L’exercice physique prescrit comme soin standard dans le traitement du cancer

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En bref -

  • Les études montrent que l’exercice physique n’est pas seulement un élément clé pour la prévention du cancer, mais il est aussi partie intégrante du traitement du cancer et la lutte contre la rechute
  • Il existe des preuves solides qui montrent que l’exercice réduit le risque de développer un cancer du côlon, du sein, endométrial, des reins, de la vessie, de l'œsophage et de l’estomac. Le lien entre l’exercice et la prévention du cancer des poumons est modérément fort
  • Une équipe internationale espère changer le paradigme du traitement contre le cancer en 2029 pour inclure la prescription de l’exercice physique dans les soins standard
  • Pour aider à l'implémentation de nouvelles lignes directives dans la pratique clinique, l’initiative « Exercice is Medicine » gérée par l’American College of Sports Medicine a lancé un nouveau programme sous le nom de « Moving Through Cancer »
  • En se basant sur les preuves scientifiques, il est recommandé aux patients atteints de cancer de faire une activité physique d’intensité modérée pendant 30 minutes trois fois par semaine et des exercices de résistance pendant 20 à 30 minutes deux fois par semaine
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Dr. Mercola

Le cancer a atteint des proportions épidémiques dans le monde entier. On estime que 1.762.450 Américains seront susceptibles de déclarer un cancer en 2019 et qu’environ 1.663 en mourront tous les jours. D’après ce que nous connaissons sur les origines du cancer, il devient clair que cette avalanche est le résultat d’une alimentation inadaptée et d’un style de vie malsain. Et le manque d’exercice en fait partie.

Les études montrent que l’exercice physique n’est pas seulement un élément clé pour la prévention du cancer, mais il fait aussi partie intégrante du traitement du cancer et la lutte contre la rechute, il est alors gagnant sur trois tableaux. J’en avais entendu pour la première fois il y a 30 ans. J’étais agréablement surpris, mais je ne comprenais pas comment c’était possible. Aujourd’hui on comprend mieux la physiologie et je vous l’expliquerai ci-dessous.

Il n’est pas surprenant que peu d’oncologistes recommandent à leurs patients de faire de l’exercice en plus de leurs activités normales de tous les jours, et de nombreux personnes atteints de cancer n’ont pas très envie de faire de l’exercice ou même d’en parler avec leur médecin. Cette situation pourrait bientôt changer.

Dans un communiqué de presse du 16 octobre 2019, une équipe internationale dirigée par Kathryn Schmitz, Ph.D., professeur des sciences de la santé publique à la faculté de médecine de Penn State, espère maintenant de changer le paradigme du traitement contre le cancer en 2029 pour inclure la prescription de l’exercice physique dans les soins standard. L’American College of Sports Medicine déclare :

« Les experts en oncologie recommandent des nouvelles lignes directives selon lesquelles les médecins et les professionnels du sport devaient « prescrire de l’exercice ». Ils devaient élaborer des programmes d’entraînement adaptés aux préférences et capacités des patients dans le but de réduire le risque de développer certains cancers. »

La prescription d’exercice - un nouvel élément standard dans le traitement du cancer

Dans leur article CA: A Cancer Jouronal for Clinicians, Schmitz et son équipe proposent d’implémenter un programme qui comprend les éléments suivants :

  • Une coordination des soins avec des professionnels de la santé physique
  • Des changements de comportement chez les médecins, les patients et les experts de la réhabilitation
  • L’amélioration de l’orientation
  • L’implémentation d’un programme d’exercices physiques
  • Une couverture des frais et des indemnisations pour les entraînements physiques ainsi que la formation de la main-d'œuvre nécessaire

« C’est un appel à l’action à toutes les parties impliquées afin de mettre en place l’infrastructure nécessaire et de changer les mentalités, pour que toutes les personnes qui vivent avec le cancer soient aussi actives que possible » écrivent les auteurs.

Pour aider à l'implémentation de nouvelles lignes directives dans la pratique clinique, l’initiative « Exercice is Medicine » gérée par l’American College of Sports Medicine (ACSM) a lancé un nouveau programme sous le nom de « Moving Through Cancer.

Le but de ce programme à vocation clinique est d’assurer que toutes les personnes qui vivent avec un cancer reçoivent un bilan et des conseils et soient redirigées vers un programme d’entraînement adéquat dans le cadre d’un traitement standard » explique l’ACSM.

Les nombreux bienfaits de l’exercice physique pour les personnes atteintes de cancer

Un article dans le CA: A Cancer Journal for Clinicians cite de nombreuses études qui démontrent les bienfaits de l’exercice physique pour les patients atteints de cancer. Il existe par exemple des preuves solides qui montrent que l’exercice réduit le risque de développer un cancer du côlon, du sein, endométrial, des reins, de la vessie, de l'œsophage et de l’estomac.

Le lien entre l’exercice et la prévention du cancer des poumons est modérément fort, et les preuves d’une réduction du risque d’autres formes de cancer sont limitées. D’autres preuves montrent que l’exercice améliore la survie après un cancer, en particulier après des cancers du sein, du colon et de la prostate.

Il ne fait aucun doute que l’exercice réduit l’anxiété, les symptômes de dépression, la fatigue et les fonctions physiques chez des patients atteints de cancer, et il y a des preuves qui montrent qu’il améliore le sommeil.

Recommandations relatives aux exercices pour des patients atteints de cancer

En se basant sur les preuves scientifiques, il est recommandé aux patients souffrant de cancer de faire une activité physique d’intensité modérée pendant 30 minutes trois fois par semaine et des exercices de résistance pendant 20 à 30 minutes deux fois par semaine.

Ce niveau d’exercices s’est révélé une « dose sûre et efficace pour traiter l’anxiété, les symptômes de dépression, la fatigue et les fonctions physiques et améliore la qualité de vie » déclarent les auteurs.

Sur le site web Moving Through Cancer de l’ACSM on peut trouver d’autres ressources pour oncologistes et patients, comme par exemple un registre consultable de différents programmes d’entraînement.

Des études prouvent que l’exercice physique réduit le risque de cancer

Le degré auquel l’exercice réduit le risque de cancer varie selon le type de cancer et d’autres facteurs, mais les données montrent que des personnes physiquement actives avaient 20% à 55% moins de risque de développer un cancer que leurs confrères sédentaires. Par exemple, comparé aux personnes inactives, les hommes et/ou femmes actifs montraient une réduction du risque des cancers suivants :

20% à 30% moins de risque de cancer du sein

38% moins de risque de cancer du sein envahissant

30% à 40% moins de risque de cancer du colon

32% moins de risque de décès causé par le cancer

55% moins de risque de cancer des poumons

Des recherches publiées en 2015 ont découvert que les souris, qui s’entraînaient dans une roue de hamster une heure cinq jours par semaine et ce pendant 32 semaines, montraient moins de cas de cancer du foie que les souris sédentaires.

Selon cette étude un exercice régulier est la clé pour réduire de manière significative le risque de développer un cancer du foie. Il a été démontré qu’un exercice régulier réduit le risque de stéatose hépatique non-causée par l’alcoolisme, mais par une mauvaise alimentation et par conséquence le risque d’un CHC.

Une étude de 2015 a découvert que l’exercice aérobique ralentit la croissance des cancers du sein chez le souris. En augmentant l’oxygénation du tissu, il améliore aussi l’efficacité de la chimiothérapie. Dans le New York Times on peut lire que « les résultats évoquent la possibilité que l’exercice peut changer la biologie de certaines tumeurs malignes, ce qui le rend plus facile de les soigner. »

Une analyse de 2016 de données de 1,4 millions de personnes d'un vaste éventail d'origines ethniques, aussi bien des États-Unis que d’Europe pendant 11 ans a révélé que les personnes qui faisaient de l’exercice avaient en moyenne 7% moins de risque de développer un cancer de n’importe quelle sorte.

Une étude de 2019 du Henry Ford Health System à Detroit, Michigan et de la Johns Hopkins School of Medicine a découvert que les adultes les mieux entraînés avaient le moins de risque de cancer des poumons et de cancer colorectal.

Après un examen de suivi au bout de 7,7 ans en moyenne, les personnes en bonne forme physique avaient 77% moins de risque de cancer des poumons et 61% moins de risque de cancer colorectal. En plus, les personnes les mieux entraînées avaient 44% moins de risque de mourir d’un cancer des poumons et 89% moins de risque de mourir d’un cancer colorectal.

L’exercice réduit le risque de récidive du cancer

L’exercice n’aide pas seulement les patients à guérir plus vite, mais il réduit aussi le risque de récidive du cancer. Par exemple, les recherches montrent que les patients qui font beaucoup d’exercice après avoir développé un cancer colorectal ont 42% moins de risque de décès et 39% moins de risque de mourir d’un cancer colorectal que ceux qui ne font que peu d’exercice après leur diagnostic.

De la même manière, les patientes atteintes de cancer du sein et qui font plus d’exercice ont 29% à 41% moins de risque de mourir d’un cancer du sein. Une étude publiée en 2019 dans The Journal of Physiologie a découvert que l’entraînement par intervalles à haute intensité (HIIT) réduit en particulier le risque de décès parmi les patients atteints de cancer colorectal.

Lutter contre le cancer grâce à l’exercice physique

Alors comment l’exercice prévient le cancer ? La recherche montre qu’il y a de nombreux mécanismes en jeu, comme un orchestre synergique de réactions chimiques provoquées par l’effort physique. Par exemple, l’exercice réduit le risque de cancer grâce aux bienfaits suivants :

Améliore la sensibilité à l’insuline — Un des mécanismes clés responsable pour réduire le risque de cancer est le fait que l’exercice réduit la résistance à l’insuline. En créant un environnement pauvre en sucre dans votre corps, vous freinez de manière significative la croissance et le développement des cellules cancéreuses.

Favorise la circulation du sang — L’exercice favorise aussi la circulation en transportant plus d'oxygène dans les tissus et plus de cellules immunes dans le sang. En augmentant l’afflux sanguin vers le foie, l’exercice détoxifie votre corps et le débarrasse de substances potentiellement nocives, notamment l'œstrogène qui peut provoquer des cancers sensibles à l'œstrogène, comme par exemple le cancer du sein.

Améliore la fonction mitochondriale — Les maladies mitochondriales peuvent provoquer des mutations génétiques qui contribuent au développement du cancer, il est alors primordial d’optimiser la santé des mitochondries pour prévenir le cancer. En effet, une dysfonction mitochondriale est à l’origine de pratiquement toutes les maladies.

L’exercice est un des stimulateurs les plus puissants de la protéine PGC-1 alpha qui encourage la biogenèse mitochondriale ou la production de nouvelles mitochondries. Il fait cela en réduisant les niveaux de mTOR, d’insuline et de leptine, ce qui favorise aussi l’autophagie mitochondriale (mitophagie), qui est un facteur clé pour contrôler le développement de cellules malignes.

J’ai examiné certains de ces informations dans mon interview avec Travis Christofferson's lors de la publication de son livre « Tripping Over the Truth: The Return of the Metabolic Theory of Cancer Illuminates a New and Hopeful Path to a Cure. » Ce livre est indispensable pour tous ceux qui s’intéressent à la prévention ou guérison du cancer.

Stimule l’AMPK, le SIRT1 et inhibe le mTOR — L’exercice stimule l’AMPK et le SIRT1, ce qui par conséquence inhibe le mTOR, qui à son tour stimule la biogenèse mitochondriale et la mitophagie, qui sont tous les deux mortelles pour le cancer.

Essentiellement le cancer peut être vu comme un trouble métabolique, et la clé pour la prévention et la guérison est de restaurer la fonction mitochondriale et d’augmenter le nombre de mitochondries. L’exercice vous aide à faire les deux.

Améliore l’équilibre énergétique, la fonction immune et plus encore — L’exercice affecte de nombreuses fonctions biologiques qui ont un impact direct sur le risque de cancer, comme par exemple les changements de l’équilibre énergétique, la fonction immune, les défenses antioxydantes, la réparation de l’ADN, la motilité des intestins et les taux d’hormones.

Réduit la graisse corporelle — L’excès de poids est un facteur de risque important et l’obésité est responsable de presque 500.000 cas de cancer dans le monde chaque année. Le lien entre l’obésité et le cancer est principalement piloté par les hormones, puisque les cellules de graisse produisent un excès d'œstrogène.

Ceci explique pourquoi l’exercice physique au cours de l’enfance réduit le risque de cancer pour le reste de la vie, et pourquoi les enfants obèses ont un risque beaucoup plus élevé de développé un cancer à l’âge adulte.

Stimule les cellules tueuses dépendantes de l’adrénaline — L’activité physique libère de l’adrénaline, qui à son tour aide à transporter les cellules tueuses naturelles (NK) du système immunitaire dans les poumons, le foie et la peau, où elles tuent et éliminent les cellules cancéreuses.

La clé qui permet aux cellules NK dépendantes de l’adrénaline à infiltrer les tumeurs est la molécule émettrice de signaux IL-6, qui est libéré par les tissus musculaires pendant l’exercice. Sans la IL-6 l’adrénaline ne peut pas produire son effet anti cancérigène, car les molécules IL-6 guident les cellules immunes vers les tumeurs.

Augmente l’efficacité des cellules T — L’exercice change la forme des cellules T en les rendant plus efficaces pour combattre les maladies, cette forme s’appelle T « naïve ». Ainsi elles renforcent la capacité du système immunitaire à lutter contre les cellules cancéreuses émergentes et existantes. Ceci explique pourquoi l’exercice est bénéfique autant pour la prévention que pour le traitement du cancer.

L’exercice est un élément important dans le traitement du cancer

On ne peut nier que l’exercice a un impact profond sur la santé et pour une majeure partie ses bienfaits consistent en la capacité de prévenir et de traiter toutes sortes de maladies. Le cancer est seulement une maladie sur la longue liste de problèmes de santé qui peut se développer suite à une inactivité chronique.

Idéalement vous devriez établir un programme d’entraînement complet qui comporte des exercices de haute intensité et de la musculation - les deux se sont révélés particulièrement bénéfiques pour la prévention du cancer. Mon exercice favori est l’entraînement par restriction d’afflux sanguin.

Je vous recommande aussi fortement de marcher plus, et ce en plus de votre routine d’entraînement. Essayez de faire au moins 10.000 à 15.000 pas par jour. Évitez aussi le plus possible de rester assis. Idéalement, ne restez jamais assis plus de trois heures par jour.

Naturellement, si vous êtes atteint de cancer ou d’une autre maladie chronique, vous devez adapter votre entraînement de routine à votre condition et prenez en compte votre état de santé et votre niveau sportif.

Souvent vous allez être capable de participer à un programme d’entraînement régulier sans avoir besoin de procéder à d’énormes changements. Il peut toutefois arriver que vous ressentiez le besoin d’exécuter les exercices avec une intensité moindre ou pendant moins longtemps. Apprenez à écouter votre corps, et si vous sentez que vous avez besoin d’une pause, reposez-vous.

Mais même si vous ne vous entraînez que quelques minutes par jour c’est toujours mieux que rien, et vous constaterez que votre endurance augmente et que vous êtes capable de faire des exercices plus ardus.

Si votre système immunitaire est sévèrement compromis, vous pouvez vous entraîner à la maison au lieu d’aller au club de sport. Mais rappelez-vous que l’exercice renforce votre système immunitaire, alors il est très important de continuer votre programme, même si vous souffrez d’une maladie chronique ou d’un cancer.

Le fait que cette équipe internationale de chercheurs pousse à prescrire des exercices comme part intégrante des soins standard pour les patients atteints de cancer est vraiment une bonne nouvelle et peut faire baisser les statistiques de mortalité.

La clé est dans l’application, et en tant que patient vous pouvez suggérer cette idée à votre médecin et lui demander de vous prescrire de l’exercice ou discuter les nouvelles lignes directives avec lui ou elle lors de votre prochaine visite.

+ Sources et Références