Les bonnes et les mauvaises nouvelles qui accompagnent l'arrêt du tabac


Fumer

En bref -

  • Près de 40 millions d'américains fument, et près de 6 millions de personnes meurent chaque année dans le monde des suites de maladies cardiovasculaires, respiratoires, de cancers et d'autres problèmes de santé provoqués par le tabac
  • Si la bonne nouvelle est que votre organisme commence à guérir dans l’heure qui suit votre dernière cigarette, la recherche a également montré que le risque de cancer du poumon continue d’être trois fois plus élevé pendant les 25 ans qui suivent l’arrêt du tabac, par rapport aux personnes qui n’ont jamais fumé
  • L'Organisation Mondiale de la Santé s'inquiète du fait que de nombreuses personnes dans le monde ignorent que le tabac augmente le risque de maladies cardiovasculaires et d’AVC, et une coalition de médecins provenant de six continents se bat pour vous protéger des ravages du vapotage
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Dr. Mercola

Si vous fumez, il est essentiel que vous arrêtiez pour retrouver une bonne santé, car le tabagisme est associé à de nombreuses maladies chroniques, notamment au cancer, aux maladies cardiovasculaires et aux AVC.

Toutefois, le tabac affecte presque tous les organes de votre corps, de sorte que vos os, votre cerveau, vos dents, vos yeux et même votre fertilité peuvent en souffrir. Votre corps a cependant une incroyable capacité d'auto-guérison.

Arrêter de fumer entraine des changements bénéfiques dans les jours, les semaines et les années qui suivent, à mesure que votre organisme répare les dommages provoqués par la nicotine et les centaines d'autres substances chimiques présentes dans les cigarettes. Voilà pour les bonnes nouvelles. La mauvaise nouvelle, c’est que vous n’aurez peut-être pas assez du reste de votre vie pour réparer tous les dommages provoqués par le tabac.

Vingt-cinq ans plus tard, le risque de cancer du poumon est toujours élevé

Votre risque de cancer du poumon diminue sensiblement dans les cinq ans qui suivent l'arrêt du tabac. Toutefois, l’équipe de l’université Vanderbilt a également découvert que, 25 ans après l’arrêt du tabac, le risque de cancer du poumon est toujours trois fois plus élevé que celui des personnes qui n’ont jamais fumé.

Voici ce qu’explique le Dr. Matthew Freiberg, auteur principal de l’étude :

« Si l’on ne peut qu’insister sur l’importance d'arrêter de fumer, les anciens gros fumeurs doivent comprendre que le risque de cancer du poumon reste élevé pendant plusieurs dizaines d'années après qu’ils aient fumé leur dernière cigarette, ce qui souligne l’importance du dépistage du cancer du poumon. »

Voici les principales conclusions d'une nouvelle analyse de l’étude Framingham Heart. Les chercheurs ont examiné 907 dossiers médicaux d’habitants de la ville Framingham, dans le Massachusetts, qui ont été suivis pendant 25 à 34 ans. 

Au cours de cette période, 284 personnes ont été diagnostiquées d'un cancer du poumon, dont près de 93 % étaient d'anciens gros fumeurs, qui avaient arrêté le tabac. Sont considérées comme gros fumeurs les personnes qui ont fumé au moins un paquet de cigarettes par jour pendant au moins 21 ans.

Les chercheurs ont découvert que cinq ans après l'arrêt du tabac, le risque de développer un cancer du poumon est réduit de 39 % par rapport aux fumeurs, et ce risque continue de diminuer au fil du temps. 

Toutefois, il reste toujours plus de trois fois plus élevé après 25 ans, par rapport aux personnes qui n’ont jamais fumé. Ces résultats ne sont pas surprenants, car chaque cigarette endommage l’ADN de votre corps, non seulement au niveau de la muqueuse des poumons, mais également dans d'autres cellules, et le tabac est ainsi associé à 16 types de cancer différents.

Les chercheurs ont identifié des changements au niveau de l’ADN, ce que l’on appelle la méthylation, qui affectent l’expression des gènes ou la façon dont ils sont modifiés pour influer sur votre santé. 

Dans certains cas, la méthylation signale aux gènes de se ‘désactiver’, ce qui modifie véritablement la façon dont votre corps réagit à son environnement. Il s'agit d'un outil de signalisation de l’expression génique, essentiel à de nombreux processus cellulaires qui contrôlent les maladies chez l’homme.

Les chercheurs ont démontré que les altérations de la méthylation de l’ADN, provoquées par le tabac, peuvent perdurer jusqu’à 30 ans. L’étendue des dommages et leurs conséquences seront l’objet d’études complémentaires.

 Si la majeure partie de l’ADN revient à son état d'origine lorsqu'un fumeur arrête le tabac, certains changements persistent pendant plusieurs dizaines d'années, et peuvent être associés au développement de maladies chroniques et de maladies cardiovasculaires, à l’obésité et au diabète à l’âge adulte.

Fumer augmente le risque potentiel de décès et de maladie

Dans le monde entier, le tabac continue d’être la première cause de décès évitable, provoquant près de 6 millions de décès chaque année. 

D’après le Centre américain pour la prévention et le contrôle des maladies (CDC), la tendance actuelle montre que le tabac sera responsable de plus de 8 millions de décès d'ici 2030. En 2016, 15 % des adultes fumaient des cigarettes combustibles, et chaque jour plus de 3.200 jeunes de moins de 18 ans fument leur première cigarette.

Aux États-Unis, le tabac provoque plus de décès chaque année que la totalité des décès dus au VIH, à la consommation de drogues illicites, d'alcool, aux accidents de la route et aux armes à feu. 

Les estimations montrent que fumer multiplie le risque de maladies coronariennes par quatre, le risque d’AVC par quatre également, et le risque de cancer du poumon par 25, par rapport aux personnes qui n’ont jamais fumé.

Fumer réduit également les chances d’une femme de tomber enceinte, et affecte la santé de son bébé avant et après sa naissance, et le tabac multiplie pour tous les fumeurs le risque de perdre des dents, de développer une cataracte et un diabète de type 2.

 D'après l’Organisation Mondiale pour la Santé (OMS), si de nombreuses personnes connaissent le lien qui associe le tabac au cancer et aux maladies respiratoires, nombreuses sont celles qui ignorent le lien qui l’associe aux crises cardiaques et aux AVC.

Même si le nombre de fumeurs a diminué dans le monde, l’OMS pense que seul un pays sur huit est actuellement en voie d'atteindre l’objectif de réduire de façon significative sa consommation de tabac d'ici 2025. 

L'organisation a signé un traité historique en 2005, ratifié par 180 pays, appelant à l’interdiction de la publicité pour le tabac et du sponsoring par l'industrie du tabac, et à l’établissement de taxes pour en décourager la consommation. Si l’OMS reconnait que des progrès ont été réalisés, Douglas Bettcher, directeur à l’OMS du département de la prévention des maladies non transmissibles, a déclaré :

« L’un des principaux facteurs qui gêne sans doute les pays à faibles revenus et à revenus moyens, c’est qu'ils font face à la résistance d'une industrie du tabac qui cherche à remplacer ses clients décédés en commercialisant ses produits librement et en maintenant des prix abordables pour les jeunes. »

Il reconnait que les pays industrialisés progressent plus rapidement que les pays en voie de développement, et que perdre l'habitude de fumer est un véritable défi. À l’heure actuelle, l’Amérique est la seule région du monde qui soit bien partie pour atteindre l’objectif d'une réduction de 30 % de la consommation de tabac d'ici 2025, par rapport à 2010.

L’OMS a indiqué que la consommation de tabac au Moyen Orient est même en hausse, tandis qu’elle s’est stabilisée dans certaines parties d’Europe occidentale.

L’OMS inquiète du fait que les fumeurs ne soient pas tous conscients du risque de maladie cardiovasculaire associé au tabac

L’Organisation se préoccupe autant de faire baisser le nombre de fumeurs, que du nombre de personnes en Chine et en Inde qui ne sont pas conscientes du fait que fumer augmente leur risque de maladie cardiovasculaire et d’AVC. 

La Chine et l’Inde comptent aujourd'hui le plus grand nombre de fumeurs dans le monde, suivies par l’Indonésie. Voici le commentaire de Douglas Bettcher à ce sujet :

« Le pourcentage d'adultes qui ne pensent pas que fumer puisse provoquer un AVC atteint par exemple 73 % en Chine, et quant aux crises cardiaques, 61 % des adultes en Chine ne sont pas conscients que le tabac en augmente le risque. Notre objectif est de remédier à ces lacunes.»

Une enquête réalisée par l’OMS a montré que plus de la moitié des adultes en Inde et en Indonésie ne savent pas que fumer peut provoquer un AVC.

D'après leur rapport sur les tendances et les prévalences, le pourcentage de personnes qui fument dans le monde est passé de 27 % en 2000, à 20 % en 2016. Toutefois, en raison de la croissance démographique, le nombre de fumeurs est en réalité resté relativement stable.

L’utilisation de la cigarette électronique est en hausse

Lorsque les fabricants de cigarettes ont commencé à perdre des clients, que l’on encourage à arrêter de fumer, la cigarette électronique moderne a été modifiée et commercialisée. Apparue pour la première fois sur le marché en 2007 aux États-Unis, son utilisation dans le monde a augmenté de façon exponentielle. 

Cette popularité est sans doute due à la différence entre les cigarettes combustibles traditionnelles, qui émettent une odeur désagréable, et les cigarettes électroniques qui sont relativement inodores et généralement perçues, à tort, comme sûres et inoffensives.

Toutefois, les données prouvant les risques pour la santé et la nature hautement addictive de la nicotine, étant de plus en plus nombreuses, une coalition de médecins spécialistes des maladies respiratoires, et de scientifiques provenant de six continents, appelle à une interdiction immédiate des aromatisants et de la publicité pour les e-cigarettes destinée aux adolescents et aux enfants.

Le ‘Forum of International Respiratory Societies’ est une collaboration d’organisations réparties à travers l’Amérique du Nord et du Sud, l’Europe, l’Afrique, l’Asie et l’Australie.

La coalition a pour objectif de rassembler des recherches qui mettent en évidence la vulnérabilité des enfants et des adolescents à l’addiction à la nicotine, et propose des recommandations pour protéger les jeunes de ses effets nocifs.

Les auteurs citent des preuves qui démontrent que l’e-cigarette est pour les adolescents une porte vers la consommation de cigarettes combustibles traditionnelles.

Voici le commentaire du Dr. Thomas Ferkol, professeur de pédiatrie et de biologie cellulaire à l’université de Washington :

« Jusqu’à récemment, les risques de la cigarette électronique et sa popularité grandissante chez les enfants et les adolescents étaient sous-estimés, ou ignorés. Nous avons rédigé ce communiqué afin d'aborder le problème de santé publique grandissant que représente l'utilisation de cigarettes électroniques par les jeunes.

L'aspect des produits, les saveurs, la commercialisation et la notion de sécurité et d'acceptabilité ont favorisé l'attirance des jeunes gens pour la cigarette électronique.

Ces produits ne font que normaliser le tabagisme et rendre les nouvelles générations dépendantes à la nicotine. »

Certaines personnes pensent sincèrement que ces cigarettes peuvent être utilisées pour arrêter de fumer, mais ces produits sont également pour les jeunes une porte d’entrée à la dépendance à la nicotine et au tabac.

D'après certaines statistiques de l’OMS, le nombre d'utilisateurs de la cigarette électronique a rapidement augmenté entre 2011 et 2016, passant de 7 à 35 millions en cinq ans. La valeur du marché mondial, qui était de 4,2 milliards de dollars il y a seulement cinq ans, est aujourd'hui estimée à 22,6 milliards de dollars.

En 2015, 37 % des utilisateurs de cigarettes électroniques se qualifiaient d'anciens fumeurs, une proportion qui était de 31 % en 2013. L’augmentation du nombre de saveurs proposées et de la teneur en nicotine est une réponse à l’évolution des préférences des consommateurs, et la majorité des dispositifs et des liquides sont achetés dans des magasins spécialisés.

Fait intéressant, le rapport a également montré que les pays dans lesquels le prix du tabac est le plus élevé, tendent à présenter un taux de pénétration plus élevé de la e-cigarette dans la population.

Vapoter n’est pas une alternative

Qu’elle soit utilisée par les enfants ou les adultes, la cigarette électronique ne doit être qu’une alternative à court terme aux cigarettes combustibles si vous essayez d'arrêter de fumer, car ce produit comporte des risques significatifs pour la santé.

Les e-cigarettes sans fumée sont les produits à base de nicotine les plus populaires parmi les élèves de lycées et de collèges. Le rapport du Ministère de la santé américain de 2016 a montré une augmentation de 900 % de l’utilisation de ce produit entre 2011 et 2015.

Plusieurs études soutiennent que l'e-cigarette est une passerelle qui pousse les adolescents à passer du vapotage à la consommation de cigarettes combustibles traditionnelles, de cigares, et à l’utilisation de narguilés.

Au cours d’autres études menées sur des modèles animaux, les chercheurs ont découvert que les rats exposés à la nicotine au cours de l’adolescence, ont plus de risques de présenter des comportements de dépendance une fois adultes.

Les chercheurs ont montré que l’exposition à la nicotine à un jeune âge modifie les circuits neurologiques au niveau du système de récompense du cerveau. Des modifications à long-terme du centre de la récompense dans le cerveau moyen peuvent également ouvrir la voie vers d'autres drogues addictives, telles que la cocaïne, l’héroïne et la morphine.

En examinant des cigarettes électroniques, des chercheurs de l’école de médecine publique John Hopkins Bloomberg ont découvert qu'un grand nombre d’entre elles génèrent des taux dangereux de plomb, de nickel, de chrome et de magnésium, ce qui confirme de précédentes études.

Près de 50 % des échantillons des vapeurs, auxquelles sont exposés l’entourage du fumeur, présentaient des concentrations de plomb supérieures aux limitées fixées par l’Agence américaine de Protection de l’Environnement (EPA).

Bien que les cigarettes électroniques génèrent moins de pollution en termes de nicotine, les chercheurs ont montré que les personnes exposées à leur vapeur présentent un taux similaire de cotinine - une mesure de la quantité de nicotine présente dans l’organisme - à celui des personnes exposées aux fumées secondaires des cigarettes traditionnelles. 

La vapeur contient également de l'acétaldéhyde et du formaldéhyde, et l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux a détecté la présence dans les cigarettes électronique de substances chimiques antigel, qui sont associées au cancer.

Je pense que le secret pour arrêter de fumer est de retrouver en premier lieu une vie saine, ce qui vous simplifiera la tâche, tant mentalement que physiquement.

Il est également important de faire de l’exercice, de manger correctement et de dormir suffisamment. Vous en saurez plus en lisant mon article « The Vaping Epidemic is Getting Out of Hand » (« L'épidémie du vapotage devient incontrôlable »).