Une réduction de l'inflammation peut-elle aider à combattre une dépression majeure ?

Fait vérifié
réduire inflammation peut aider dépression

En bref -

  • De nouvelles données de recherche viennent corroborer les éléments de preuve existants qui tendent à affirmer que la dépression est liée à une réaction inflammatoire
  • L'inflammation influence la qualité du sommeil, le métabolisme, la réaction au stress et la libération de cytokines
  • Les médicaments antidépresseurs sont associés à des effets secondaires significatifs et dangereux, y compris la violence, l'agressivité et le suicide
  • La population âgée est particulièrement vulnérable. Pour ce groupe seul, le taux de prescriptions d'antidépresseurs a doublé depuis 1990, augmentant le risque de déclin cognitif, de démence, d'ostéoporose, de diabète de type 2 et de maladie cardiaque
  • Les options non pharmaceutiques efficaces pour le traitement comprennent l'activité physique, la diminution de la consommation de sucre et l'utilisation de la photothérapie pendant 30 minutes chaque jour

Dr. Mercola

Selon les estimations, 7,1 % de la population adulte a connu au moins un épisode de dépression majeure en 2017. Les taux les plus élevés concernent la catégorie d'âge comprise entre 18 et 25 ans. Nombreux sont ceux qui croient que la dépression est causée par un déséquilibre chimique à l'intérieur du cerveau. Cette théorie a été largement soutenue par les sociétés pharmaceutiques et les psychiatres, au point qu'elle est aujourd'hui considérée comme une réalité.

Néanmoins, il s'agit seulement d'une théorie et, pire encore, cette théorie a été largement discréditée. L'idée s'est rapidement répandue après qu'elle ait été suggérée dans les années 1960, à l'époque où les médicaments antidépresseurs semblaient modifier les substances chimiques du cerveau. Dans les années 1980, le Prozac (fluoxétine) a été commercialisé par Eli Lilly et fortement soutenu pour sa capacité à équilibrer les substances chimiques du cerveau et à traiter la dépression.

Le Prozac présentait moins d'effets secondaires que certains autres antidépresseurs déjà existants et il est rapidement devenu l'enfant chéri de la classe des antidépresseurs inhibiteurs sélectifs de recapture de la sérotonine (ISRS). Cependant, en dépit d'une prescription quasi systématique, les données n'ont cessé de démontrer que l'efficacité des ISRS n'était pas supérieure à celle des placebos chez les personnes souffrant de dépression légère à modérée.

Bien que les antidépresseurs ne traitent pas de façon efficace la dépression, ils multiplient par deux le risque de blessures résultant des suicides et des actes de violence chez les adultes en bonne santé et augmentent l'agressivité des enfants et des adolescents.

Les chercheurs suggèrent également qu'une dépression majeure pourrait être grandement surdiagnostiquée et traitée de façon excessive au moyen d'antidépresseurs. La majorité des personnes auxquelles ces médicaments sont prescrits finissent par les prendre à long terme, ce qui peut compromettre leur santé.

De plus en plus d'études relient la dépression à l'inflammation

Des chercheurs ont découvert qu'un autre lien existe entre l'inflammation et la dépression. Dans une étude publiée dans le Journal of Neurology, Neurosurgery & Psychiatry, des chercheurs ont systématiquement passé en revue l'innocuité et l'efficacité des agents anti-inflammatoires chez les personnes souffrant d'une dépression majeure.

L'analyse documentaire couvrait les résultats de 30 essais contrôlés et randomisés impliquant 1 610 participants. Dans une analyse globale de 26 études, les chercheurs ont découvert que les agents anti-inflammatoires réduisaient les troubles dépressifs par rapport au groupe placebo. Ils n'ont constaté aucune différence dans l'analyse de la qualité de vie, mais ont observé des différences dans les événements gastro-intestinaux entre les périodes de traitement.

Une sous-analyse des données a démontré qu'un traitement d'appoint d'antidépresseurs et de médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens, de statines, d'acides gras oméga-3 et de minocycline réduisait significativement les symptômes dépressifs.

Les résultats d'une autre grande méta-analyse menée par des chercheurs de l'hôpital universitaire d'Aarhus au Danemark sont arrivés aux mêmes conclusions, indiquant que les anti-inflammatoires pouvaient être efficaces dans le traitement de la dépression. L'un des chercheurs explique que l'étude a démontré que la combinaison des anti-inflammatoires et des antidépresseurs présentait des effets bénéfiques.

Les résultats ont aussi démontré que l'effet anti-dépresseur était présent lorsque les anti-inflammatoires étaient utilisés seuls, par rapport à un groupe placebo. Les scientifiques ont analysé 36 études internationales menées auprès de participants souffrant de dépression ou présentant des symptômes dépressifs. L'un des chercheurs, le Dr Ole Köhler-Forsberg, a commenté les résultats de l'étude :

« Cela va certainement augmenter nos chances de pouvoir fournir un traitement personnalisé à chaque patient sur le long terme. Bien entendu, nous devons toujours évaluer les effets secondaires potentiels des anti-inflammatoires.

Il nous faut toujours déterminer clairement quels patients bénéficieront du médicament et le dosage approprié dans leur cas. Cette découverte est intéressante, mais les patients doivent consulter leur médecin avant de commencer tout traitement complémentaire. »

Dans une autre étude récemment publiée dans Molecular Psychiatry, les scientifiques ont découvert que des patients traités par immunothérapie pour des troubles inflammatoires, qui présentaient également une dépression ou des troubles dépressifs, ont bénéficié d'un soulagement de leurs symptômes. L'équipe scientifique a découvert que la diminution des symptômes dépressifs n'était pas associée à un changement de leur santé physique en lien avec un traitement quelconque.

Le dérèglement du système immunitaire peut déclencher une réaction de type allergique

Il existe un nombre croissant d'études dans lesquelles il est rapporté que la dépression est liée au dérèglement du système immunitaire et à une inflammation, simulant une réaction allergique. Votre corps utilise l'inflammation comme un mécanisme de défense face à une attaque.

Une lésion localisée infectée présente une réaction inflammatoire isolée lorsqu'elle devient rouge et douloureuse. L'inflammation est aussi déclenchée par le stress et le traumatisme physique. Ensuite, l'inflammation provoque la dépression. Cela est lié à la réaction à la libération de cytokines, qui sont de petites protéines que le corps utilise pour réagir.

Cette information peut finalement influencer vos émotions et ce que vous ressentez. En affectant la qualité de votre sommeil, le métabolisme et les réactions au stress, l'inflammation peut créer un environnement biologique en déclenchant des symptômes dépressifs.

Les découvertes réalisées dans le cadre de ces études ont contribué à former un faisceau d'éléments de preuve suggérant que l'inflammation puisse être une voie biochimique de symptômes de maladie mentale. De ce fait, cela pourrait fournir une autre voie non pharmaceutique pour traiter les patients souffrant de dépression. Ole Köhler-Forsberg et ses collègues se sont intéressés à une réponse pharmaceutique et il souligne :

« Certaines études suggèrent que le choix d'un antidépresseur peut être déterminé à partir d'un échantillon sanguin qui évalue la présence d'une affection inflammatoire dans le corps. D'autres études démontrent que le même échantillon sanguin peut être utilisé à titre de référence pour déterminer si un patient dépressif peut être traité à l'aide d'un médicament anti-inflammatoire qui procure un meilleur effet si une inflammation est présente en même temps que la dépression.

Néanmoins, nous devons vérifier cette découverte et déterminer quels patients peuvent en bénéficier avant de l'implémenter dans les pratiques cliniques quotidiennes. »

Le dépistage de maladie mentale pourrait passer à côté de facteurs contributifs

Les médecins utilisent communément des tests de dépistage de maladie mentale pour déterminer le meilleur traitement des symptômes dépressifs. L'utilisation de ces tests de dépistage n'est efficace que si les médecins qui les gèrent analysent correctement les données recueillies et comment vous vous sentez en entrant dans son cabinet.

Dans une étude de 2013, une évaluation de 5 639 participants identifiés par leur médecin comme souffrant de dépression, des chercheurs ont découvert que seulement 38,4 % d'entre eux répondaient au critère du DSM-IV correspondant à un épisode de dépression majeure. S'adressant au New York Times, l'un des chercheurs a souligné que non seulement il y a des médecins qui prescrivent plus de médicaments, mais qu'il y a aussi des patients qui en demandent plus.

Il a indiqué que les américains s'étaient habitués à consommer des médicaments pour traiter le stress de la vie quotidienne et que cela pouvait provoquer à court terme une tristesse situationnelle. Les tests de dépistage de maladie mentale ne tiennent pas souvent compte des carences en vitamines, du manque d'exercice, d'une mauvaise nutrition, d'un manque de sommeil ou d'une inflammation.

La consommation d'antidépresseurs par les personnes âgées a doublé

Dans l'étude de 2013 portant sur l'évaluation des patients auxquels des antidépresseurs avaient été prescrits par leur médecin, seulement 14,3 % de ceux âgés de plus de 65 ans répondaient au critère du DSM-4 correspondant à un épisode de dépression majeure. Pour déterminer si le nombre de médicaments antidépresseurs prescrits aux personnes âgées avait augmenté, une autre équipe de chercheurs a procédé à l'examen des données de 1991 à 1993.

Ils les ont comparées aux données recueillies dans le cadre d'études menées de 2008 à 2011. Au début de la première période, 4,2 % des adultes prenaient des antidépresseurs. Ce nombre a plus que doublé pour atteindre 10,7 % au cours de la seconde période. Le taux d'utilisation d'antidépresseurs chez les adultes âgés vivant dans des établissements de soins dans les études de cohorte de la population anglaise a également augmenté pour passer de 7,4 à 29,2 %.

Une étude publiée en 2017 a examiné les données de 1990 à 2015 recueillies en Australie, au Canada, en Angleterre et aux États-Unis. Dans ce rapport, il a été noté que la prévalence de troubles et symptômes n'avait pas baissé malgré l'augmentation de la prescription d'antidépresseurs.

Chez les personnes âgées, la dépression est associée au déclin cognitif, à la démence et à de mauvais résultats médicaux. Celles souffrant de dépression présentent également des taux de suicide et de mortalité plus élevés. Les indications données par l'American Psychiatric Association suggèrent une prescription d'antidépresseurs accompagnée de psychothérapie chez les personnes âgées. Mais, malgré les risques accrus avec les antidépresseurs, la plupart des personnes âgées ne bénéficient que des médicaments.

Le traitement basé sur des antidépresseurs chez les personnes âgées augmente le risque de diabète de type 2, qui accroît lui-même le risque d'autres affections de co-morbidité, y compris des maladies cardiaques et des accidents vasculaires cérébraux (AVC). Les médicaments sont également associés au développement d'artères plus épaisses et à la démence.

De plus, selon la classification des médicaments, ils sont connus pour contribuer à réduire plusieurs nutriments, notamment la coenzyme Q10, la vitamine B12, le calcium et le folate. L'une des préoccupations concernant les personnes âgées est le risque d'ostéoporose et de fractures associé aux antidépresseurs.

Une étude de 2015 a comparé des femmes traitées avec des médicaments contre l'indigestion à d'autres sous traitement ISRS et il a été découvert une augmentation du taux de fractures de 76 % au cours de la première année chez les femmes prenant des antidépresseurs. Lorsque ces risques sont associés à la connaissance du fait que les médicaments n'offrent pas de meilleurs résultats qu'un placebo pour la dépression légère à modérée, les personnes âgées peuvent être exposées à un risque plus élevé que les bénéfices qu'ils pourraient en tirer.

Envisagez des options non pharmaceutiques pour réduire la dépression

La réduction de la réaction inflammatoire de votre corps est cruciale car c'est une des causes principales de nombreuses affections chroniques, dont la dépression. En complément des stratégies visant à réduire l'inflammation, il existe d'autres approches avec des antécédents d'amélioration des symptômes.

En lisant les suggestions non pharmaceutiques suivantes, n'oubliez pas qu'il n'est pas nécessaire de toutes les appliquer simultanément. Par ailleurs, elles peuvent être adoptées à tout âge et quel que soit votre forme physique actuelle. Commencez à améliorer votre état de santé par petites étapes constantes.

Activité physique — l'activité physique normalise votre sensibilité à l'insuline et à la leptine et a un effet significatif sur la kynurénine, une substance neurotoxique liée au stress produite à partir de l'amino-acide tryptophane, le facteur neurotrophique dérivé du cerveau (BDNF, Brain-derived neurotrophic factor), un facteur de croissance régulant la neuroplasticité, la croissance des nouveaux neurones et votre système endocannabinoïde, tous affectant l'état de santé général du cerveau.

Nutrition — plusieurs facteurs nutritionnels affectent votre humeur et vos émotions, l'un des plus importants étant la consommation excessive de sucre. Des quantités excessives de sucre perturbent votre sensibilité à la leptine et à l'insuline, affectent votre taux de dopamine et endommagent vos mitochondries, et tous affectent votre humeur.

Les nutriments tels que les acides gras oméga-3, le magnésium, la vitamine D et les vitamines B, ont tous une influence sur votre humeur et sur votre cerveau. Vous pouvez profiter des effets bénéfiques de l'augmentation de ces nutriments de façon à atteindre des taux optimaux et cela, en moins de deux semaines.

Photothérapie — la photothérapie est un traitement efficace pour traiter les troubles affectifs saisonniers et des chercheurs ont également démontré son efficacité pour lutter contre la dépression modérée à sévère. Les participants ont simplement utilisé une boîte à lumière blanche pendant 30 minutes chaque jour, le plus tôt possible après le réveil.

Méditation attentive ou Techniques de libération émotionnelle (EFT) — dans une étude portant sur 30 étudiants modérément à sévèrement dépressifs, les étudiants déprimés ont participé à quatre sessions de EFT de 90 minutes. Les étudiants ayant bénéficié des sessions de EFT ont manifesté une dépression moindre que celle du groupe témoin lors d'une évaluation trois semaines plus tard.