La riboflavine comme traitement préventif de la migraine

riboflavine dans le traitement de la migraine

En bref -

  • Si les mécanismes précis de la migraine ne sont pas encore élucidés, de nombreuses hypothèses ont cependant été émises. Il semble qu’il s'agisse d'un trouble du système nerveux central. Les dysfonctions mitochondriales font apparemment également partie du puzzle
  • L’influence de certains neurotransmetteurs pourrait également entrer en jeu, tout comme certaines carences nutritionnelles. Des études ont identifié plusieurs carences nutritionnelles qui augmentent vos risques de migraine de façon significative, notamment la carence en riboflavine (vitamine B2)
  • Il a été démontré que la riboflavine est efficace contre les éléments caractéristiques de la migraine, notamment le stress oxydatif, les dysfonctions mitochondriales, la neuroinflammation, la neurotoxicité de l’homocystéine et l’excitotoxicité du glutamate
  • Les épinards, les fanes de betterave, les champignons cremini et portobello, les œufs de plein air, les asperges, les amandes, la dinde bio, le foie et le filet de bœuf nourri à l’herbe, sont des aliments riches en riboflavine
  • Lors d'une étude, une dose quotidienne de 400 milligrammes de riboflavine a permis de réduire les fréquences des migraines de 50 %, c’est-à-dire de quatre à deux par mois, après trois mois de traitement
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Dr. Mercola

On estime qu’au niveau mondial, une personne sur sept souffre de migraines ; il s'agit de la troisième maladie la plus courante dans le monde. Les femmes sont trois fois plus touchées que les hommes, probablement en raison des fluctuations hormonales.

En dépit de cette prévalence élevée, et de plusieurs décennies de recherches, les mécanismes précis qui régissent les crises, qui se déclenchent généralement une à deux fois par mois, n’ont pas encore été déterminés. La douleur, souvent localisée d'un seul côté de la tête, peut être d'une intensité modérée à sévère.

En plus de la douleur, qui peut être lancinante, aiguë ou évoquer une brûlure, la migraine s'accompagne souvent de symptômes tels que nausées, troubles visuels, vertiges, engourdissements au niveau des extrémités ou du visage, et une sensibilité extrême à la lumière, au bruit, aux odeurs et au toucher. Les crises durent généralement de quatre à 72 heures et obligent souvent à se coucher dans le noir et le silence complet.

Les principales hypothèses à propos de la migraine

Si les mécanismes précis de la migraine ne sont pas encore élucidés, de nombreuses hypothèses ont cependant été émises. Depuis dix ou vingt ans, les chercheurs s'orientent vers une hypothèse selon laquelle la migraine serait un trouble du système nerveux central, qui trouverait son origine dans le tronc cérébral. Si la plupart des régions du cerveau n’enregistrent et ne transmettent pas de signaux de douleurs, ce n’est pas le cas du nerf trijumeau.

La douleur est transmise par l’intermédiaire du nerf trijumeau dans une région du tronc cérébral que l’on appelle le noyau trigéminal. De là, elle est transmise au cortex sensoriel du cerveau, impliqué dans la perception de la douleur et d'autres sens.

On pense que l’activation initiale du nerf trijumeau est déclenchée par différents stimuli internes et externes, qui vont du stress aux fluctuations hormonales en passant par différents aliments, les lampes clignotantes, le bruit, et les changements de conditions climatiques.

Les migraines peuvent cependant survenir parfois sans déclencheur apparent, ce qui suggère que nous n'avons pas encore un tableau complet de ce phénomène. Les dysfonctions mitochondriales font apparemment également partie du puzzle. Ainsi qu’il est expliqué dans un article paru en 2013 :

« Le fonctionnement anormal des mitochondries se traduit par une pénétration intracellulaire élevée de Ca(2+), une production excessive de radicaux libres, et une déficience de la phosphorylation oxydative, ce qui provoque à terme une baisse d’énergie dans les neurones et les astrocytes, et déclenche ainsi les mécanismes de la migraine. »

L’influence de neurotransmetteurs, tels que le peptide relié au gène calcitonine (PRGC), pourrait également entrer en jeu, tout comme certaines carences nutritionnelles. Des études ont en tous cas identifié des carences nutritionnelles qui augmentent considérablement le risque de migraine. La carence en riboflavine (vitamine B2) en fait partie.

La carence en riboflavine associée à la migraine

Un article portant sur l'influence de la riboflavine sur la migraine et la maladie de Parkinson, soulignant son potentiel neuroprotecteur, a été publié dans la revue Frontiers in Neurology, en 2017.

D'après cet article, « la riboflavine a un effet positif sur le stress oxydatif, les dysfonctions mitochondriales, la neuroinflammation et l’excitotoxicité du glutamate, tous ces éléments étant impliqués dans la pathogénèse de la maladie de Parkinson, des migraines, et d'autres troubles neurologiques. »

Les auteurs de cet article associent la douleur de la migraine à des dysfonctionnements neurovasculaires, à l’inflammation, et à un « dysfonctionnement de la contractilité vasculaire crânienne », et citent une recherche qui montre que les personnes qui souffrent de migraines avec aura présentent des taux d'antioxydants plus faibles et des taux plus élevés de stress oxydatif, que les non-migraineux du groupe de contrôle.

Ces personnes présentent également davantage de dysfonctionnements mitochondriaux, et il a été démontré qu’au moins deux polymorphismes de l’ADN mitochondrial augmentent la prédisposition aux migraines.

La riboflavine peut s'avérer utile car elle est efficace contre de nombreux éléments caractéristiques de la migraine, notamment le stress oxydatif, les dysfonctions mitochondriales, la neuroinflammation, la neurotoxicité de l’homocystéine et l’excitotoxicité du glutamate, ainsi qu’il est expliqué plus loin.

L'article est assez détaillé, et explique l’influence biochimique de la riboflavine sur tous ces éléments, je vous suggère donc de consulter l’article original qui vous permettra de mieux comprendre le sujet.

riboflavine

Source : Frontiers in Neurology 2017 ; 8 : 333, Schéma 1

Vos apports en riboflavine sont-ils suffisants ?

La riboflavine étant une vitamine B hydrosoluble, vous devez en obtenir une quantité conséquente par le biais de votre alimentation. Voici certains aliments riches en riboflavine :

Les épinards

Les fanes de betteraves

Le tempeh

Les champignons cremini et portobello

Les œufs de plein air

Les asperges

Les amandes

La viande de dinde bio

Le foie de bœuf nourri à l’herbe

Le filet de bœuf nourri à l’herbe

Identifier une carence en riboflavine, et suggestions de dosages

Si on estime que les carences en riboflavine sont rares aux États-Unis, les personnes âgées, les femmes sous pilule contraceptive, les personnes alcooliques, les femmes enceintes et allaitantes, les vegan et les personnes atteintes de troubles hépatiques, présentent toutefois un risque accru de carence. Voici des signes et symptômes courants d'une telle carence :

Fatigue

Gorge enflée

Vision floue

Dépression

Démangeaisons ou peau craquelée

Dermatite autour de la bouche

Dégénérescence hépatique

Chute de cheveux

Troubles de la reproduction

Une analyse d'urine peut permettre d'identifier une carence en riboflavine. En règle générale, une carence est définie par un taux de riboflavine urinaire inférieur à 40 microgrammes par jour. L'apport journalier recommandé est de 1,3 milligramme pour les hommes, de 1,1 mg pour les femmes, de 1,3 mg pour les adolescents (entre 14 et 18 ans) et de 1,0 mg pour les adolescentes.

Cependant, si vous souffrez de migraines, vos besoins peuvent être beaucoup plus élevés. Lors d'une étude, publiée dans le European Journal of Neurology en 2004, il a été constaté qu’une dose quotidienne de 400 milligrammes de riboflavine permet de réduire les fréquences des migraines de 50 %, c’est-à-dire de quatre à deux par mois, après trois mois de traitement. La riboflavine n'a cependant modifié ni leur durée, ni leur intensité.

D'autres carences en vitamines impliquées dans les migraines

En dehors de la riboflavine, voici d'autres carences en nutriments qui ont été associées à la migraine :

Vitamines B6, B12 et acide folique — Une étude de 2009 a évalué l’effet de 2mg d'acide folique, de 25mg de vitamine B6 et de 400 microgrammes de vitamine B12 chez 52 patients souffrant de migraines avec aura.

En comparaison au groupe placébo, les personnes qui ont pris ces compléments ont rapporté une diminution des troubles migraineux de 50% (qui sont passés de 60 à 30 %), sur une période de six mois.

Le magnésium Il a été démontré que le magnésium joue également un rôle important dans la prévention et le traitement des migraines, et que les migraineux sont plus susceptibles que les non migraineux de présenter une carence en magnésium.

La prise de magnésium étant à la fois sûre et simple, les chercheurs indiquent qu'un traitement empirique à base de magnésium est indiqué pour tout migraineux. Pour un effet prophylactique, vous devez booster votre apport de magnésium pendant au moins trois mois avant de constater des résultats, idéalement en combinaison avec de la CoQ10.

Chez de nombreuses personnes, la prise d'une dose élevée de magnésium peut également stopper les crises. La façon la plus efficace d'administrer du magnésium pour traiter la migraine, est la perfusion par intraveineuse. J'administrais autrefois régulièrement du magnésium par voie intraveineuse à des patients souffrant de migraines aiguës, et cela permettait de stopper la douleur chez la plupart d’entre eux.

À défaut, le thréonate de magnésium est sans doute le meilleur choix pour une prise par voie orale. Il est mieux absorbé que les autres formes de magnésium, et sa capacité à traverser la barrière hémato-encéphalique fait qu’il est plus susceptible d'avoir un effet bénéfique sur le cerveau.

Voici quelques exemples, parmi d'autres, d'aliments riches en magnésium : les amandes et les noix de cajou, les épinards cuits à l’eau, le beurre de cacahuètes, les avocats, les pommes de terre, le riz brun, les bananes, le saumon sauvage d’Alaska, et les yaourts préparés à base de lait bio de vaches nourries à l’herbe, sans sucres ajoutés.

La coenzyme Q10 (CoQ10) — Une étude sur la migraine, présentée lors de la réunion annuelle de l’American Headache Society de 2016, qui a porté sur 7.420 enfants, adolescents et jeunes adultes, a montré que 51 % d’entre eux présentaient un taux faible de CoQ10, 31 % un taux faible de vitamine D et 16 % un taux faible de riboflavine.

Ceux qui souffraient de migraines chroniques étaient généralement plus susceptibles de présenter une carence en CoQ10 et en riboflavine, par rapport à ceux qui souffraient de migraines épisodiques. Si les résultats finaux de l’étude n'ont pas encore été publiés, une autre recherche a mis en évidence des liens similaires.

Une étude parue en 2015 dans le Journal of Headache and Pain, a par exemple montré qu'une supplémentation pendant trois mois d'une combinaison brevetée de magnésium, de riboflavine et de CoQ10, permettait de réduire la fréquence des migraines de 6,2 jours au départ, à 4,4 jours par mois après trois mois. L'intensité de la douleur était également réduite de façon significative. Le bœuf nourri à l’herbe, les harengs, le poulet bio élevé en plein air, les graines de sésame, le brocoli et le chou-fleur, sont des exemples d'aliments riches en CoQ10.

La vitamine D — Si de nombreuses études réfutent l’existence d'un lien entre un faible taux de vitamine D et la migraine, certaines ont cependant montré que la vitamine D pourrait jouer un rôle. Une recherche sur la migraine ayant employé une supplémentation en vitamine D a par exemple révélé qu’elle permettait de réduire les protéines C-réactives (un marqueur d'inflammation), et de réduire la fréquence des migraines de façon statistiquement significative.

Une autre étude, réalisée par des chercheurs finlandais, qui n’était cependant pas axée spécifiquement sur la migraine, a montré que les hommes qui présentaient les taux de vitamine D les plus faibles avaient un risque accru de 113 % de souffrir de maux de tête fréquents, par rapport à ceux dont les taux étaient les plus élevés. Globalement, plus le taux sanguin de vitamine D des participants était faible, plus leurs maux de tête étaient fréquents.

Une étude de 2013 portant sur la relation entre le taux de vitamine D et la migraine, a révélé un lien mince mais positif entre les deux en termes de fréquence, mais pas en termes de sévérité. La meilleure façon d’optimiser votre taux de vitamine D est de vous exposer régulièrement au soleil. Si vous optez pour un supplément par voie orale, veillez à prendre de la vitamine D3 (et non de la D2), ainsi que du magnésium, de la vitamine K2 et du calcium.

Prévention de la migraine : les bases

En matière de migraine, la meilleure chose à faire est de prendre des mesures préventives, car la migraine est très difficile à traiter. Les médicaments contre la migraine sont souvent inefficaces, et peuvent entrainer de graves effets secondaires.

La première chose à faire est d'identifier et d'éviter les déclencheurs potentiels. S’ils sont nombreux (et que ce qui déclenche une migraine chez les uns ne la déclenche pas nécessairement chez les autres), la liste ci-dessous comprend certains des plus courants. Tenir un journal pour noter et effectuer un suivi des déclencheurs potentiels peut vous aider à déterminer des corrélations.

Les aliments et les boissons — En particulier le blé et le gluten, les produits laitiers, le sucre de canne, la levure, le maïs, les agrumes, et les œufs, les conservateurs artificiels et les additifs chimiques, la charcuterie et les viandes transformées, l’alcool (en particulier le vin rouge et la bière), l’aspartame et le MSG.

Les allergies — Notamment les allergies alimentaires, les sensibilités alimentaires et chimiques. Une recherche publiée dans la revue The Lancet en 1979, montre que les migraineux qui présentent une immunoréactivité de certains antigènes alimentaires sont profondément soulagés lorsqu’ils suivent un régime d’exclusion.

Une autre étude croisée randomisée en double aveugle, publiée en 2010, a établi qu'un régime de restriction de six semaines entraîne une diminution statistiquement significative des migraines chez les personnes souffrant de migraines sans aura.

Si vous pensez présenter une allergie alimentaire, je vous suggère d’essayer de suivre un régime d’exclusion pour voir si vos symptômes s’améliorent. Gardez à l’esprit que, selon la fréquence habituelle de vos migraines, il peut être nécessaire d’éviter l’aliment suspecté pendant plusieurs semaines afin d'évaluer si cela produit un effet ou non.

Pour confirmer les résultats, réintroduisez l'aliment ou la boisson, en étant à jeun. Si l’aliment suspecté est le coupable, vous ressentirez généralement les symptômes dans l’heure qui suit, bien que les migraines puissent parfois avoir un temps de latence plus long que les ballonnements ou la somnolence, par exemple.

Les hormones — Certaines femmes souffrent de migraines avant ou pendant leurs règles, pendant la grossesse, ou au moment de la ménopause. D'autres voient leurs migraines déclenchées par certains traitements hormonaux tels que la pilule contraceptive ou les traitements hormonaux de substitution.

La lumière, le bruit et les odeurs — Les lumières vives, les lampes fluorescentes, les bruits et les odeurs fortes (même agréables) peuvent déclencher et/ou exacerber une migraine. Une étude de l’école de médecine d’Harvard a montré que même les migraineux non voyants, qui ont encore des récepteurs de mélanopsine, sont sensibles à la lumière.

La lumière bleue, en particulier, peut poser problème. De nombreux appareils numériques et sources de lumières LED émettent principalement de la lumière bleue. La recherche a montré que cette lumière augmente la douleur de la migraine et active le nerf trijumeau, qui est associé à la douleur des migraines. La lumière verte, par contre, peut contribuer à soulager la douleur des migraines ainsi que la photosensibilité.

Il n’existe actuellement aucune ampoule, ni aucunes lunettes d'un bon rapport qualité/prix, qui puissent augmenter votre exposition aux longueurs d'ondes vertes pures. Il existe cependant des lunettes orangées ou rouges, qui bloquent la lumière bleue, et qui peuvent s'avérer utiles. Pensez également à éviter de vous exposer à vos appareils numériques lorsque vous souffrez d'une migraine.

Les modifications du cycle de sommeil — Il peut s'agir aussi bien d'un manque, que d'un excès de sommeil.

Le stress — Tout type de stress ou de traumatisme émotionnel peut déclencher une migraine, même lorsque l’épisode stressant est passé.

La déshydratation et/ou la faim — Le fait de sauter un repas, et le jeûne, sont également des déclencheurs courants.

Le surmenage physique — On sait que les exercices extrêmement intenses, et même les relations sexuelles, peuvent déclencher des migraines.

Les changements climatiques et/ou les changements d'altitude

+ Sources et Références