Comment la mode éphémère aggrave le problème mondial des déchets

Don de vêtements

En bref -

  • La mode éphémère est un contributeur majeur au problème mondial des déchets, les vêtements étant la catégorie de déchets qui connait aujourd'hui la plus forte croissance. Les achats de vêtements des canadiens ont augmenté de 400 % et ceux des américains de 500 % par rapport aux années 1980, et on estime que 85 % des dons de vêtements finissent dans les décharges
  • Les nombreux textiles qui sont fabriqués à base de fibres synthétiques se décomposent mal. Les vêtements libèrent également des substances chimiques et des teintures toxiques, qui aggravent le problème mondial de la pollution de l’eau
  • Les distributeurs de mode éphémère fabriquent trop de vêtements, et les vendent à des prix trop bas. Leur mauvaise qualité en fait des vêtements ‘jetables’, et le recyclage minime dont ils font l’objet ne fait que contourner ces problèmes, au lieu de les régler
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Dr. Mercola

On entend souvent parler de « shopping thérapie ». Certains suggèrent que faire des achats, et en particulier acheter de nouveaux vêtements, a le pouvoir de remonter le moral. Le problème, c’est que ces émotions positives s’évanouissent rapidement, contrairement aux quantités excessives de vêtements. La mode éphémère est en effet un contributeur majeur au problème mondial des déchets, les vêtements étant la catégorie de déchets qui connait aujourd'hui la plus forte croissance.

Vous avez peut-être le sentiment de ‘faire votre part’ en faisant don des vêtements dont vous ne voulez plus à des associations caritatives, ou en les déposant dans des bacs de recyclage mis à la disposition des clients par certains magasins, mais la majeure partie de ces vêtements ne serviront au final à personne. La triste réalité, c’est que la plupart des vêtements que vous jetez (environ 85 %) finissent tout simplement dans des décharges, près de chez vous ou à l’étranger.

Au cours d’un reportage réalisé pour l’émission de télévision CBC Marketplace, la journaliste Charlsie Agro enquête sur les programmes de collecte de vêtements des magasins, et dévoile l’envers du décor à une famille canadienne, en lui montrant ce que deviennent réellement les vêtements qu’elle donne à son association caritative locale.

Les associations caritatives, bien entendu, vous promettent que vos vêtements usagés seront revendus à des personnes dans le besoin, tandis que les enseignes de vêtements vous certifient que les vêtements déposés dans leurs bacs de recyclage serviront à en fabriquer de nouveaux. Mais quelle est la part de vérité dans tout cela ?

Très peu de vêtements peuvent être, ou sont recyclés

Pour tenter de réduire ces déchets textiles, plusieurs grandes enseignes de la mode ont lancé des programmes de recyclage. Parmi elles : Levis, Nike, H&M et Adidas. Leurs magasins sont équipés de bacs destinés aux dons, et leurs campagnes de marketing promettent de recycler vos vieux vêtements, et ainsi de ‘boucler la boucle’ en ‘faisant du neuf avec du vieux’.

Ces programmes de recyclage déculpabilisent les acheteurs en leur faisant croire qu’ils font une bonne action. Mais ils les incitent également à acheter plus de nouveaux vêtements, car nombre de ces enseignes offrent des remises sur les achats en échange des dépôts de vêtements usagés.

On peut se poser la question : ces programmes de recyclage permettent-ils de résoudre le problème, ou ne font-ils que l’entretenir sous couvert d'une soi-disant « consommation responsable » ? Les publicités de H&M affirment que vos vieux jeans sont détruits et servent à en fabriquer de nouveaux. Mais est-ce vraiment le cas ?

Selon l’environnementaliste Elizabeth Cline, qui est interviewée dans l’émission, moins d’1 % du linge est véritablement transformé en nouveaux vêtements. I:Collect, une entreprise de recyclage qui traite les dons remis à plusieurs grandes enseignes, dont H&M, affirme que 35 % des vêtements donnés sont recyclés sous forme d'articles tels que des sous-couches pour moquettes, des bâches de protection, et des isolants - et non sous forme de nouveaux vêtements.

L'une des principales raisons pour lesquelles si peu de nos déchets textiles sont recyclés, c’est que la plupart sont fabriqués avec des fibres mélangées, qui sont difficiles à séparer et à réutiliser.

Elizabeth Cline souligne par ailleurs que même les articles en fibres pures, comme le coton ou la laine, sont difficiles à réutiliser car le processus de recyclage altère la qualité des nouveaux vêtements. « Le processus fragilise les fils de coton et de laine », explique-t-elle, « ce qui vous donne au final un produit de moins bonne qualité ».

« En bref, nous ne disposons pas encore de la technologie nécessaire », conclut l’émission Marketplace. « Il est bien trop coûteux et chronophage de fabriquer de nouveaux vêtements à partir de vêtements usagés. » Elizabeth Cline pense par ailleurs que les programmes de recyclage sont des « victoires environnementales faciles » pour ces entreprises.

Ils leur donnent l’image d’entreprises œuvrant pour le développement durable, et leur permettent de poursuivre leurs activités sans avoir à modifier leurs processus de fabrication ni leur mode de fonctionnement. En réalité, ces programmes de recyclage n'ont que peu d’effet sur la cause profonde du problème. « Ils ne rendent pas la mode éphémère plus durable », conclut Elizabeth Cline.

Y a-t-il urgence à faire changer la mode ?

Comme il est souligné dans l’émission Marketplace, il y avait autrefois quatre saisons dans l’industrie de la mode : l’hiver, l’été, le printemps et l’automne. Aujourd'hui, les collections sont renouvelées toutes les semaines, et parfois même presque tous les jours ! On peut se rendre le lundi dans un magasin H&M, et y trouver de nouveaux articles en y retournant le mercredi de la même semaine.

Claudia Marsales, responsable de la gestion des déchets et de l’environnement de la ville de Markham, dans l’Ontario, n’est pas plus convaincue qu’Elizabeth Cline par les efforts de recyclage des grandes enseignes. Elle explique dans l’émission Marketplace qu'au rythme actuel des ventes, il faudrait aux vendeurs de mode éphémère 12 ans pour recycler ce qu’ils vendent en 48 heures.

Selon elle, les programmes de recyclage sont trompeurs, et ne sont rien de plus qu'une forme d'écoblanchiment. Ils ne modifient en rien le « modèle commercial insensé de la mode éphémère », affirme-t-elle.

Les distributeurs de mode éphémère fabriquent trop de vêtements, et les vendent à des prix trop bas. Leur mauvaise qualité en fait des vêtements ‘jetables’, et le recyclage minime dont ils font l’objet ne fait que contourner les vrais problèmes, au lieu de les régler.

En bref, c’est le modèle commercial de l’industrie qui est à l'origine du problème, et ses programmes de recyclage ne servent qu’à lui donner une image plus responsable, sans qu’elle n’ait à modifier ses pratiques.

Les dons ne vont pas à ceux qui en ont besoin

Nombreux sont ceux qui imaginent que leurs dons seront distribués à des personnes dans le besoin, près de chez eux ou ailleurs. Ce n’est pourtant pas le cas. Selon un reportage d’ABC News, diffusé en 2006, plus de 90 % des vêtements donnés aux associations caritatives finissent dans des entreprises de recyclage de textiles.

Seuls 10 % sont mis en vente et proposés à des américains dans le besoin, à la recherche de bonnes affaires. Même lorsque les articles sont expédiés à l’étranger, en Afrique par exemple, ils sont vendus d'un intermédiaire à un autre, et non donnés. De façon générale, et d'un bout à l’autre de la chaine de distribution, ce qui ne peut pas être vendu finit dans une décharge.

Selon l’émission Marketplace, la ville de Nairobi, capitale du Kenya, est le plus gros acheteur de ce que les occidentaux mettent au rebut. Elle achète 22 millions de dollars de vêtements usagés par an, rien qu’aux canadiens. L’Afrique de l’Est a importé des pays occidentaux non moins de 151 milliards de dollars de vieux vêtements en 2015.

En fin de compte, une bonne partie des vêtements pratiquement neufs dont vous faites don, sont revendus sur des marchés de vêtements d'occasion au Kenya et dans d'autres pays moins riches. La mauvaise qualité pose cependant problème, car ces vêtements sont difficiles à vendre.

Les kényans n’ont tout simplement pas envie de dépenser de l’argent durement gagné pour quelque chose qui risque de se déchirer ou de finir en lambeaux après quelques lavages, et tout ce qui n’est pas vendu sur ces marchés locaux finit simplement, encore une fois, dans des décharges, ou est brûlé.

L'Afrique ne veut pas de vos déchets

Les importations de vêtements d'occasion par le continent africain ont en fin de compte donné naissance à un grave problème de déchets. Elles menacent par ailleurs la capacité de ses habitants à gagner leur vie. Les vêtements d'occasion sont vendus pour moins de 10 % du prix d'un vêtement fabriqué localement, et l’industrie du vêtement locale est donc incapable de rivaliser.

Le problème a pris une telle ampleur qu’en mars 2016, le Kenya, l'Ouganda, la Tanzanie, le Burundi et le Rwanda ont proposer d'interdire toutes les importations de vêtements usagés d'ici 2019, afin de booster les industries locales du textile et de l’habillement.

En août 2016, le ministre d’état de la Tanzanie a également annoncé la mise en place d'un programme de formation destiné à former une nouvelle génération à l'art de la confection des textiles et de la couture.

En 2018, la chaine de télévision Al Jazeera indiquait que le Rwanda, la Tanzanie et l’Ouganda étaient d'accord pour appliquer l’interdiction, mais qu’ils faisaient face à des « menaces de sanctions commerciales de la part des États-Unis, selon lesquels cette interdiction viole les accords de libre-échange ». Le Kenya a déclaré qu’il ne pouvait pas appliquer l’échéance de 2019 proposée pour l'interdiction, car sa production nationale de textiles n’est pas encore capable de répondre à la demande locale.

Comment pouvez-vous contribuer à résoudre le problème ?

En conclusion, l’émission Marketplace pose la question que vous devez sans doute vous poser à ce stade : que faire des vêtements dont vous ne voulez plus ? La première réponse semble évidente : achetez moins.

En achetant uniquement ce dont vous avez réellement besoin, vous pourrez vous permettre d'acheter des articles de meilleure qualité, qui durent dans le temps. Un vêtement de bonne confection peut facilement être porté pendant des années, voire des dizaines d'années.

Si vous avez un article qui est encore en bon état, mais qui ne vous va plus ou ne correspond plus à votre style de vie pour une raison ou une autre, demandez d'abord autour de vous si quelqu’un le veut ou en a besoin. Certaines personnes ont lancé des réunions d’échanges de vêtements, ce qui est une excellente façon de limiter les déchets et de s’entraider financièrement.

Les centre d'hébergement pour les femmes et les centres de crise locaux peuvent également accepter vos dons. En dernier recours, donnez les vêtements qui sont encore en bon état à une association caritative reconnue qui répond aux besoins de votre localité. Votre église, par exemple, peut éventuellement les distribuer aux personnes dans le besoin de votre ville. Vous pouvez également pratiquer l’upcycling, ou surcyclage. Renseignez-vous pour savoir si des personnes de votre région font du patchwork, par exemple, et donnez-leur les tissus qui peuvent leur servir.

Au final, cependant, la véritable solution, c’est de réduire votre consommation. La cruelle réalité des ouvriers (souvent clandestins) qui travaillent dur pour produire les biens que nous achetons à bas prix, et jetons ensuite sans la moindre pensée pour ce que leur fabrication a nécessité, est un sujet qui n’est pas abordé dans l’émission Marketplace, mais qui va de pair avec la mode jetable.

Réfléchissez-y : comment un magasin peut-il vous vendre un t-shirt 5 dollars, à moins d'avoir payé une misère pour le travail qu’il a nécessité ? La pollution environnementale provoquée par l'industrie textile est un sujet tout aussi préoccupant.

L’industrie textile est également une source majeure d'autres types de pollution

Plus de 60 classes chimiques sont employées pour la production du fil, le prétraitement des tissus et les finitions. Lors de la fabrication des tissus, une quantité de produits chimiques représentant 10 à 100 % de leur poids leur est ajoutée. Même certains tissus fabriqués à partir de coton 100 % bio sont recouverts de produits chimiques équivalant à 27 % de leur poids.

Ces produits peuvent non seulement avoir des effets sur la santé lorsque les vêtements sont portés, mais ils finissent de plus dans notre environnement, aussi bien du fait de leur traitement initial, que lorsque les vêtements sont jetés dans une décharge. Voici ce qui est indiqué dans le livre intitulé « Environmental Deterioration and Human Health » (« Déterioration de l’environnement et santé de l’homme »), au chapitre consacré aux effets sur la santé des eaux usées de l’industrie textile :

« Les effluents textiles sont responsables d’une part importante de la dégradation de l’environnement, et des maladies humaines. Environ 40 % des colorants utilisés dans le monde contiennent du chlore organiquement lié, un agent cancérigène connu. Les substances chimiques s’évaporent dans l’air que nous respirons et sont absorbées par notre peau ; elles se manifestent par des réactions allergiques et peuvent nuire aux enfants avant même leur naissance.

Cette pollution chimique perturbe le fonctionnement normal des cellules ce qui peut altérer la physiologie et les mécanismes biochimiques des animaux, et perturber des fonctions importantes telles que la respiration, l’osmorégulation, la reproduction, et même la mortalité.

Les métaux lourds présents dans les effluents de l’industrie textile ne sont pas biodégradables ; ils s'accumulent donc dans les principaux organes du corps et avec le temps, provoquent différents symptômes de maladies.

Des effluents textiles non traités, ou traités de façon incomplète, peuvent donc être nocifs tant pour la vie aquatique que pour la vie terrestre, car ils altèrent l’écosystème naturel et provoquent des effets à long terme sur la santé. »

Consommons de manière responsable

Je ne prêtais pas réellement attention auparavant aux vêtements que je portais, et j’ai été choqué de découvrir les dommages environnementaux générés par la mode éphémère bon marché. J'achète aujourd'hui en moyenne cinq pièces vestimentaires par an, généralement des sous-vêtements pour remplacer ceux qui sont usés.

Le projet Mercola-RESET Biodynamic Organic aide également 55 agriculteurs, certifiés bio, en Inde, à se convertir à la production biodynamique de coton, sur 44 hectares de terrain. L'agriculture biodynamique est biologique par définition, mais elle va encore plus loin, car son principe veut que les fermes soient régénératives, et entièrement autonomes.

L'agriculture biodynamique réunit les animaux et les plantes pour former un réseau de vie, un écosystème autonome bénéfique pour la communauté environnante. RESET (pour Régénérer, Environnement, Société, Économie, Textiles) versera directement à tous les agriculteurs biodynamiques du projet une prime de 25 % par rapport aux prix habituels du coton.

Pour aller de l’avant, pensez donc sérieusement à faire le tri dans votre garde-robe, et à la rendre « plus verte ». Souvenez-vous, être un consommateur responsable ne se limite pas au choix des aliments et des produits ménagers. Vos vêtements peuvent être une source de substances chimiques dangereuses, et les articles bon marché à la mode affectent non seulement l’environnement, mais également les personnes qui travaillent dans cette industrie.

Vos choix de consommateur guideront l’industrie de la mode vers des processus de fabrication plus humains et plus sains pour l’environnement, et la pousseront à proposer mieux qu'une durabilité de façade au travers de ses programmes de recyclage, peu efficaces pour réduire les déchets textiles dans le monde, ou les problèmes de pollution environnementale.