À dose modérée, ce stress prolonge l’espérance de vie

Stress modéré

En bref -

  • Des chercheurs du Baylor College of Medicine ont découvert que le stress subi par la chromatine - une structure constituée d’ADN et de protéines appelées des histones - déclenche une réponse cellulaire qui pourrait prolonger l’espérance de vie
  • Lors d'un stress, vos fonctions mitochondriales se modifient pour se protéger des maladies, en activant deux voies ; si l’une d’entre elles est importante dans ce processus, une étude a montré que les mitochondries peuvent également utiliser d'autre voies qui favorisent l’espérance de vie
  • Les modifications anormales des mitochondries, provoquées par le stress, pourraient être un mécanisme utilisé par l’organisme pour convertir des expériences psychologiques en modifications physiologiques, susceptibles d'affecter l’interaction avec l’environnement, et qui pourrait avoir de profondes implications sur l’idée selon laquelle les maladies neuropsychiatriques sont héréditaires
  • Les exercices fractionnés de haute intensité et le jeûne ont un impact significatif sur l’amélioration des fonctions mitochondriales et sur l’espérance de vie. Le stress psychologique intense, qui est de plus en plus fréquent aux États-Unis, peut être apaisé par des méthodes telles que la méditation et les techniques de libération émotionnelles, ou encore par le jardinage
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Dr. Mercola

Le stress est une réaction de l’organisme qui nous permet de poursuivre une proie ou de fuir des prédateurs, c’est ce que l’on appelle la réponse ‘combat-fuite’. Malheureusement, nombre des réactions salvatrices que votre corps utilise pour vous préserver des dangers, peuvent également être utilisées pour faire face à la hausse du prix de l’essence, à la peur de prendre la parole en public, ou encore à un patron difficile.

En d'autres termes, le corps a parfois du mal à stopper le stress. Il existe plusieurs méthodes que vous pouvez tester si vous êtes en proie à un gros stress physique ou psychologique, pour atténuer la réaction de votre corps et réduire ses effets néfastes sur votre santé. Cependant, si certaines publicités évoquent la possibilité de vivre dans un monde parfait, un monde sans stress pourrait bien vous tuer.

Selon le magazine Psychology Today, le stress est la discordance ressentie entre les évènements, et les ressources dont vous disposez pour gérer la situation. Cela signifie que le stress peut provenir d’une menace réelle ou imaginaire, puisque le mot clé est « ressenti ».

Les psychologues estiment que si l’excès de stress est toxique, il nous en faut une petite dose pour favoriser la résilience mentale et physique. Sans le stress sociétal qui les pousse à avoir de bons résultats à l’école, par exemple, les élèves pourraient ne pas travailler en classe, ou même ne pas aller en cours. Cependant, les facteurs de stress importants peuvent être handicapants, comme le fait de s'occuper d'une personne souffrant d'une maladie chronique ou invalidante, ou de perdre son emploi.

Les chercheurs ont également constaté que le stress physique léger pouvait contribuer à améliorer le développement. Une équipe de l’université John Hopkins a suivi 137 femmes enceintes, jusqu’aux deux ans de leurs enfants. Ils ont constaté qu'une anxiété et un stress léger, vécus au cours de la grossesse, étaient associés à un développement physique plus avancé chez les enfants.

Les chercheurs ont constaté que le stress maternel prénatal n’affectait pas le tempérament, l’attention, ni la capacité de l’enfant à gérer son comportement. Comme pour la plupart des processus biologiques, il faut un équilibre, car l’excès de stress physique ou psychologique a un impact négatif sur la santé, mais il faut un minimum de stress pour que vos systèmes corporels réagissent correctement.

La chromatine joue un rôle essentiel dans la réaction au stress et dans l’espérance de vie

Une récente recherche réalisée par le Baylor College of Medicine a montré que le stress subi par la chromatine déclenche une réponse cellulaire qui pourrait prolonger l’espérance de vie. Pour qu'un organisme survive aux changements de situations, il doit être capable de s'y adapter. La réponse cellulaire dédiée à cette adaptation est ajustée par la modulation de la structure du génome.

À l’intérieur des cellules qui contiennent un noyau, l’ADN forme avec des protéines (les histones) un nucléosome, une structure qui est elle-même l’unité fondamentale de la chromatine. Le degré et la structure du compactage de l’ADN avec les histones détermine les gènes transcrits et utilisés : c’est l’épignétique, ou l’expression de votre code génétique. Cette expression est influencée par le stress environnemental.

Tout ce qui concerne la lecture de votre ADN est influencé par la structure de la chromatine. Le Dr. Weiwei Dang, auteur correspondant de l’étude citée plus haut, du Baylor College of Medicine, explique que lorsqu’un gène particulier est exprimé, les enzymes interagissent avec la chromatine pour négocier l’accès, afin de traduire l’information en protéines spécifiques.

En cas de stress de la chromatine, la perturbation peut entrainer des modifications indésirables de l’expression génétique. Au cours de cette étude, l’équipe a travaillé avec des levures pour déterminer comment les gènes codant les histones pouvaient influer sur l’espérance de vie. L’équipe a effacé en laboratoire l'histone H3-H4 locus mineur HHT1-HHF1, et a constaté avec surprise que malgré cette diminution du nombre de gènes, la levure se reproduisait plus longtemps.

La réponse à la perturbation de la chromatine dans la levure a modifié l’activation de gènes, ce qui a prolongé l’espérance de vie des cellules de la levure. L’équipe a constaté que ce stress se produisait également dans d'autres organismes, notamment chez un vers de laboratoire, chez la mouche des fruits, et dans les cellules souches embryonnaires de souris, et qu’il prolongeait l’espérance de vie dans chaque cas.

Les mitochondries produisent de l’énergie et nous maintiennent en vie

Les mitochondries peuvent avoir une influence très importante sur notre santé. Ce sont de véritables minuscules ‘centrales électriques’ qui sont présentes dans la plupart des cellules de l’organisme. Elles forment un réseau interconnecté qui permet la distribution de l’énergie.

Les mitochondries transfèrent les électrons provenant des graisses et des sucres vers l’oxygène, au cours d'un processus qui génère de l’adénosine triphosphate (ATP). L’ATP est la « devise énergétique » utilisée par les cellules de votre organisme.

Les mitochondries sont uniques en ce qu’elles ont leur propre code génétique, qui diffère de celui de l’ADN nucléaire, que l’on appelle l’ADN mitochondrial (ADN mt). Elles ont également des réponses cellulaires, moléculaires et comportementales au stress qui augmente les besoins en énergie.

Les mitochondries sont les points d'intersection entre le stress psychologique et le stress biologique

En cas de stress, le fonctionnement des mitochondries change, afin de vous prémunir des maladies lorsque vous avancerez en âge. L'une des voies de réponse au stress des cellules est appelée la réponse aux protéines mal repliées (UPR pour ‘Unfolded protein response’ en anglais), qui comprend plusieurs parties, régulant différentes fonctions cellulaires. Le stress mitochondrial active l’histone méthyltransférase met-2 et le co-facteur nucléaire lin-65.

Les changements d’expression de l’ADN sont influencés par la structure de la chromatine. Une étude a démontré que les enzymes qui modifient les histones jouent un rôle important dans la réponse UPR des mitochondries. En utilisant un test de dépistage génétique, l’équipe de chercheurs a constaté que le gène lin-65 était important dans l'induction de la réponse UPR des mitochondries qui prolonge l’espérance de vie, cependant cette réponse avait lieu même en l'absence du lin-65, ce qui suggère qu’il existe d'autres voies.

En plus d’être importante pour prolonger l’espérance de vie, la réponse des mitochondries au stress pourrait également être une intersection entre le stress psychologique et les réponses biologiques. Une revue de 23 études animales, a montré que le stress aigu et chronique influe sur la biologie mitochondriale.

Les modifications anormales des mitochondries, que l’on appelle la charge allostatique des mitochondries, sont un mécanisme potentiellement utilisé pour convertir les expériences psychologiques en modifications physiologiques. Cette interprétation est lourde de conséquences.

Le remodelage de la chromatine pourrait affecter les changements physiologiques

Au cours d'une étude, les chercheurs ont par exemple trouvé une première preuve indiquant que différents types d'interactions avec les bébés et les jeunes enfants, génèrent des différences au niveau de l’axe hypothalamo-pituito-surrénal, qui provoquent le remodelage de la chromatine. Cela suggère une explication potentielle au fait que les changements moléculaires qui interviennent au début du développement entrainent des réponses émotionnelles permanentes, du fait de l’altération de la chromatine dans certaines régions spécifiques.

Les chercheurs supposent que cela pourrait nous éclairer sur la façon dont les expériences sont transformées de stimuli externes en modifications biologiques internes, par le biais du remodelage de la chromatine, provoquant potentiellement des changements émotionnels chez l’adulte. En d'autres termes, le stress des mitochondries modifie la chromatine au début de la vie, et pourrait avoir un impact significatif sur le développement futur.

Une autre étude animale, réalisée par l’hôpital pour enfants de Philadelphie, a montré comment les altérations mitochondriales pouvaient entrainer des modifications physiologiques lors d'une réponse à un stress léger.

Cela affectait également la façon dont les mammifères réagissaient aux changements dans leur environnement, et pourrait avoir de profondes incidences sur l’idée selon laquelle les maladies neuropsychiatriques seraient héréditaires. Les chercheurs pensent que les conclusions de cette étude pourraient contribuer à élaborer de nouvelles thérapies pour les maladies neuropsychiatriques, et à rendre les individus plus résilients aux changements environnementaux.

Le stress induit par l’exercice produit des modifications bénéfiques dans les mitochondries

La fonction de base des mitochondries, leur capacité à fournir de l’énergie pour la croissance et le développement, signifie qu’elles orchestrent la vie et la mort de la plupart des cellules. Une accumulation de débris intracellulaires entraine le vieillissement biologique, une inflammation chronique et la détérioration des cellules.

Au cours d'une étude publiée par la clinique Mayo, 72 hommes et femmes ont été répartis en groupes d’âges, puis de nouveaux en trois groupes, selon le type d’exercices qu’ils pratiquaient : des exercices de haute intensité, de musculation, et une combinaison des deux. L'objectif des chercheurs était d'évaluer le stress induit par l’exercice sur la transcription génétique, et sur la respiration mitochondriale.

À la fin de l’expérience, des biopsies des muscles des cuisses ont été réalisées, et les compositions moléculaires ont été comparées à celles d'un groupe de contrôle sédentaire. Ils ont découvert que, si les exercices de musculation permettent de développer la masse musculaire, ce sont les exercices fractionnés de haute intensité (HIIT) qui sont les plus intéressants d'un point de vue cellulaire.

Ils ont constaté que les exercices de HIIT permettent de minimiser les dommages aux mitochondries, provoqués par l’accumulation de débris à mesure que nous vieillissons. Les personnes du groupe HIIT ont développé une meilleure sensibilité à l'insuline, mais ont montré une moindre prise de force musculaire.

Les participants les plus jeunes, qui avaient pratiqué les exercices fractionnés, ont présenté une augmentation de 49 % de la capacité mitochondriale, mais ce sont les participants les plus âgés qui ont le plus réagi, avec une augmentation de 69 %.

Le stress physique affecte également le tissu cérébral

Un autre groupe de recherche a effectué une étude animale pour déterminer si certains des bienfaits observés sur les mitochondries des muscles squelettiques pouvaient également se produire dans le tissu cérébral. Les chercheurs pensent que les résultats de leur étude suggèrent que l’exercice, même chez des souris âgées, pourrait améliorer le fonctionnement des mitochondries au niveau neurologique.

Les résultats de ces études soutiennent un article dans lequel les auteurs suggéraient que, si les progrès ont permis de prolonger l’espérance de vie, comprendre ce qui se produit au niveau moléculaire et cellulaire pourrait permettre une prolongation maximale de l’espérance de vie.

En effectuant une revue de la littérature, ils ont trouvé un fil conducteur émergent d’expériences sur les plantes et les animaux, indiquant que la régulation de la vie et du vieillissement se joue au niveau du système mitochondrial. De plus, le déclin pourrait être contré par l’activité physique, et la pratique régulière d’exercices aérobie pourrait prolonger la vie au niveau mitochondrial.

Les facteurs alimentaires qui favorisent la longévité des mitochondries

Une recherche a démontré dans le passé que la restriction calorique avait un effet positif sur l’espérance de vie, car elle permettait de ralentir le processus de vieillissement chez les animaux de laboratoire. Il a été démontré qu’il est possible de prolonger l’espérance de vie en manipulant le réseau mitochondrial par le biais du jeûne ou de manipulations génétiques.

Une étude réalisée par une équipe de recherche d’Harvard s’est penchée sur la biologie de base impliquée dans ce processus, et sur la façon dont le jeûne permet de vieillir en bonne santé. Les chercheurs ont utilisé des nématodes de deux semaines, à l’espérance de vie normale, pour pouvoir étudier la longévité en temps réel.

Le fait de restreindre l’alimentation des vers, ou de modifier génétiquement leurs mitochondries, a permis de préserver la jeunesse de leur réseau mitochondrial, et a augmenté leur espérance de vie. Les chercheurs pensent que leurs résultats démontrent que la souplesse du réseau mitochondrial permet de prolonger l’espérance de vie en cas de jeûne.

Une seconde étude a évalué la façon dont les dommages provoqués par une alimentation excessive sur le fonctionnement des mitochondries, peuvent entrainer le vieillissement prématuré des tissus. Les chercheurs ont établi des programmes hebdomadaires de jeûne, et ont démontré que le jeûne permettait de limiter les dommages aux mitochondries.

Les tissus des sujets du test parvenaient à maintenir une respiration mitochondriale efficace dans les tissus squelettiques, et présentaient une amélioration du profil glycémique. L’équipe de recherche a conclu que le jeûne pourrait représenter une méthode efficace pour limiter les altérations des mitochondries et améliorer la flexibilité métabolique, des effets qui n’ont pas été observés chez les personnes dont l’alimentation est généralement de type occidental.

Des méthodes pour atténuer les réponses excessives au stress

Si un stress léger favorise la santé de vos mitochondries et peut prolonger votre espérance de vie, l’excès de stress a un effet inverse. L’excès de stress a des effets nocifs sur votre système immunitaire, la santé de vos intestins, vos émotions et votre sommeil.

Le stress est l’un des problèmes les plus importants auxquels sont confrontés les américains, et il affecte aussi bien la santé mentale que physique. Le sondage sur le stress en Amérique, conduit en 2015 par l'American Psychological Association, a révélé qu'une proportion importante d’adultes estiment ne pas en faire assez pour gérer leur stress.

Le nombre de personnes stressées est également en hausse : en 2015, 25 % des personnes indiquaient s’être senties « assez souvent » ou « très souvent » débordées par les problèmes qui s'accumulaient au cours du mois précédent, contre 16 % en 2014. En moyenne, celles qui indiquaient bénéficier d'un soutien émotionnel avaient un niveau de stress plus faible que les autres.

Si un stress modéré peut aider votre organisme à s'adapter au changement et augmenter votre espérance de vie, l’excès de stress peut affecter votre santé mentale et physique. Vous trouverez dans les articles suivants des méthodes pour vous aider à soulager votre stress. Certaines d’entre elles vous permettront de soulager un stress intense, où que vous soyez, et d'autres peuvent vous aider à atténuer et à contrôler votre stress sur le long terme.