Certains médicaments courants, vendus sans ordonnance, peuvent provoquer la démence

Anticholinergiques et démence

En bref -

  • Les médicaments anticholinergiques bloquent l'acétylcholine, un neurotransmetteur qui assure d’importantes fonctions dans le cerveau, le système nerveux central et le système nerveux périphérique
  • L’acétylcholine joue dans votre cerveau un rôle essentiel dans l’attention, la concentration, la formation et la consolidation de la mémoire, et c’est pourquoi les médicaments anticholinergiques peuvent provoquer des symptômes similaires à ceux de la démence
  • Une recherche ayant évalué les effets des anticholinergiques a constaté des associations statistiquement significatives entre la démence et les antidépresseurs anticholinergiques, les médicaments contre la maladie de Parkinson, les médicaments antipsychotiques, les traitements antimuscariniques de la vessie, et les antiépileptiques
  • De nombreux médicaments délivrés sans ordonnance contiennent des ingrédients anticholinergiques, notamment les antihistaminiques vendus sous les marques Benadryl et Chlor-Trimeton, les somnifères tels que Tylenol PM, Aleve PL et Unisom, les médicaments contre le mal des transports comme la Dramamine, et divers médicaments contre le rhume
  • S’agissant du Benadryl, et de nombreux autres médicaments destinés à favoriser le sommeil, l’ingrédient anticholinergique en question est la disphenhydramine. Dans le Chlor-Tremeton, c’est la chlorphéniramine, et dans de nombreux médicaments contre le rhume, c’est la pyrilamine
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Dr. Mercola

Selon les dernières statistiques disponibles pour 2019, 14 % des individus âgés de 71 ans ou plus souffrent d'une forme de démence. La maladie d’Alzheimer, qui est la forme la plus sévère et la plus mortelle de démence, affecte environ 5,8 millions de personnes. Parmi elles, 81 % ont plus de 75 ans, mais environ 200.000 ont moins de 65 ans. Au total, un sénior sur dix, âgé de plus de 65 ans, est atteint de la maladie d’Alzheimer.

Au regard de la prévalence de la démence, et des rares traitements conventionnels efficaces, la prévention est essentielle. J'ai écrit de nombreux articles sur ce sujet, qui mettent en avant plusieurs des stratégies de prévention les plus importantes, notamment des recommandations en matière d'alimentation et l'importance de l’exercice, de l’exposition au soleil, et de l’évitement des toxines.

Les effets secondaires des médicaments sont des facteurs de risque auxquels on prête beaucoup moins d'attention, et ils sont le sujet de cet article. Les anticholinergiques sont à cet égard une classe de médicaments très préoccupante : il s'agit de médicaments qui bloquent l’acétylcholine, un neurotransmetteur qui assure d’importantes fonctions dans le cerveau, dans le système nerveux central et le système nerveux périphérique.

Dans votre système nerveux, ils agissent à la fois comme activateurs et inhibiteurs, est c’est en partie pour cette raison qu’ils sont utilisés dans de nombreux types de médicaments. L'acétylcholine déclenche entre autres les contractions musculaires et les réactions à la douleur, et elle intervient dans la régulation de votre système endocrinien et dans la phase de sommeil paradoxal.

L’acétylcholine joue dans votre cerveau un rôle essentiel dans l’attention, la concentration, la formation et la consolidation de la mémoire, et c’est pourquoi ces médicaments peuvent provoquer des symptômes similaires à ceux de la démence.

Les inhibiteurs de l’acétylcholine peuvent provoquer des symptômes de démence

Les médicaments anticholinergiques sont prescrits pour de nombreux types de troubles, notamment la dépression, l’incontinence, la diarrhée, les vertiges, le mal des transports, l’insomnie, les allergies et l’épilepsie. Vous trouverez une longue liste de médicaments anticholinergiques et des différentes maladies contre lesquelles ils sont employés sur le site seniorlist.com. Voici ce qui a été rapporté dans un article paru en juillet 2019 sur le site KHN.org :

« De toute évidence, cette femme qui approchait les 70 ans, était atteinte de démence sévère. Elle était très incohérente. Sa mémoire à court-terme était catastrophique. Elle ne parvenait pas à se concentrer sur les questions que lui posait le personnel médical.

Cependant, le Dr. Malaz Boustani, professeur spécialisé dans la recherche sur le vieillissement à l’école de médecine de l’université de l’Indiana, soupçonnait qu'il se passait quelque chose d'autre. La patiente prenait du Bénadryl pour soigner des allergies saisonnières, un autre antihistaminique pour calmer des démangeaisons, du Seroquel (un antipsychotique) contre des sautes d'humeur, ainsi que des médicaments contre l'incontinence urinaire et les troubles gastro-intestinaux.

À des degrés divers, chacun de ces médicaments bloque un important messager chimique du cerveau, l’acétylcholine. Le Dr. Boustani pensait que l’impact cumulatif de ces médicaments pouvait être à l’origine des troubles cognitifs de cette femme. Et il avait raison. »

Six mois après que la patiente ait arrêté ses traitements, elle a pour ainsi dire « guéri » miraculeusement ; les résultats de ses tests d’évaluation de l’état mental indiquaient que sa démence était passée de sévère, à normale.

Une récente recherche met en avant les risques des médicaments anticholinergiques

Une étude de juin 2019 parue dans le JAMA, qui a évalué le risque de démence associé à différents médicaments anticholinergiques, a révélé que le lien était fort avec :

  • Les antidépresseurs (les antidépresseurs tricycliques tels qu'imipramine, doxepine ou amitriptyline ont des effets anticholinergiques puissants, tandis que les ISSR tels que citalopram et duloxétine ont des effets anticholinergiques plus faibles)
  • Les médicaments contre la maladie de Parkinson
  • Les antipsychotiques (tels que clozapine, chlorpromazine ou olanzapine)
  • Les traitements antimuscariniques de la vessie (tels qu’oxybutynine ou toltérodine, prescrits pour traiter les cas de vessies hyperactives)
  • Les médicaments antiépileptiques (tels qu’oxcarbazépine ou carbamazépine)

Une étude cas-témoin publiée en 2018 dans le BMJ qui, comme l’étude publiée dans le JAMA mentionnée plus haut, s’est penchée sur les effets des différentes classes d'anticholinergiques, a également constaté que les antidépresseurs, les médicaments urologiques et anti-parkinson, présentaient les risques les plus importants.

De même, une précédente étude, publiée en 2015 dans le JAMA Internal Medicine, a montré que « la prise de médicaments anticholinergiques hautement cumulatifs est associée à un risque accru de démence », notamment à la maladie d’Alzheimer, et que la prise d'anticholinergiques doit être minimisée afin d’éviter ce risque associé aux médicaments.

Globalement, la prise de doses élevées de médicaments anticholinergiques pendant trois ans ou plus était associée à un risque de démence accru de 54 %, par rapport aux personnes qui n’en prenaient pas. De plus, les chercheurs ont conclu que cette augmentation du risque perdurait même après l'arrêt de la prise du ou des médicaments.

Selon le site KHN, un nouvel essai doit étudier plus avant cette relation, afin de vérifier si les patients sous anticholinergiques, dont les fonctions cognitives ont déjà commencé à décliner, peuvent recouvrer leurs fonctions cérébrales, ou si les effets des médicaments sont irréversibles.

De nombreux médicaments en vente libre ont des effets anticholinergiques

Il est important de souligner que les anticholinergiques ne sont pas délivrés uniquement sur ordonnance. De nombreux médicaments en vente libre contiennent également des ingrédients anticholinergiques. Cela inclut notamment les antihistaminiques vendus sous les marques Benadryl et Chlor-Trimeton, les somnifères tels que Tylenol PM, Aleve PL et Unisom, les médicaments contre le mal des transports comme la Dramamine, et divers médicaments contre le rhume.

S’agissant du Benadryl, et de nombreux autres médicaments destinés à favoriser le sommeil, l’ingrédient anticholinergique en question est la disphenhydramine. Dans le Chlor-Tremeton, c’est la chlorphéniramine, et dans de nombreux médicaments contre le rhume, c’est la pyrilamine.

Il existe tellement de médicaments aux effets anticholinergiques qu'il peut s'avérer difficile de les identifier, et il arrive souvent qu’une personne prenne simultanément plusieurs anticholinergiques. Il peut en résulter des symptômes similaires à ceux d'une démence sévère, tels que ceux que présentait la patiente du Dr. Boustani.

Pour votre propre sécurité, prenez donc le temps d’examiner régulièrement tous les médicaments que vous prenez, y compris ceux en vente libre, afin d'identifier ceux qui présentent des effets anticholinergiques. Ne pensez pas que votre médecin va s’en charger, ni qu'il vous mettra en garde contre les dangers des anticholinergiques. Ainsi qu’il est souligné sur le site KHN :

« ‘Les médecins attribuent souvent les symptômes anticholinergiques des personnes âgées au vieillissement ou à des maladies liées à l'âge, plutôt qu’aux effets des médicaments’, d'après l’état des recherches effectuées par des médecins de l’université de médecine de Caroline du Sud, et de Grande-Bretagne. »

Malheureusement, les effets secondaires des médicaments sont rarement les premiers suspectés lorsque les symptômes d'une nouvelle maladie apparaissent, et c’est pourquoi il est si important de faire vos propres recherches et de connaitre les effets secondaires potentiels.

Vous trouverez une liste des ingrédients anticholinergiques utilisés dans les antihistaminiques, les médicaments contre la maladie de Parkinson, les myorelxants, les antiarrhythmiques, les antidépresseurs, les traitements antimuscariniques de l’incontinence urinaire, les antipsychotiques, les antispasmodiques et les antiémétiques au bas de la page « Les médicaments anticholinergiques à éviter chez les personnes âgées » du site Drugs.com.

L'importance de la choline dans la prévention de la démence

La choline est un précurseur de l'acétylcholine, et c’est un nutriment essentiel non seulement pour votre cerveau et votre système nerveux, mais également pour votre fonction cardiovasculaire. En 1998, l’Institut de la médecine a officiellement reconnu la choline comme nutriment essentiel à la santé.

Aidée par une protéine de transport, la choline se combine à l’acétyl coenzyme A au niveau des terminaisons neuronales, pour former l'acétylcholine, qui est un neurotransmetteur. Le cerveau doit disposer en permanence d'une quantité adéquate de choline pour que les neurones fonctionnent correctement. Il a également été démontré que la choline protège de la maladie d’Alzheimer en :

  • Réduisant le taux d'homocystéine, un acide aminé dont il a été démontré qu'il provoque la neurodégénéresence et est impliqué dans la formation de plaques amyloïdes, deux caractéristiques de la maladie d’Alzheimer. La choline convertit l'homocystéine en méthionine, qui offre de nombreux effets bénéfiques.
  • En inhibant l'activation microgliale. Les cellules microgliales éliminent les débris du cerveau, et s’il s’agit d'une fonction essentielle, ces cellules ont tendance à être suractivées dans la maladie d’Alzheimer, provoquant une inflammation du cerveau qui peut entrainer la mort des neurones. En réduisant l’activation des microglies, la choline peut contribuer à protéger les patients atteints de la maladie d’Alzheimer de dommages cérébraux supplémentaires.

Autres bienfaits de la choline

La choline est également impliquée dans la synthèse des phospholipides, nécessaires à la bonne structure des cellules. Le phospholipide le plus courant est la phosphatidylcholine, plus connue sous le nom de lécithine, qui constitue entre 40 et 50 % des membranes cellulaires. La choline est également nécessaire :

  • Au fonctionnement des mitochondries — Une étude de 2014 a montré que la choline est importante pour les membranes mitochondriales dans les cellules du foie, et une étude animale publiée en 2010 a également rapporté qu’une alimentation carencée en choline altère les fonctions cognitives et la coordination motrice en provoquant des dysfonctionnements mitochondriaux au niveau du cerveau. Comme le soulignent les auteurs, leurs observations « soulignent que, comme le foie, le cerveau a besoin d'un apport adéquat de choline pour fonctionner correctement. »
  • Au bon développement du fœtus — La choline est nécessaire à la bonne fermeture du tube neuronal, au développement du cerveau et de la vue. La recherche montre que les mères qui ont un apport suffisant en choline favorisent la mémoire de leur enfant pour toute sa vie, grâce à ses effets sur le développement de l’hippocampe (le centre de la mémoire du cerveau).
  • À la régulation épigénétique de l’expression des gènes — Ainsi qu’il est expliqué dans un article publié en 2013, « L'apport alimentaire de donneurs de méthyl tels que la choline influe sur la méthylation de l’ADN et des histones, et modifie ainsi la régulation épigénétique de l’expression des gènes. »
  • Au transport et au métabolisme des graisses — La choline est nécessaire à l’élimination du cholestérol présent dans votre foie, et une carence en choline peut être à l’origine d'un excès de graisse et d'une accumulation de cholestérol qui peut entrainer le développement de la stéatose hépatique.

Des études ont associé l’augmentation des apports en choline à de nombreux bienfaits, notamment à une diminution du risque de maladie cardiaque, à une diminution de 24 % du risque de cancer du sein, et à la prévention de la stéatose hépatique d'origine non alcoolique (NASH).

La choline semble en fait être un facteur déterminant dans le développement de la stéatose hépatique puisqu’elle renforce la sécrétion de lipoprotéines de très basse densité (VLDL) dans le foie, qui sont nécessaires à l’élimination des graisses présentes dans le foie. Les chercheurs ont également découvert des preuves de l’existence de mécanismes épigénétiques de la choline, ce qui contribue également à expliquer comment la choline aide à préserver une bonne fonction hépatique.

Vos apports en choline sont-ils suffisants pour protéger votre santé ?

Si aucune valeur nutritionnelle de référence n'a été établie pour la choline, l’Institut de Médecine a fixé la valeur de « l'apport quotidien adéquat » pour la prévention de dommages hépatiques, à 550 mg pour les hommes, et 425 mg pour les femmes.

Gardez cependant à l’esprit que les besoins peuvent varier considérablement en fonction de votre alimentation globale, de votre âge, de votre origine ethnique et de votre patrimoine génétique. Les femmes enceintes et allaitantes, les athlètes et les femmes ménopausées ont généralement besoin d'apports plus importants, et une alimentation riche en graisses saturées (et équilibrée par ailleurs) peut également augmenter vos besoins en choline.

L'apport maximal tolérable de choline est de 3,5 grammes par jour. Un excès de choline peut entrainer des effets secondaires tels que baisse de la tension artérielle, transpiration, diarrhées et le développement d'une odeur corporelle ‘de poisson’.

Les œufs sont l’une des principales sources alimentaires de choline ; avec plus de 100 mg de choline par jaune d'œuf, ils permettent d'assurer facilement des apports suffisants. Les abats de bœuf nourri à l'herbe (rognons et foie), le saumon sauvage d’Alaska, le poulet et la dinde bio de pâturage, sont d'autres bonnes sources de choline.

Vous pouvez également opter pour un supplément, notamment sous forme d'huile de krill, si vous pensez que votre alimentation ne vous apporte pas suffisamment de choline.

+ Sources et Références