Le cannabis décuple le plaisir et la motivation lors de l’exercice

Cannabis et exercice

En bref -

  • Selon des recherches récentes, le cannabis décuple aussi bien le plaisir de l’exercice que la récupération, ce qui signifie que les consommateurs s’exercent plus longtemps que les non-consommateurs
  • En moyenne, ceux qui consommaient du cannabis avant ou après l’exercice montraient une endurance de 159,7 minutes par semaine, comparé aux non-consommateurs, qui ne s’entraînaient que 103,5 minutes par semaine
  • En utilisant une régression linéaire pour contrôler des facteurs de confusion tels que la démographie, l’âge et le sexe, la consommation de cannabis lors d’un exercice aérobique a augmenté la durée de l’exercice de 43,4 minutes en moyenne par semaine
  • L’euphorie du coureur est généralement attribuée à la sécrétion d’endorphines, mais la course augmente aussi considérablement le cannabinoïde anandamide dans votre corps. Selon la recherche, vos « récepteurs cannabinoïdes sont essentiels dans le phénomène de l’euphorie du coureur »
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Dr. Mercola

Le cannabis, aussi connu sous le nom de marijuana, est utilisé depuis des millénaires pour ses propriétés médicinales. La plante de cannabis contient plus de 60 cannabinoïdes différents - et le corps humain est le seul capable de réagir à ces composants chimiques et d’en bénéficier.

Les deux cannabinoïdes principaux sont le cannabidiol (CBD) et le tétrahydrocannabinol (THC). Le THC est le composant psychoactif responsable de « l’euphorie » associée à la consommation de cannabis. Les cannabinoïdes interagissent avec votre corps par la voie des récepteurs cannabinoïdes naturelles, qui se trouvent dans les membranes des cellules dans tout le corps, notamment dans votre système endocannabinoïde (SEC).

Des récepteurs cannabinoïdes se trouvent dans le cerveau, les poumons, le foie, les reins, le système immunitaire, entre autres, et les propriétés thérapeutiques (et psychoactives) du cannabis se révèlent, quand un cannabinoïde active vos récepteurs cannabinoïdes.

Votre corps produit aussi naturellement des endocannabinoïdes, qui stimulent vos récepteurs cannabinoïdes et activent une variété de processus physiologiques importants. En bref, votre corps est bien câblé pour réagir aux cannabinoïdes grâce à son système de récepteurs cannabinoïdes unique.

Nous ne connaissons toujours pas exactement l’impact sur la santé, mais nous savons que les récepteurs cannabinoïdes jouent un rôle essentiel dans de nombreux processus biologiques, comme la régulation métabolique, la douleur, l’anxiété, la production osseuse et la fonction immunitaire.

Il est intéressant de noter, que le cannabis a aussi un impact bénéfique sur l’exercice physique. Un des préjugés très persistants au sujet du cannabis est qu’il rend léthargique, fatigué et démotivé, mais des recherches récentes montrent qu’il n’a pas une influence aussi négative sur votre motivation de faire de l’exercice finalement. En fait, c’est plutôt le contraire.

Les personnes, qui consomment du cannabis avant ou après l’exercice, sont plus endurantes

Selon une recherche publiée dans Frontiers in Public Health, le cannabis décuple le plaisir et la motivation lors de l’exercice. « Cette étude représente un pas important vers l’éclaircissement de l’utilisation du cannabis lors de l’exercice chez des adultes dans des états, qui ont légalisé le marché du cannabis », notent les chercheurs.

En effet, il s’agit d’une question de santé publique très importante, car de nombreux Américains n’arrivent déjà pas à atteindre les recommandations minimales d’exercice physique, qui est de 30 minutes d’exercice modéré cinq jours par semaine ou de 20 minutes d’exercice intensif trois jours par semaine.

Le danger lié à la légalisation du cannabis pour un usage médicinal et/ou récréatif est qu’il favorise un comportement encore plus sédentaire et que la santé publique s’en trouve minée.

Dans l’étude parue dans Frontiers in Public Health, les chercheurs avaient conduit une étude en ligne pour examiner les attitudes et comportements de personnes adultes, qui consomment du cannabis dans des états où il est légal.

Les résultats on révélé que 81,7% des 494 participants « ont avoué qu’ils ne faisaient pas d’exercice quand ils consommaient du cannabis » et que ceux, qui consommaient du cannabis avant ou après l’exercice, s’entraînaient plus longtemps que ceux qui n’en consommaient pas.

Et ces personnes, qui avaient consommé du cannabis, combien de temps de plus faisaient-elles de l’exercice ? En moyenne elles montraient une endurance de 159,7 minutes par semaine, comparé aux non-consommateurs, qui ne s’entraînaient que 103,5 minutes par semaine.

En utilisant une régression linéaire pour contrôler des facteurs de confusion tels que la démographie, l’âge et le sexe, la consommation de cannabis lors d’un exercice aérobique a augmenté la durée de l’exercice de 43,4 minutes en moyenne par semaine.

L’explication de l’euphorie du coureur

Comme déjà dit plus haut, les cannabinoïdes affectent votre corps en agissant sur votre SEC. Il a deux récepteurs de SEC principaux : le récepteur cannabinoïde de type 1 (CB1) et le récepteur cannabinoïde de type 2 (CB2). Généralement on considère que le CB1 réside principalement dans le cerveau et le CB2 dans le système immunitaire, mais les deux types de récepteurs sont en fait présents dans tout le corps.

Un des deux cannabinoïdes, qui est produit naturellement par votre corps est appelé anandamide - un clin d'œil au mot « ananda », le mot sanskrit pour « bonheur », car il se réfère aux mêmes récepteurs CB1 que le THC.

Il est intéressant de noter que l’euphorie du coureur est généralement attribuée à la sécrétion d’endorphines, mais une étude de 2015 a constaté qu’en réalité la course augmente aussi l’anandamide dans votre corps et que vos « récepteurs cannabinoïdes sont essentiels pour le phénomène de l’euphorie du coureur ».

Des études plus anciennes ont aussi confirmé que votre SEC fait partie du mécanisme responsable du soulagement de la douleur due à l’exercice et « probablement d’autres facteurs physiologiques et psychologiques liés à l’exercice ».

Vraisemblablement l’anandamide ne stimule pas seulement le récepteur CB1, mais aussi les récepteurs opioïdes et endorphines. Il n’est alors pas surprenant que plus votre taux d’anandamide est élevé, plus vous êtes détendu.

Carl Germano, nutritionniste clinique diplômé et expert des phytocannabinoïdes, explique que « c’est logique, car l’anandamide frappe les récepteurs dans le cerveau, qui sont responsables de la bonne humeur et la sensation de récompense ».

Est-ce que le cannabis fait grossir ?

Une autre idée préconçue au sujet du cannabis est qu’il fait grossir. Les consommateurs parlent des tristement célèbres « envies de grignoter ». Mais il y a deux études qui ont découvert des incohérences et réfutent cette idée.

Certaines recherches ont en effet trouvé un lien entre la consommation de cannabis et une alimentation riche en calories, mais d’autres ont remarqué que, même si les consommateurs de cannabis prennent du poids, ils en prennent moins que les non-consommateurs. Les auteurs de cette étude de mars 2019 ont tiré les conclusions suivantes :

« Des études précliniques indiquent que l’envie de manger et par conséquent la prise de poids est un des effets des cannabinoïdes. Des études épidémiologiques transversales constatent toutefois moins de cas d’obésité parmi les consommateurs de cannabis...

Cette nouvelle étude prospective s’appuie sur des anecdotes, des études précliniques et des preuves transversales pour découvrir le lien entre la consommation de cannabis et l’obésité et a constaté une relation inversée entre le cannabis et l’IMC. »

Une autre étude publiée en 2017 a aussi noté que des grands consommateurs de cannabis ont tendance à avoir un indice de masse corporelle plus bas que les non-consommateurs ou des consommateurs occasionnels.

Un troisième article publié en 2018 intitulé « Explication théorique relative à l’indice de masse corporelle chez des consommateurs de cannabis » soutient même que « pour de nombreux patients le cannabis est une meilleure option pour perdre du poids qu’une intervention chirurgicale ou des produits pharmaceutiques ».

Ici la conclusion était que, même si les consommateurs de cannabis ingèrent plus de calories, ils ont toujours un IMC plus bas et moins de risque d’obésité. Les chercheurs prétendent que le mécanisme derrière cet effet paradoxal est dû au fait que le cannabis inhibe le récepteur CB1 rapidement et pendant longtemps, ce qui « réduit le stockage d’énergie et augmente le rythme métabolique.

Comprendre la motivation

Bon, je ne recommande pas le cannabis pour vous motiver à faire de l’exercice, surtout dans des pays où il est illégal. Comme déjà mentionné, l’exercice en lui-même stimule les cannabinoïdes naturels dans votre corps, c’est pourquoi vous vous sentez mieux après avoir fait de l’exercice. Et cela suffit généralement pour vous motiver à continuer.

Selon l’étude Stress in America menée en 2013 par l’American Psychological Association, seulement 17% des personnes interrogées font de l’exercice tous les jours. Mais après avoir fait de l’exercice, 53% disaient qu’ils se sentaient mieux, 30% se sentaient moins stressées et 35% étaient de meilleure humeur après l’exercice.

Évidemment, il peut paraître difficile pour certains de suivre un nouveau programme d’entraînement assez longtemps avant d’en récolter les fruits, alors comment se motiver pour continuer ? Contrairement à la croyance populaire, il n’est généralement pas motivant d’avoir conscience de ce qui pourrait arriver si vous ne faites pas de l’exercice.

La connaissance des bienfaits de l’exercice - comme par exemple d’avoir un corps tonifié, d’être de meilleure humeur, plus créatif et productif et de ralentir les effets du vieillissement - ne paraît pas non plus suffisamment motivante pour faire de l’exercice. La raison pour cela est que tous ces facteurs sont extrinsèques, ce qui signifie qu’ils existent en dehors de qui vous êtes et de ce que vous vivez à ce moment précis.

Les psychologues ont découvert que la plupart des excuses pour ne pas faire de l’exercice tournent autour de l’inconfort immédiat, auquel vous vous attendez avant l’activité. Des théories du comportement ont démontré que votre expérience immédiate éclipse souvent l’espoir d’une récompense future.

En d’autres termes, vous avez du mal à faire quelque chose d’inconfortable, si la récompense est quelque chose que vous obtiendrez dans le futur. Voici quelques-unes de ces excuses typiques pour ne pas faire de l’exercice ou de courir à la salle de sport ou sur la piste de course :

Transpirer

Avoir trop chaud ou trop froid

Être essoufflé

Muscles douloureux

Se mouiller sous la pluie

Sortir du lit quand il fait nuit

Se salir

Être gêné devant les autres

Avoir l’air ridicule pendant l’exercice

Ne pas savoir comment s’entraîner et ne pas oser demander

Se sentir mal à l’aise pendant l’exercice

Manquer de temps dans la journée pour faire de l’exercice

Être trop fatigué pour s’entraîner

S’ennuyer pendant l’exercice

Avoir déjà essayé, mais sans apprécier

Manquer d’énergie pour faire de l’exercice

L’exercice coûte cher

Peur de se blesser

Avoir personne comme partenaire

La condition physique actuelle rend l’exercice difficile

Il est trop compliqué de se tenir à un programme d’entraînement

Comment se motiver ?

Puisque le problème avec la motivation vient du fait que la plupart des facteurs extrinsèques ne sont pas assez forts pour vous motiver à faire de l’exercice tous les jours, il faut trouver une autre stratégie. Le Business Insider de 2016 a publié une interview avec Dan Ariely, Ph.D., professeur de psychologie et d’économie comportementale à l'université Duke et auteur du livre « Payoff », dans lequel il répond à la question.

Les études d’Ariely sur les effets de la motivation et la performance au travail démontrent que dans les deux situations, aussi bien au travail qu’à la récréation, vous êtes plus motivé par la valeur intrinsèque de ce que vous créez (dans ce cas le défi de l’exercice) que les bénéfices extrinsèques, que vous allez obtenir plus tard (comme une meilleure santé, un poids de plume et une vie plus longue). Il déclare dans Business Insider :

« Quand vous pensez à l’exercice physique, vous pensez que ça sera vraiment horrible, douloureux, désagréable etc. Et vous n’en avez pas envie. Mais le fait est que, une fois lancé, ça change tout. Tout d’un coup vous pensez moins à la souffrance et l’exercice commence à prendre une tournure agréable. »

Une étude de 2015 démontre aussi ce concept. Au cours de l’exercice la plupart des personnes privilégient leurs sentiments immédiats plutôt que les effets positifs qu’ils obtiendront plus tard. Les chercheurs ont émis la théorie, que la motivation intrinsèque améliore l’expérience pendant une action, contrairement aux motivations externes, qui restent les mêmes aussi bien pendant qu’après une activité.

En bref, il s’agit juste de se lancer. Ne réfléchissez pas, faites-le. Ariely pense que l’erreur commise par la plupart des personnes est de se focaliser sur la motivation extrinsèque, comme la santé et les autres buts recherchés, plutôt que sur l’expérience immédiate et le plaisir pendant l’exercice.

Alors rappelez-vous, si vous n’êtes pas motivé, mettez simplement l’exercice sur votre liste de tâches quotidiennes et faites-le, sans trop y penser. Pensez seulement au moment présent. Vous aurez de bonnes chances de vous sentir mieux, de vous amuser plus que prévu, et la prochaine fois il sera encore plus facile de « juste se lancer » - pas besoin de cannabis.