Choisir ses vêtements de manière responsable - pour remédier à la mode éphémère

vêtements fabriqués avec des dollars

En bref -

  • On estime que l’industrie de la mode est la cinquième plus polluante au monde
  • Un rapport récent, « Une nouvelle économie du textile : repenser l'avenir de la mode », publié par la « Circular Fibres Initiative », propose un nouveau modèle d’industrie de l’habillement, qui réduirait son impact négatif
  • Entre 2000 et 2015, les ventes de vêtements ont doublé, passant de 50 à 100 milliards d'articles. Résultat, le nombre de fois qu’un vêtement est porté en moyenne, avant d’être jeté, a nettement diminué, ce qui génère beaucoup plus de déchets textiles
  • On estime que plus de la moitié des vêtements achetés sont jetés après moins d'une année. Les décharges brûlent l’équivalent d'un camion-benne de vêtements chaque seconde
  • La certification GOTS est le nec-plus-ultra des normes pour les textiles bio et durables. Un tissu certifié GOTS est tracé à toutes les étapes du processus, de la plantation à l’emballage
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Dr. Mercola

Depuis quelques années, on commence à comprendre le coût réel des vêtements bon marchés et de ce que l’on appelle la « mode éphémère », et un appel au changement commence à se faire entendre.

Des enquêtes ont révélé que l’industrie de l’habillement est une source importante de pollution environnementale - d'après certaines estimations, c’est la cinquième industrie la plus polluante au monde - et la surconsommation ne fait qu’aggraver le problème.

Si dans le passé l’industrie de la mode ne se faisait pas remarquer, les environnementalistes et les spécialistes du secteur, soucieux de l’environnement, commencent donc aujourd'hui à véritablement cibler ces problèmes. Voici ce qu’a déclaré la Fondation Ellen Mcarthur :

« Il est temps aujourd'hui de passer à un système textile qui permette d'obtenir de meilleurs produits en termes d’économie, de société et d’environnement.

Le rapport « Une nouvelle économie du textile : repenser l’avenir de la mode » propose une vision, des ambitions et des actions - basées sur les principes d'une économie circulaire - afin de réduire les impacts négatifs et de réaliser potentiellement 500 milliards de dollars d’économies, en transformant profondément la façon dont les vêtements sont conçus, vendus et portés. »

Je n'avais jamais réellement prêté attention auparavant aux vêtements que je porte, et j’ai été choqué de découvrir les dommages générés par la « mode éphémère » en termes de santé et d’environnement.

Je me suis aujourd'hui engagé à porter et à soutenir un mouvement responsable et régénérateur qui encourage à « Faire attention à ce que nous portons », en développant les ‘Dirt Shirt’ - des vêtements bio entièrement fabriqués aux États-Unis - et SITO, des vêtements bio produits de façon responsable, en dehors des États-Unis.

Cette année, réfléchissez sérieusement lorsque vous ferez un tri dans votre garde-robe. Souvenez-vous, être un consommateur responsable ne se limite pas au choix des aliments et des produits ménagers.

Vos vêtements peuvent être une source de substances chimiques dangereuses, et les articles bon marchés à la mode affectent non seulement l’environnement, mais également les personnes qui travaillent dans cette industrie. En tant que consommateur, vos choix permettront de guider l’industrie de l’habillement vers des processus de fabrication plus sains pour l’homme et pour l’environnement.

Les ventes de vêtements battent des records

D'après le rapport cité plus haut, émis par l'initiative « Circular Fibres » lancée récemment par la fondation Ellen Macarthur, alors que les ventes de vêtements n’ont jamais atteint de tels sommets, les vêtements sont portés beaucoup moins longtemps qu’avant, ce qui semble logique puisqu’on ne peut porter qu'un nombre limité de vêtements en une année.

La plupart d’entre nous avons par ailleurs quelques vêtements que nous affectionnons particulièrement, et que nous portons souvent.

Entre 2000 et 2015, les ventes de vêtements ont explosé, passant de 50 à 100 milliards d'articles. Résultat, le nombre de fois qu’un vêtement est porté en moyenne, avant d’être jeté, a nettement diminué.

Ainsi qu'il est souligné dans l’article cité plus haut, « l’augmentation constante de la production est intrinsèquement liée à la diminution de la durée d'utilisation des articles, ce qui génère une quantité incroyable de déchets. »

On estime que plus de la moitié des vêtements achetés sont jetés après moins d'une année. Aussi incroyable que cela puisse paraître, une enseigne de la mode britannique rappelle à ses clientes qu’une robe ne reste dans la garde-robe d'une femme que cinq semaines ! 

Comme le souligne Lucy Siegle, qui a fait cette observation stupéfiante, « La façon dont nous nous habillons aujourd'hui n'a absolument plus rien à voir avec le comportement des générations précédentes, qui pouvaient porter un même vêtement pendant plusieurs dizaines d'années. »

Le fait de traiter les vêtements comme des articles jetables, à utilisation unique, a donné naissance à un problème de déchets qui s’aggrave rapidement, et qui est difficile à résoudre.

Les décharges brûlent l’équivalent d'un camion-benne de vêtements chaque seconde, et les tissus étant généralement teints et/ou traités avec des substances chimiques toxiques, pratiquement tous ces déchets sont toxiques.

Moins de 1% des tissus jetés sont recyclés et réutilisés. L'augmentation de la pollution chimique et plastique est un autre effet secondaire de la mode éphémère.

« L’utilisation de substances à risque dans la fabrication des textiles a un impact important sur la santé des agriculteurs et des employés des usines, ainsi que sur l’environnement. Il a été récemment estimé que, lorsque les vêtements sont lavés, cela entraine le rejet de cinq cent mille tonnes de microfibres plastiques dans les océans, qui finissent à terme dans la chaine alimentaire... », souligne la fondation.

La mise en place d'une nouvelle économie du textile

Pour résoudre ces inconvénients, le rapport cité plus haut présente une nouvelle forme d’économie du textile, dans laquelle les tissus « sont réintroduits dans l’économie après leur utilisation, et ne finissent jamais en déchets. » Voici les quatre piliers de cette nouvelle économie :

  1. La suppression progressive des substances toxiques utilisées dans la production des textiles et la conception de nouvelles matières pour prévenir le rejet de microfibres
  2. La modification de la conception, de la commercialisation et de l’utilisation des vêtements afin de sortir du système de la mode jetable
  3. L'amélioration du recyclage des textiles
  4. Le passage à l’énergie renouvelable, afin de prévenir le gaspillage des ressources non renouvelables

Stella McCartney, créatrice de mode qui a coanimé la publication du rapport, a déclaré :

« Je suis vraiment enthousiaste à propos de ce rapport ‘Une nouvelle économie du textile : repenser l’avenir de la mode’, car il apporte des solutions à une industrie qui gaspille énormément, et qui est nocive pour l’environnement.

Le rapport nous propose un guide pour améliorer l’éthique commerciale et préserver l’environnement. Il ouvre le dialogue qui va nous permettre de trouver une façon de travailler ensemble pour améliorer notre industrie, pour l’avenir de la mode et pour l'avenir de la planète. »

La campagne ‘Care what you wear’ (‘Prêtez attention aux vêtements que vous portez’)

Nous devons en effet absolument commencer à nous préoccuper de la façon dont sont fabriqués les vêtements que nous portons, et c’est pourquoi je participe et je reverse à la campagne ‘Care what you wear’ les recettes de la vente de mes Dirt Shirts - fabriqués à partir de coton certifié GOTS, 100 % biologique, cultivé de façon durable au Texas.

Pour en savoir plus à propos de ce projet, consultez les sites dirtshirt.org et changingclothes.org. L’époque où la mode ne se préoccupait que de notre image est révolue. Aujourd'hui, il existe un véritable mouvement qui tend vers une mode qui fait du bien au monde et à la planète.

Comme l’explique Marci Zaroff, fondatrice de la première filature certifiée bio aux États-Unis :

« C’est assez proche du mouvement ‘De la ferme à la table’, né du fait que les gens veulent savoir d'où viennent leurs aliments. Comment sont-ils cultivés et produits ?’... Nous nous éveillons à notre source intérieure. Nous prenons conscience de cette volonté de savoir ce que nous avalons et ce que nous mettons sur nous, en tant qu’extensions de nous-mêmes.

Il n’y a pas que ce que nous mangeons. Les vêtements que nous portons font également partie de nous. Nous devons considérer les fibres de la même façon que nous considérons la nourriture. »

Le résultat, c’est que les vêtements fabriqués de manière responsable, avec des teintures non toxiques (ou sans teintures) et des matières biologiques, sont aussi très agréables à porter.

La qualité est vraiment différente, et lorsqu'un vêtement est d’excellente qualité, on a beaucoup moins tendance à s’en débarrasser après l'avoir porté deux ou trois fois.

Les articles de bonne qualité s'embellissent d’ailleurs généralement avec le temps, au lieu de se transformer en loques déformées, décolorées, inconfortables et usées après quelques lavages.

Le problème du cuir

D'autres stylistes et scientifiques du textile approchent les problèmes de l’industrie de la mode sous un autre angle, et créent des tissus qui ne contiennent pas de fibres conventionnelles telles que le coton, le chanvre ou les fibres synthétiques.

Dans un récent article du Hakai Magazine,7 Heather Pringle et Amorina Kingdon abordent plusieurs idées innovantes de l’industrie, telles que le collagène fabriqué en laboratoire et le cuir de kombucha - des développements engendrés par la prise de conscience croissante des effets dévastateurs du cuir sur l’environnement et la santé des travailleurs.

« Rien qu'aux États-Unis, les consommateurs dépensent chaque année près de 30 milliards de dollars en chaussures, et ce chiffre ne tient pas compte de ce que les familles dépensent pour de nombreux autres articles en cuir, comme les sacs à main, les gants ou les blousons... » écrivent Heather Pringle et Amorina Kingdon.

« Entre 2012 et 2014, les fabricants du monde entier ont produit près d’1,8 milliards de mètres carrés de cuir... pour l’industrie de la mode... La majeure partie de ce cuir fin provenait de petites tanneries de pays en voie de développement, où le coût de la main d'œuvre est très bas, et les règlementations en termes d’environnement et le règlement sanitaire sur les lieux de travail souvent mal appliqués. »

L’industrie du cuir empoisonne les cours d’eau

Le coût environnemental de notre passion pour les articles en cuir est élevé. À titre d’exemple, au Bengladesh, non moins de 200 tanneries sont entassées dans le quartier industriel de Dhaka et rejettent librement des substances acides et toxique dans la rivière Buriganga.

On estime que chaque année, 22.000 mètres cubes d’effluents toxiques sont rejetés dans la rivière, qui se jette dans le golfe du Bengale.

L'industrie du cuir a bien entendu exterminé toute vie de la rivière Buriganga, et ses eaux sont aujourd'hui une menace pour la santé de quiconque s’y baigne. On rapporte également une pollution aux métaux lourds le long des côtes à l’est du Bengladesh, à plus de 200 kilomètres de là.

Pour tenter d’enrayer la catastrophe environnementale, le gouvernement bangladais a déménagé en début d'année l’industrie du cuir de Dhaka vers un nouveau site, près de la rivière Dhaleshwari, promettant que ce nouveau site serait équipé d'une usine de traitement de l’eau.

Hélas, l'ouverture de l’usine de traitement a été retardée, et les résidents craignent aujourd'hui que les tanneries contaminent également la rivière Dhaleshwari.

De nouvelles alternatives au cuir

Il est malheureusement difficile de trouver une alternative au cuir qui soit respectueuse de l’environnement. Le polyuréthane et le chlorure de polyvinyle (PVC ou « similicuir ») sont de piètres alternatives, car les deux sont toxiques.

Bien entendu, ils ne nécessitent pas de tuer des animaux, mais les ouvriers qui fabriquent ces faux cuirs « vegan » sont exposés à des substances chimiques cancérigènes et lorsqu’ils sont jetés, ils libèrent des dioxines toxiques dans l’environnement.

Les scientifiques de la société Modern Meadow, au New Jersey, travaillent aujourd'hui sur la bio-fabrication de cuir, à partir de collagène fabriqué en laboratoire. De leur côté, des chercheurs australiens expérimentent un textile semblable à du cuir, fabriqué à partir de kombucha fermenté.

Bien qu’ils soient loin d’être prêts à être utilisés par l’industrie de la mode, ces premiers essais montrent que « lorsqu’on veut, on peut » trouver des alternatives.

Lorsque vous achetez des vêtements bio, vérifiez qu’ils sont certifiés GOTS

Souvenez-vous qu’il ne suffit pas que quelqu’un vous dise qu'un tissu est bio, pour qu’il le soit réellement. Un tissu certifié GOTS, par contre, est tracé à chaque étape du processus, de la plantation à l’emballage. Même les étiquettes volantes attachées aux vêtements doivent être conformes à des normes de recyclage.

En d'autres termes, pour qu’un tissu soit certifié GOTS, toutes les étapes de la chaine d'approvisionnement doivent être conformes aux normes GOTS, et pas seulement une ou deux étapes.

L'industrie de l’habillement bio est assez restreinte, et il n’est pas toujours facile de trouver des vêtements bio issus de l'agriculture durable. Dirt Shirt devrait se développer et proposer à terme des sous-vêtements certifiés GOTS ainsi que d'autres types de vêtements, en plus des T-shirts.

Pour l’instant, j'ai choisi de représenter la marque de chaussettes et sous-vêtements SITO (Soil Integrity for Textiles Organically - ‘Intégrité des sols pour des tissus biologiques’), car SITO soutient notre mission mondiale qui a pour but d'améliorer la fabrication des tissus et de mettre un terme à la mode éphémère. Pour en savoir plus à propos de Dirt Shirt et de la marque SITO, regardez la vidéo ci-dessous.

La marque PACT fabrique également des sous-vêtements biologiques certifiés GOTS. D'autres fabricants de vêtements proposent des articles bio, notamment prAna, Patagonia, Outerknown, Eileen Fisher, et des marques moins connues comme Zady, Bead & Reel, Shop Etica et Modavanti.

Heureusement, à ce stade, il y a toutes les raisons de penser que la tendance de la mode durable va continuer à se développer, et si les gens commencent à voter avec leurs dollars, de plus en plus d’entreprises vont la rejoindre.

Il est cependant important d’éviter les erreurs faites dans l’industrie de l'alimentation bio, dans laquelle des normes peu contraignantes ou inexistantes ont généré ce que l’on peut appeler une fausse industrie du bio.

La clé est de créer des normes strictes, afin d’empêcher les entreprises de les contourner au profit du gain. À ce jour, la certification GOTS est le summum des normes.