Traiter la dépression avec de l’exercice

Traiter la dépression avec de l’exercice

En bref -

  • Les recherches semblent indiquer que l’exercice est un puissant moyen pour prévenir et guérir la dépression, notamment en normalisant la résistance à l’insuline
  • Des études sur le mécanisme d’action ont établi un lien entre les effets antidépresseurs de l’exercice et les mécanismes moléculaires impliquant la kynurénine, les myokines, le BDNF, le système endocannabinoïde et la bêta-endorphine
  • Au cours de l’exercice de plus grandes quantités de tryptophane sont transportées vers le cerveau, l’exercice augmente le taux de sérotonine et freine la production de kynurénine. Il stimule ainsi la bonne humeur et prévient la dépression
  • Un faible taux de BDNF est l'élément central de la dépression, car en général les patients dépressifs ont des taux plus bas que les personnes en bonne santé
  • L’euphorie causée par l’exercice est généralement attribuée à la sécrétion d'endorphine et un exercice soutenu augmente le taux d’anandamide - un endocannabinoïde - dans le corps, ce qui impacte les récepteurs opiacés en endorphines. Plus votre taux d’anandamide est élevé, mieux vous vous sentez
Taille du texte:

Dr. Mercola

Rhonda Patrick, Ph.D., une scientifique biomédicale et chercheuse auprès du Salk Institute for Biological Sciences à La Jolla, Californie, explique l’aspect scientifique de l’effet de bonne humeur de l’exercice. En effet, de nombreux experts sont d’accord sur le fait que l’exercice est un moyen puissant pour prévenir et guérir la dépression.

Une méta-analyse publiée en 2016, par exemple, qui étudiait 23 études aléatoires et contrôlés, dans lesquelles l’exercice était utilisé pour traiter la dépression unipolaire, a révélé que, comparé à aucune intervention, l’exercice « avait un effet significatif », ce qui les a menés à la conclusion, que « l’exercice physique est un moyen efficace pour traiter la dépression. »

Traiter la dépression avec de l’exercice

L’exercice a un effet positif sur la santé mentale en normalisant la résistance à l’insuline. Des études sur le mécanisme d’action ont établi un lien entre les effets antidépresseurs de l’exercice et les mécanismes moléculaires impliquant :

  • la kynurénine, une substance chimique neurotoxique de stress, produit à partir de l’acide aminé tryptophane
  • Myokines
  • Le facteur neurotrophique dérivé du cerveau (BDNF) est un facteur de croissance, qui régule la neuroplasticité et la génération des neurones
  • Le système endocannabinoïde
  • La bêta-endorphine, un neuropeptide opiacé endogène et une hormone peptide

L’exercice stimule le métabolisme de la kynurénine

Patrick explique que le tryptophane est une acide aminé essentielle requise pour la synthèse de la sérotonine, la mélatonine, la vitamine B3 et la kynurénine. Tandis que la kynurénine est associée au stress aigu et à la dépression sévère, des taux élevés de sérotonine sont responsables pour la bonne humeur.

À un certain degré l’exercice vous permet de choisir dans quelle substance sera transformé le tryptophane. Au cours de l’exercice de plus grandes quantités de tryptophane sont transportées vers le cerveau, l’exercice augmente le taux de sérotonine et freine la production de kynurénine. Il stimule ainsi la bonne humeur et prévient la dépression.

Inversement, un stress chronique et une légère inflammation stimule la production du tryptophane, qui est alors transformé plutôt en kynurénine qu’en sérotonine, ce qui provoque la dépression.

La kynurénine, quant à elle, est un précurseur d’un composant neurotoxique appelé acide quinoléique, ainsi qu’un composant neuroprotecteur appelé acide kynurénique. Dans ce cas aussi, l’exercice - et plus particulièrement l’exercice d’endurance - active un gène qui empêche la kynurénine de produire de l’acide quinoléique et l’oblige à produire de l’acide kynurénique à la place.

Des recherches sur des animaux ont également révélé que des muscles bien entraînés possèdent un taux plus élevé de cet enzyme, qui aide à métaboliser la kynurénine et qui l’élimine ainsi du corps.

L’entraînement d’endurance produit des myokines anti-inflammatoires

Les myokines sont des messagers chimiques appelés cytokines. Beaucoup de ces cytokines que nous connaissons sont celles qui sont diffusées par le tissu adipeux, la graisse corporelle, en particulier la graisse du tronc, celle qui vous donne cette forme de pomme.

Beaucoup parmi ces cytokines inflammatoires, comme le facteur de nécrose tumorale alpha (TNF-alpha) et la famille de l'interleukine-1 (IL-1) impliqués à des multiples stades de la maladie, le cancer inclus. Il est intéressant de constater, que les cytokines produites par le tissu musculaire, connues sous le nom de myokines (« myo » étant la racine latine pour muscles), ont des propriétés anti-inflammatoires.

Les myokines augmentent aussi votre sensibilité à l’insuline en améliorant l’utilisation du glucose à l’intérieur de vos muscles et, par leur rôle de messagers chimiques, les myokines empêchent la libération de cytokines inflammatoires produites par la graisse corporelle.

Une inflammation transitoire a des effets bénéfiques

Patrick dit que la microglie dans votre cerveau secrète des substances neurotropes, comme le BDNF, comme réponse à l’exercice. Curieusement, ce sont les cytokines inflammatoires, qui sont responsables pour cet effet bénéfique.

Une sécrétion de cytokines inflammatoires chronique peut faire beaucoup de dégâts - et est associée à la dépression - mais une inflammation transitoire causée par un exercice soutenu a un impact positif.

Selon l’étude citée par Patrick, un faible taux de BDNF est l'élément central de la dépression, car en général les patients dépressifs ont des taux plus bas que les personnes en bonne santé.

Il est bien connu que l’exercice stimule la sécrétion de BDNF, tandis que le stress chronique réduit la sécrétion de celui-ci. Dans une étude l’exercice modéré à intensif sur la bicyclette a augmenté les niveaux de BDNF d’en moyenne 32% comparé à l’état initial.

Comme vous pouvez imaginer, la durée joue un rôle important dans la quantité de BDNF produit. Un exercice modéré à intensif durant 40 minutes produisait une augmentation plus significative qu’un exercice de la même intensité durant seulement 20 minutes.

La connexion endocannabinoïde

Les récepteurs cannabinoïdes du corps humain ont été découverts dans les années 90, ce qui a mené à la découverte, que notre corps produit des composants - les récepteurs cannabinoïdes - qui influencent ces récepteurs.

On a aussi découvert, que le système endocannabinoïde (SEC) établit la communication entre d’autres systèmes du corps, comme le système respiratoire, digestif, immunitaire et cardiovasculaire.

Une des cannabinoïdes produit par votre corps est appelé anandamide - un clin d'œil au mot « ananda », le mot sanskrit pour « bonheur », car il se réfère aux mêmes récepteurs CB1 que le THC psychoactif du cannabis.

L’effet euphorique du coureur est généralement attribué à la sécrétion d’endorphines. La course augmente aussi fortement le taux d’anandamide dans le corps, et l’anandamide ne fait pas seulement appel au récepteur CB1, mais aussi les récepteurs d’opiacés et d’endorphines. Il n’est alors pas étonnant, que plus le taux d’anandamide d’un individu est élevé, mieux il se sent.

Les recherches citées par Patrick montre, que les personnes qui faisaient de la bicyclette ou qui couraient de manière modérée ou intensive, augmentaient alors leur niveau d’anandamide, et que le plus haut niveau pouvait être atteint en s’entraînant à un taux cardiaque maximum de 70% à 80%.

L’exercice stimule les hormones du plaisir

L’exercice stimule aussi la sécrétion de la bêta-endorphine, un neuropeptide opioïde endogène (ce qui signifie, qu’il est produit par le corps) et une hormone peptide produite par des neurones spécifiques dans votre système nerveux central et périphérique. Comme on peut le lire dans un article de 2008, « The Runner’s High: Opiodergic Mechanisms in the Human Brain » :

« La disponibilité réduite des récepteurs opioïdes a été identifiée surtout dans les structures préfrontales et limbiques / paralimbiques du cerveau. Le niveau de l’euphorie a augmenté de manière significative après la course et était corrélé dans le sens inverse avec la liaison de l'opioïde dans les cortex préfrontaux / orbifrontaux, le cortex cingulaire antérieur et les zones temporo-pariétales.

Ces résultats soutiennent la ‘théorie opioïde » de l’effet euphorique du coureur et suggère des effets spécifiques aux zones frontolimbiques du cerveau, qui sont impliquées dans les changements d’humeur. »

Avant de vous tourner vers des médicaments, pensez plutôt à prendre de bonnes résolutions

Des solides preuves attestent, que l’exercice aérobique modéré à intensif et la musculation peuvent servir pour le traitement de la dépression. Par ailleurs je voudrais vous inviter de repenser aussi votre alimentation.

Les aliments ont un impact immense sur votre cerveau, et si vous mangez des produits bruts, vous maintenez votre santé mentale et physique. En évitant des aliments transformés, le sucre et les graines, vous normalisez vos taux d’insuline et de leptine, un facteur qui contribue grandement à la dépression.

Certains nutriments sont aussi connus pour provoquer les symptômes de la dépression, quand ils sont absorbés de façon insuffisante, et certaines herbes et suppléments alimentaires peuvent neutraliser ces symptômes.

Vous pouvez apprendre d’avantage sur la dépression et ses causes sur le site de Patrick ainsi que dans son entretien intégral avec Dr. Charles Raison (qui n’apparaît que brièvement dans la vidéo ci-dessus), dans lequel il explique les liens entre la dépression et l'inflammation et l’utilisation du stress thermique comme thérapie pour la dépression.