Les chercheurs demandent la révision immédiate des recommandations en matière d'évitement du soleil

une femme qui joue avec des enfants

En bref -

  • Les chercheurs demandent la révision immédiate des recommandations de santé publique en matière d’exposition solaire, soulignant qu'une « exposition aux UV, modérée et sans brûlure, est bienfaisante pour la santé et doit être recommandée comme telle »
  • Le public est induit en erreur et mal informé des répercussions de l’évitement du soleil sur la santé, car il existe des risques significatifs associés à la carence en vitamine D, notamment un risque accru de maladies cardio-vasculaires et de plusieurs types de cancers, en particulier des cancers internes, mais également des cancers mortels de la peau
  • Vous exposer raisonnablement au soleil est la façon la plus efficace d’optimiser votre taux de vitamine D. L’exposition au soleil présente des bienfaits pour la santé qui vont au-delà de la production de vitamine D, et permet notamment de réduire votre risque de maladies chroniques et de décès
  • Lorsque vous êtes carencé en vitamine D, votre santé peut se détériorer de nombreuses façons, car vos cellules ont besoin de la forme active de vitamine D pour accéder au code génétique qu’elles renferment
  • On estime que 12% des décès, aux États-Unis, pourraient être liés à une exposition insuffisante au soleil, et l'évitement du soleil est un facteur de risque de décès aussi important que le tabagisme
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Un article paru récemment dans le magazine ‘Outside’ souligne l’importance d'une exposition raisonnable au soleil, affirmant que « Les directives actuelles en matière d’exposition au soleil sont nuisibles et non scientifiques, d'après une nouvelle recherche controversée - et peut-être même racistes. Comment avons-nous pu nous tromper à ce point ? »

La recherche en question, publiée en décembre 2018 dans le magazine international de la recherche environnementale et de la santé publique, demande une révision immédiate des recommandations de santé publique, soulignant qu'une « exposition aux UV, modérée et sans brûlure, est bienfaisante pour la santé et doit être recommandée comme telle ».

Les auteurs attirent l’attention sur le fait que le public est induit en erreur et mal informé des répercussions de l’évitement du soleil sur la santé, car il existe des risques significatifs associés à la carence en vitamine D, notamment un risque accru de maladies cardio-vasculaires et de plusieurs types de cancers, en particulier des cancers internes, mais également des cancers de la peau.

La recherche prouve que la vitamine D intervient dans la fonction biochimique de presque toutes les cellules et tous les tissus de votre corps, ainsi que dans le fonctionnement de votre système immunitaire.

Lorsque vous êtes carencé en vitamine D, votre santé peut se détériorer de nombreuses façons, car vos cellules ont besoin de la forme active de vitamine D pour accéder au code génétique qu’elles renferment.

Un communiqué de presse publié par la Canadian Vitamine D Society indique :

« Les auteurs ont examiné les conclusions actuellement disponibles des recherches scientifiques, et ont découvert que les coups de soleil sévères sont associés à un risque accru de mélanome, mais qu’une exposition au soleil sans brûlure est associée à une réduction du risque de mélanome.

‘C’est un message que les directives actuelles de santé publique ne transmettent pas au grand public’, remarque le Dr. David Hoel, auteur principal de l’étude, du département des sciences de santé publique, à l’Université médicale de Caroline du sud.

‘On laisse croire au public que toute exposition au soleil doit être évitée, et que l’évitement du soleil ne comporte aucun risque pour la santé. Ce n’est pas le cas’ ».

En effet, l'article précise qu’environ 12% des décès, aux États-Unis, pourraient être liés à une exposition insuffisante au soleil, et que l'évitement du soleil est un facteur de risque de décès aussi important que le tabagisme.

Les directives actuelles en matière d’exposition au soleil augmentent les risques de certains groupes raciaux de développer des maladies et problèmes de santé

Il est important de souligner que les directives actuelles, qui recommandent à tous d'éviter le soleil, sont complètement inappropriées pour les personnes à la peau foncée, qui non seulement courent beaucoup moins de risques de dommages cutanés liés à l’exposition au soleil, mais ont par ailleurs besoin de beaucoup plus de soleil pour produire de la vitamine D, et sont donc, à la base, plus à risque de présenter une carence en vitamine D.

Il semble donc que les directives actuelles soient bien plus néfastes pour certains groupes raciaux.

Établir des directives en matière d’exposition au soleil qui ne tiennent pas compte de la couleur de la peau, est véritablement absurde, et elles n’ont aucun fondement scientifique; ce sont pourtant les recommandations de la plupart des organismes de santé, y compris celles du ministre américain de la santé, de l'académie américaine de dermatologie, et de la Fondation contre le cancer de la peau.

Interrogé à propos des raisons pour lesquelles les recommandations ne tiennent pas compte du type et de la couleur de peau, le Dr. Henri Lim, membre du comité de photobiologie de la Fondation contre le cancer de la peau, répond de façon absurde, et en totale ignorance, que ces informations n’ont aucune importance puisque les suppléments de vitamine D peuvent compenser les carences.

Mais en simplifiant le problème à l’excès, les dermatologues font courir un grave risque de carences en vitamine D à de nombreuses personnes, carences qui risquent de n’être détectées qu'une fois les problèmes de santé installés.

De plus, les recherches indiquent que la façon la plus efficace d’augmenter votre taux de vitamine D n’est pas de prendre un supplément, mais de vous exposer au soleil.

L’exposition au soleil est bénéfique pour la santé à de nombreux égards

L’exposition au soleil offre en réalité de nombreux bienfaits, qui vont bien au-delà de la production de vitamine D, et qui contribuent tous à préserver une bonne santé. La vitamine D est simplement le marqueur d'une saine exposition au soleil.

Voici ce qu'indique le magazine ‘Outside’ :

« … une bande de chercheurs sans scrupules... affirme que si les gens qui présentent un taux élevé de vitamine D sont en bonne santé, ce n’est pas grâce à la vitamine elle-même. Elle n’est qu'un marqueur. »

L'article cite une recherche réalisée par le Dr. Richard Weller, dermatologue à l’Université d’Édinbourg, qui a découvert « une voie biologique jusqu’ici inconnue par laquelle la peau utilise le soleil pour fabriquer de l’oxyde nitrique” — un gaz connu pour dilater les vaisseaux sanguins et faire baisser la tension artérielle, entre autres choses.

Les recherches du Dr. Weller ont confirmé que l’exposition au soleil - 30 minutes en été, sans écran solaire - augmentait le taux d'oxyde nitrique des participants et faisant baisser leur tension artérielle. Cet effet est probablement dû aux UVA et aux fréquences proche-infrarouge.

La relative non-dangerosité des cancers de la peau est toutefois masquée par la combinaison des statistiques sur les cancers mortels avec celles sur les cancers non mortels.

Les deux types de cancer de la peau les plus courants, le carcinome basocellulaire (CBC), et le carcinome à cellules squameuses (CCS), ne sont pas mortels, et l’augmentation rapportée du nombre de cancers de la peau fait référence à l'augmentation du nombre de ces formes non mortelles, et non du nombre de mélanomes.

Le magazine ‘Outside’ cite le Dr. Weller qui déclare que « Lorsque je diagnostique un carcinome basocellulaire chez un patient, la première chose que je fais, c’est de le féliciter, car il ressort de mon cabinet avec une espérance de vie plus longue que lorsqu’il y est entré. »

Vous vous demandez comment c’est possible ?

Le fait est que les carcinomes sont étroitement liés à l’exposition au soleil, et l’exposition au soleil est associée à une mortalité plus faible, et à une meilleure santé globale.

En effet, les personnes qui travaillent en intérieur ont deux fois plus de mélanomes mortels que les personnes qui travaillent en plein air.

Comme le souligne le Dr. Weller, « Le facteur de risque pour les mélanomes semble être l’alternance d’exposition au soleil et de coups de soleil, en particulier lorsque vous êtes jeune. »

Si les coups de soleil peuvent augmenter votre risque de mélanome, l’exposition sans brûlure est vraiment importante pour être en bonne santé, et augmenter votre espérance de vie.

Éviter le soleil est aussi dangereux que fumer

Des preuves irréfutables confortant l’idée qu'une exposition régulière au soleil favorise la santé et l’espérance de vie, ont été publiées dans le Journal de médecine interne en 2014.

Au cours de cette étude, dirigée par Pelle Lindqvist, chercheur principal de l’Institut Karolinska, en Suède, les habitudes d’exposition au soleil de près de 30.000 suédoises ont été suivies pendant 20 ans.

Le message à retenir de cette étude mérite d’être répété : les femmes qui évitaient le soleil avaient un risque de mortalité DEUX FOIS plus élevé que celles qui s’exposaient régulièrement au soleil.

Comme le souligne le magazine Outside, « Peu d'habitudes d'hygiène de vie ont pour effet de doubler votre risque de décès. »

Deux ans plus tard, le Dr. Lindqvist a publié un article de suivi, à propos d'une étude au cours de laquelle plus de 25.500 suédoises, âgées de 25 à 64 ans, ont de nouveau été suivies pendant 20 ans.

Des informations détaillées à propos des habitudes d’exposition au soleil et des facteurs confondants ont été obtenues et analysées dans un scenario de « risques concurrents ».

Globalement, les femmes qui s’exposaient régulièrement au soleil avaient un risque plus élevé de développer un mélanome que celles qui évitaient le soleil, mais elles avaient également cependant un risque de mortalité, toutes causes confondues, plus faible - sans doute grâce à leur taux plus élevé de vitamine D.

Les femmes qui avaient l’habitude de s’exposer régulièrement avaient un risque de maladie cardiovasculaire et de décès (pour raisons autres que le cancer) plus faible que celles qui évitaient le soleil.

De plus, il a été déterminé que l’évitement du soleil était aussi dangereux que le tabagisme, en termes d’effets sur l’espérance de vie :

« Les non-fumeurs qui évitaient le soleil avaient une espérance de vie similaire aux fumeurs du groupe qui s’exposait le plus au soleil, ce qui indique que l’évitement du soleil est un facteur de risque de décès du même ordre de grandeur que le tabagisme.

Comparée à celle du groupe qui s’exposait le plus au soleil, l’espérance de vie des personnes qui évitaient le soleil était réduite de 0,6 à 2,1 ans. »

La recherche montre que l’utilisation d'un écran solaire ne protège pas du cancer de la peau

Pour aggraver encore les choses, la recommandation d'utiliser un écran solaire repose également sur un fondement scientifique fragile.

D'après une analyse réalisée par le Dr. Marianne Berwick, épidémiologiste, il n’existe que très peu de données démontrant l’efficacité de l’écran solaire dans la prévention du cancer de la peau.

Après analyse d'une douzaine d'études portant sur le carcinome basocellulaire (CBC), qui n’est généralement pas létal, et sur le mélanome, qui est la forme la plus meurtrière, le Dr. Berwick a déduit que les personnes qui utilisent un écran solaire sont en réalité plus susceptibles de développer ces deux maladies.

Seules deux études sur dix ayant porté sur le mélanome, ont montré que l’écran solaire protégeait de ce cancer ; trois n’ont trouvé aucun lien entre les deux, quel qu’il soit. Aucune n’a révélé que l’utilisation d'un écran solaire protégeait du CBC.

D'après l’étude publiée dans le Magazine international de la recherche environnementale et de la santé publique, les directives publiques en matière d’exposition au soleil, qui déconseillent toute « exposition excessive », devraient être révisées afin de spécifier que ce sont les coups de soleil qui doivent être évités, et non les expositions sans brûlures, et que la durée d’exposition qui entraîne des brûlures varie en fonction du type de peau.

En étant plus précises, elles répondraient aux besoins de tous les groupes raciaux.

Les besoins en vitamine D sont dix fois sous-estimés

Si l’exposition au soleil est la façon idéale d'optimiser votre taux de vitamine D, il serait faux de dire que les supplémentations sont inefficaces. Elles ne sont pas idéales, mais sont toujours mieux que rien.

Le problème, c’est que de nombreuses études affirment que les suppléments de vitamine D n’ont aucun effet bénéfique.

Le magazine Outside fait même référence à la récente étude VITAL qui montre qu'une supplémentation à « haute dose » pendant cinq années, n'a aucun effet sur le cancer, les maladies cardiovasculaires, ou les AVC.

Le problème de cette étude, et d'autres du même type, c’est que ce qu’elles considèrent comme une dose « élevée » - 2000 unités internationales (UI) par jour - ne l’est absolument pas. Elle est en réalité totalement insuffisante pour la plupart des individus.

La recherche a montré que les réactions au dosage peuvent être multipliées par six, selon les individus, ce qui signifie qu'une personne qui prend 5.000 UI par jour peut présenter un taux sanguin de vitamine D de seulement 20 ng/mL (50 nmol/L) tandis qu’une autre peut atteindre un taux de 120 ng/mL (300 nmol/L) en prenant le même dosage.

C’est pourquoi il est si important de faire vérifier votre taux de vitamine D régulièrement. On ne peut pas se fier à un simple dosage. En réalité, vous devez prendre la dose qui vous permet d'atteindre un taux sanguin de vitamine D qui soit dans une fourchette saine.

D'après une étude publiée dans la revue Anticancer Research, il faudrait 9.600 UI de vitamine D par jour pour qu'une majorité de la population (97,5 %) atteigne un taux de 40 ng/mL (100 nmol/L), qui est, d'après la recherche, le minimum indispensable.

Nous sommes bien loin des 600 UI recommandés par l’Institut américain de médecine (IOM).

De plus, la science a montré qu'un taux de 20 ng/mL (50 nmol/L), qui est généralement considéré comme le minimum nécessaire, est pourtant nettement insuffisant et dangereux pour la santé.

Pour que vous soyez protégé de façon optimale contre les maladies, votre taux sanguin de vitamine D doit être compris entre 60 et 80 ng/mL (150 à 200 nmol/L).

Lorsque votre taux dépasse 60 ng/mL, votre risque de cancer et d'autres maladies chroniques diminue considérablement - s'agissant du cancer du sein, il diminue de plus de 80 %.

L’étude VITAL et les autres du même type n'ont tout simplement pas donné à leurs participants des doses suffisantes pour les protéger.

Quelle quantité de vitamine D pouvez-vous produire, et à quel moment?

La pigmentation de notre peau est liée aux latitudes sous lesquelles vivaient nos ancêtres, dont la peau était adaptée de façon optimale à l’exposition solaire.

Plus nos ancêtres vivaient loin de l’Équateur, plus leur peau était claire, ce qui leur permettait d’optimiser biologiquement la disponibilité limitée du soleil, et plus précisément des UV.

Souvenez-vous : votre corps produit de la vitamine D grâce à l’exposition aux rayons UVB. Pour les populations vivant sous les latitudes nordiques, cela peut ne fonctionner que pendant quelques petits mois dans l’année.

En règle générale, il faut vivre en-deçà de 22 degrés de latitude pour pouvoir produire la moindre vitamine D en hiver. Le tableau ci-dessous décrit les possibilités de synthèse mensuelle de vitamine D aux États-Unis, en fonction des régions.