sois généralement pas favorable aux compléments alimentaires (car je pense que la majeure partie des nutriments dont nous avons besoin doivent provenir de notre alimentation), les probiotiques sont une exception si vous ne consommez pas régulièrement d’aliments fermentés.

À éviter: Les viandes élevées de façon conventionnelle et les autres produits d'origine animale, car les viandes provenant des CAFO sont régulièrement nourries d'antibiotiques à faibles doses et de céréales génétiquement modifiées chargées de glyphosate, très connu pour tuer de nombreuses bactéries.

À faire: Augmentez vos apports en fibres solubles et insolubles, en favorisant les légumes, les noix et les graines, y compris les graines germées.

À éviter: L’eau chlorée et/ou fluorée. En particulier l’eau des équipements sanitaires, comme l’eau de la douche, ce qui est plus mauvais que de la boire.

À faire: Salissez-vous les mains dans le jardin.. L'exposition aux bactéries et aux virus peut contribuer à renforcer votre système immunitaire et vous immunise de façon durable contre les maladies.

Vous salir les mains dans le jardin peut contribuer à réhabituer votre système immunitaire aux microorganismes bienfaisants présents sur les plantes et dans le sol.

À éviter: Les aliments transformés. Les excès de sucres et d'autres calories « vides » nourrissent les bactéries pathogènes.

Les émulsifiants tels que le polysorbate 80, la lécithine, le carraghénane, les polyglycérols, et la gomme de xanthane ont également des effets néfastes sur votre flore intestinale.

À moins qu'ils ne soient 100% bio, ils risquent aussi de contenir des OGM qui sont généralement lourdement contaminés par des pesticides comme le glyphosate. Il a été prouvé que les édulcorants artificiels affectent aussi les bactéries intestinales de façon néfaste.

À faire: Ouvrez vos fenêtres. Pendant la majeure partie de l'histoire de l'humanité, l'extérieur a toujours fait partie de l'intérieur, et nous n'étions jamais réellement séparés de la nature.

Aujourd'hui, nous passons 90% de notre temps à l'intérieur. Et, bien que séparer l'extérieur de l'intérieur ait ses avantages, cela modifie aussi le microbiome des maisons.

La recherche montre qu'ouvrir une fenêtre et augmenter la ventilation naturelle peut améliorer la diversité et la santé des microbes présents dans votre maison, ce qui vous est, au final, bénéfique.

À éviter: Les substances chimiques utilisées en agriculture, en particulier le glyphosate (Roundup), qui est un antibiotique reconnu et qui tue nombre de vos bonnes bactéries intestinales si vous consommez des aliments qui y ont été exposés.

À faire: Lavez votre vaisselle à la main plutôt qu'au lave-vaisselle. La recherche montre que laver votre vaisselle à la main laisse plus de bactéries sur les plats que ne le fait le lave-vaisselle et qu'utiliser cette vaisselle, qui n'est pas stérile, peut en fait diminuer vos risques d'allergies en stimulant votre système immunitaire.

À éviter: Le savon anti-bactérien, car il tue aussi bien les bonnes que les mauvaises bactéries et contribue au développement de la résistance aux antibiotiques.

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