Comment stopper notre dangereuse addiction au plastique ?

recyclage de bouteilles en plastique

En bref -

  • De nombreuses substances chimiques présentes dans les plastiques sont connues pour être des perturbateurs endocriniens. Parmi les plus connues et les plus répandues, les phtalates et le bisphénol A (BPA)
  • Une récente étude a montré que 97,5 % des enfants et des adolescents présentaient des taux détectables de BPA dans les urines, 87,8 % du BPS, et 55,2 % d’entre eux, du BPF. Les trois substances chimiques étaient corrélées à un risque accru d'obésité, même après que les chercheurs aient contrôlé leurs apports caloriques
  • Coca-Cola est le plus grand pollueur de la planète pour la seconde année consécutive, selon un audit mondial des déchets plastiques. Cette entreprise produit plus de déchets plastiques à elle seule que les trois grands pollueurs suivants sur la liste
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Dr. Mercola

De nombreuses substances chimiques présentes dans les plastiques sont connues pour être des perturbateurs endocriniens. Parmi les plus connues et les plus répandues, les phtalates et le bisphénol A (BPA). Étant structurellement similaires aux hormones sexuelles naturelles, ces substances chimiques en perturbent le fonctionnement normal.

C’est particulièrement problématique chez les enfants en pleine croissance car les glandes du système endocrinien et les hormones qu’elles libèrent influencent presque chaque cellule, organe et fonction de l’organisme.

Le système endocrinien est essentiel à la régulation de l’humeur, de la croissance et du développement, du fonctionnement des tissus et du métabolisme, ainsi qu'aux fonctions sexuelles et aux processus reproductifs. Les perturbateurs endocriniens sont par ailleurs associés à différents problèmes de santé reproductive.

Le Dr. Pete Myers, professeur adjoint de chimie à l’université Carnegie Mellon et fondateur, PDG et directeur scientifique d’Environmental Health Sciences (organisme à but non lucratif), est un expert des substances chimiques présentes dans les plastiques et de leur impact sur le système endocrinien humain.

Selon le Dr. Myers, il existe des preuves qui démontrent que les substances chimiques présentes dans les plastiques nuisent à la santé des futures générations via une perturbation endocrinienne intergénérationnelle, il ne s'agit donc clairement pas d'un problème mineur.

Fait intéressant, le Dr. Myers attribue la naissance prématurée de sa propre petite-fille à des incendies ayant eu lieu dans les mois précédant sa naissance, dans la région où vivait sa fille. Voici ce que rapporte l'organisme Environmental Health News :

« De nombreuses maisons, pleines de plastique, ont brûlé durant l’incendie, libérant des contaminants tels que du bisphénol-A (BPA) et des phtalates qui sont associés ‘à la pathologie même qui a entrainé cette naissance prématurée’, a déclaré le Dr. Myers. »

Le Dr Myers souligne également qu’aucun plastique existant n'a jamais subi de tests d'innocuité approfondis, et que les analyses réalisées sont basées sur des « principes datant du 16ème siècle ».

Pour lutter contre les dangers connus et inconnus des plastiques, le Dr. Myers réclame une nouvelle conception qui permette de vérifier que les plastiques ne sont pas toxiques, ainsi qu'une réforme de la règlementation qui prenne en compte le fait que même de faibles doses peuvent être nocives.

Les effets des phtalates et du BPA sur la santé

L’exposition aux phtalates est associée à de nombreux types de problèmes de santé, notamment aux suivants, entre autres :

  • Malformations congénitales et fausses-couches
  • Faible numération des spermatozoïdes
  • Syndrome des ovaires polykystiques
  • Puberté précoce ou retardée
  • Comportement de type autistique, faible QI et altération du fonctionnement cérébral chez les enfants

De même, le BPA, qui imite l'activité des œstrogènes, est associé aux troubles suivants :

Perturbations neurologiques dues à sa neurotoxicité

Hyperactivité, augmentation de l'agressivité, et troubles de l'apprentissage

Augmentation de la formation de graisse et risque d'obésité chez les enfants et les adultes

Altération de la fonction immunitaire

Naissances prématurées

Cancers associés aux hormones

Perturbation de la production des hormones sexuelles femelles, toxicité ovarienne et diminution de la fertilité due à la diminution de la viabilité des ovules

Stimulation des cellules cancéreuses de la prostate, augmentation de la taille de la prostate, diminution de la production de sperme et hypospadias (malformation du pénis)

Maladies cardiaques

Hypertension artérielle

Réduction de l’efficacité des traitements par chimiothérapie

Troubles érectiles

Selon un rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé et du programme des Nations unies pour l’environnement, intitulé « State of the Science of Endocrine Disrupting Chemicals » (« États des connaissances scientifiques sur les perturbateurs endocriniens »), publié en 2014, les perturbateurs endocriniens (PE) devraient peut-être être totalement interdits pour protéger la santé des générations futures.

De même, un groupe de travail de l’Endocrine Society a publié en 2015 une déclaration scientifique sur les PE, soulignant que les effets sur la santé des perturbateurs endocriniens sont tels que chacun doit prendre des mesures proactives pour les éviter.

Les PE, tout comme le BPA et les phtalates, sont particulièrement inquiétants pour les femmes enceintes et les jeunes enfants, car ils peuvent interférer avec la physiologie et la maturation, même en quantités infimes.

Les substituts du BPA sont tout aussi dangereux

Lorsque les dangers des BPA sont devenus de notoriété publique, de nombreuses entreprises ont commencé à le remplacer par d'autres substances chimiques. Cependant, il n’existe pas non plus de données sur l’innocuité de ces produits chimiques de substitution et l’on se rend compte, avec le temps, qu’ils sont tout aussi dangereux que le BPA.

Ces substituts comprennent le bisphénol S (BPS), le bisphénol F (BPF) et le bisphénol B (BPB). D'après leurs seuls noms, il est évident que ces produits chimiques sont de la même famille que le BPA, et comme le souligne l’organisme Environmental Health News, « Remplacer le BPA par des substances chimiques similaires ne réduit en rien les dangers de l’exposition à ces produits pour notre santé. »

Une récente étude au cours de laquelle les taux de BPA, de BPS et de BPF ont été mesurés chez des enfants et des adolescents, a par exemple montré que 97,5 % d’entre eux présentaient des taux détectables de BPA dans les urines, 87,8 % du BPS, et 55,2 % du BPF.

Les trois substances étaient corrélées à un risque accru d'obésité, même après que les chercheurs aient contrôlé leurs apports caloriques. Voici ce qu’a déclaré Melanie Jacobson, auteur principale de l’étude et chercheuse à l’école de médecine de l’université de New-York :

« Si l’alimentation et l’exercice sont toujours considérés comme les principaux facteurs d'obésité, cette recherche suggère que l’exposition à des produits chimiques courants pourrait également jouer un rôle, en particulier chez les enfants. »

Une autre revue scientifique, publiée le 16 octobre 2019, a montré que le BPB (tout comme le BPA) perturbe le système endocrinien. Des études sur son absorption subchronique ont montré qu’il affectait les fonctions reproductives, qu’il détériorait le sperme et réduisait la production d'ovules.

D'autres études ont montré qu'il réduisait la production de testostérone et avait une activité œstrogénique, « similaire, ou supérieure à celle du BPA ». Selon les auteurs de la revue, « Les données in vivo, ex vivo et in vitro... indiquent de façon cohérente que le BPB correspond à la définition de l’OMS d'un perturbateur endocrinien actuellement utilisé dans un cadre règlementaire. »

Ce qu’il faut en retenir, c’est que les étiquettes « sans BPA » ne garantissent pas que le plastique concerné soit exempt de PE. Il y a de fortes chances pour que le BPA y ait simplement été remplacé par un autre des bisphénols, qui sont tous susceptibles d'avoir des effets nocifs sur le système endocrinien.

Coca-Cola désignée comme ‘marque la plus polluante’

Jusqu'au début des années 1980, dans de nombreuses régions, le Coca-Cola étant encore conditionné dans des bouteilles en verre, pour lesquelles les consommateurs payaient une consigne. Ils récupéraient cette consigne lorsqu'ils rapportaient les bouteilles vides.

Le passage de Coca-Cola aux bouteilles plastique, qui ne nécessitent ni consignes ni retours, a réussi à déplacer le problème ainsi que le coût de la pollution vers les consommateurs et les contribuables, et cela se ressent. Voici ce que rapporte un article paru en octobre 2019 dans le magazine en ligne The Intercept :

« Pour la seconde année consécutive, Coca-Cola s’est révélée être la marque la plus polluante, lors d'un audit mondial des déchets plastiques réalisée par le mouvement international ‘Break Free From Plastic’ (‘Libérez-vous du plastique’). Ce géant de l’industrie du soda produit plus de déchets plastiques que l’ensemble des trois grands pollueurs suivants sur la liste...

Après Coca-Cola, les plus grands contributeurs de la pollution plastique, d'après l’audit, sont Nestlé, PepsiCo, Mondelez International (fournisseur de marques telles que Oreo, Ritz, Nabisco et Nutter Butter), et Unilever...

Coca-Cola est la première source de plastique en Afrique et en Europe, et la seconde plus importante source en Asie et en Amérique du Sud. En Amérique du Nord, l’entreprise responsable de la plus grande partie du plastique ramassé lors des opérations de nettoyage était Nestlé, suivie par la Solo Cup Company... et Starbucks. Coca-Cola occupait la cinquième place des entreprises responsables de la production de déchets plastiques en Amérique du Nord. »

Coca-cola entrave les efforts de recyclage

En réponse au rapport du mouvement Break Free From Plastic, Coca-Cola affirme qu’elle « travaille à régler ce problème crucial mondial, afin d'aider à stopper les déversements de déchets plastiques dans les océans, mais également pour aider à nettoyer la pollution existante », et qu’elle « investit localement dans tous les marchés pour accroître la récupération de ses bouteilles et canettes... »

Coca-Cola affirme également investir dans de nouvelles technologies permettant la réduction des déchets, telles que « des technologies de recyclage améliorées, qui nous permettent de recycler du PET de mauvaise qualité. »

Cependant, si Coca-Cola a fait de gros efforts pour construire et préserver une image d’entreprise écoresponsable, en promettant de réduire les déchets plastiques et d'améliorer le recyclage, en pratique, son comportement suggère qu'il s'agit surtout de fausses promesses.

De fait, l’entreprise a été prise à maintes reprises à aller à l’encontre des efforts destinés à réduire la pollution plastique. Elle a même été surprise à entraver ces efforts. Voici ce qu’a rapporté The Intercepter le 18 octobre 2019 :

« L’enregistrement d'une réunion de leaders du recyclage… révèle comment la philanthropie ‘verte’ du géant du soda a contribué à empêcher la mise en place de ce qui aurait pu être un outil important dans la lutte contre la crise du plastique - et lève le voile sur les tactiques mises en œuvre dans l'ombre par les fabricants de boissons et de plastique depuis des dizaines d'années, pour échapper à la responsabilité de leurs déchets... L’une des solutions qui aurait pu booster le taux de recyclage, une consigne sur les bouteilles, a été écartée de l’ordre du jour. »

Les lois sur la consigne des bouteilles améliorent le taux de recyclage

La consigne est, en bref, un retour aux vieilles pratiques : les entreprises doivent ajouter une caution au prix de leurs boissons en bouteilles, qui est rendue aux clients lorsqu’ils rapportent les bouteilles. Selon The Intercept :

« Les états qui ont adopté la consigne recyclent environ 60 % de leurs bouteilles et canettes, tandis que les autres n’en recyclent que 24 %. Ceux qui l’ont adoptée ont également environ 40 % moins de déchets sous forme de contenants de boisson, sur leurs côtes, selon une étude réalisée en 2018 par les États-Unis et l’Australie... »

Cependant, ces mesures placent également une part de la responsabilité et du coût du recyclage sur les entreprises qui vendent les bouteilles. C’est sans doute la raison pour laquelle Coca-Cola et d'autres fabricants de boissons luttent contre ces mesures chaque fois qu’elles sont proposées.

Si Coca-Cola promet donc d'améliorer le recyclage et d'aider à réduire les déchets plastiques, l’entreprise continue à œuvrer dans le sens opposé, en utilisant du plastique vierge (des ‘nurdles’, ou granulés de plastique, qui sont des polluants plastiques majeurs) pour fabriquer ses bouteilles, au lieu d’utiliser des matériaux recyclés, et en luttant contre toutes les propositions de lois qui pourraient l’obliger à assumer ses actes ou à en payer le prix.

Comment réduire votre exposition aux plastiques

Il peut s'avérer très difficile d’éviter le plastique, et il est probablement impossible d'éviter toutes les expositions, sachant qu’elles peuvent provenir de l’air, de la poussière, de l’eau, de l’alimentation, des emballages alimentaires et des bouteilles, des revêtements de sols, et de nombreux objets de la vie courante. Même les tickets de caisse sont des sources de BPA, qui peut pénétrer dans votre sang via la peau.

Cependant, il est certainement possible de réduire votre exposition en prenant quelques précautions de bon sens. L'une des stratégies de base est d’opter, chaque fois que vous en avez l’occasion, pour des produits en bocaux plutôt qu’en emballages plastiques. Vous pouvez également choisir des alternatives sans plastique pour certains objets de la vie courante, comme les jouets et les brosses à dents. Voici d'autres suggestions, proposée par le magazine Consumer Reports :

  • Buvez de l’eau du robinet filtrée plutôt que de l’eau en bouteille, qui contient généralement beaucoup plus de débris de plastique que l’eau du robinet. Je vous conseille de filtrer l’eau du robinet, non seulement pour en éliminer les débris de plastique potentiels, mais également pour éviter les nombreuses substances chimiques et métaux lourds polluants, présents dans la plupart des circuits d’eau potable.
  • Évitez de réchauffer vos aliments dans des récipients en plastique — Réchauffez-les plutôt dans une casserole, sur votre cuisinière, dans un plat allant au four, ou dans un récipient en verre si vous utilisez un four micro-ondes.
  • Conservez vos aliments dans des récipients en verre plutôt qu’en plastique — Consumer Reports nous met particulièrement en garde contre les récipients en plastique portant les codes de recyclage 3, 6 et 7, qui contiennent des phtalates, du styrène et des bisphénols.
  • Troquez les aliments transformés et les plats à emporter contre des aliments frais — La plupart des emballages et des contenants alimentaires, y compris les canettes, contiennent du plastique.
  • Passez régulièrement l'aspirateur - Dans la plupart des maisons, la poussière contient des micro plastiques et substances chimiques présentes dans les plastiques, qui risquent d’être ingérées ou inhalées. Il est donc recommandé de dépoussiérer votre maison aussi souvent que possible, en particulier si vous avez de jeunes enfants qui passent beaucoup de temps par terre. L’idéal est d'utiliser un aspirateur équipé d'un filtre HEPA.
+ Sources et Références