40 % des FIV ne sont pas nécessaires

FIV

En bref -

  • Une scientifique pense que jusqu’à 40 % des fécondations in vitro (FIV) pourraient être évitées si l'on traitait le manque de progestérone chez la femme. Après avoir elle-même subi plusieurs fausses couches, le Dr. Amy Galliher-Beckley a conçu un test urinaire destiné à mesurer les métabolites de la progestérone, dont elle pense qu'il aidera certaines femmes à éviter d'avoir recours à la FIV
  • La progestérone et l'œstrogène sont deux hormones importantes qui influent sur la capacité d'une femme à tomber enceinte et à mener une grossesse à terme. Amy Beckley a découvert qu’il était possible de faire un simple test urinaire pour mesurer les métabolites de la progestérone, nécessaire au bon développement de la muqueuse utérine
  • Le défaut de la phase lutéale est un trouble caractérisé par une production et une sécrétion insuffisante de progestérone ; cette phase se situe après l’ovulation dans le cycle menstruel et se prolonge jusqu’à la grossesse, ou jusqu’aux menstruations. La production de progestérone peut être affectée par l'anorexie, l’obésité, le syndrome des ovaires polykystiques, ou une pratique sportive intensive
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Dr. Mercola

Votre organisme tout entier est dirigé par vos hormones. Les hormones sont sécrétées par le système endocrinien, et ont pour rôle de dire à vos organes ce qu’ils doivent faire, et quand ils doivent le faire. Ce sont essentiellement des messagers chimiques qui circulent dans le sang, et agissent lentement au fil du temps sur des processus tels que la croissance et le développement, le métabolisme et la reproduction.

L’équilibre de ces messagers chimiques est parfois perturbé, ce qui entraine des troubles chroniques tels que diabète de type 2, fragilité osseuse et stérilité. Les hormones sont sécrétées par les glandes surrénales, les organes composant le système endocrinien, l’hypothalamus, les glandes sexuelles et d'autres organes.

La progestérone est importante pour la fertilité et pour le maintien de la grossesse. C’est une hormone stéroïdienne sécrétée par le corps jaune, puis par le placenta si vous tombez enceinte. Lorsqu'un couple souffre d'infertilité, il choisit parfois d'avoir recours à la fécondation in vitro (FIV).

Il s'agit d’une série complexe de procédures au cours desquelles des ovules sont prélevés des ovaires, fécondés par le sperme en laboratoire, puis transférés dans l’utérus. Un cycle complet peut prendre jusqu'à trois semaines, et coûter 12.000 dollars (environ 11.000 euros). Suite à son propre combat contre l’infertilité, le Dr. Amy Galliher-Beckley a co-fondé la société MFB Fertility et conçu le test ‘Proov’, qui permet de mesurer le taux de progestérone.

La relation entre l’œstrogène et la progestérone

Chacun de vos systèmes corporels, y compris votre système reproducteur, maintient un certain équilibre pour vous aider à préserver une santé optimale. Chez une femme, plusieurs hormones interviennent dans un système complexe pour faire mûrir un follicule et libérer un ovule qui se déplace jusqu'à l’utérus. S'il est fécondé, l’ovule doit s'implanter dans la paroi de l’utérus, que l’on appelle l’endomètre, où il commence à se développer pour former un bébé.

Ces étapes sont contrôlées par des hormones produites dans le corps, qui proviennent de différentes sources. Les ovaires produisent les ovules, et ce sont les principales sources d'œstrogène. Les glandes surrénales, situées chacune au-dessus d’un rein, en fabriquent également une petite quantité. Les œstrogènes jouent un rôle dans les changements physiques qui ont lieu au cours de la puberté ; ils contrôlent également le cycle menstruel, protègent la santé des os et influent sur votre humeur.

La seconde hormone essentielle à la fertilité est la progestérone, une hormone stéroïdienne qui est d'abord secrétée par le corps jaune. Lorsque l’ovule est libéré, le corps jaune reste attaché à l’ovaire, qui agit comme une glande temporaire. Ces deux hormones sont contrôlées par la libération d'autres hormones.

Au cours du cycle menstruel, l’hypothalamus sécrète de la gonadolibérine, qui déclenche la sécrétion d’hormones folliculostimulantes (FSH) par l’hypophyse. Ceci marque le début du développement du follicule, et déclenche une augmentation du taux d'œstrogènes.

L'hormone lutéinisante (LH), également sécrétée par l'hypophyse, favorise la maturation du follicule et est le déclencheur responsable de la libération de l’ovule. Lorsque le taux d'œstrogènes est suffisamment élevé, il provoque une libération soudaine de LH, à peu près au milieu du cycle, ce qui déclenche une série d'évènements et, à terme, la libération de l’ovule mature par le follicule.

Le follicule vide devient alors le corps jaune, qui produit de la progestérone. La libération de progestérone déclenche une importante vascularisation de la paroi utérine, qui est alors propice à l’implantation d'un ovule fécondé.

S'il n’y a pas fécondation, le corps jaune commence à dégénérer, la sécrétion de progestérone chute et les menstruations sont déclenchées. En cas de grossesse, le corps jaune produit de la progestérone pendant les 10 premières semaines, jusqu'à ce que le placenta prenne la relève de sa production.

La question n’est pas de tomber enceinte, mais de maintenir la grossesse

Comme l’a expliqué Amy Beckley dans l’interview qu’elle a accordée au Forbes magazine, son test n’est pas en lien avec le fait de tomber enceinte, mais avec le fait de maintenir sa grossesse. La progestérone prépare non seulement l’utérus à l’implantation de l’ovule, mais elle protège également l’endomètre de la dégénération et des menstruations. Si l'organisme produit de grandes quantités de progestérone pendant une grossesse, il ne peut pas y avoir maturation d'un deuxième ovule.

Pour maintenir une grossesse, le corps jaune doit continuer à sécréter de la progestérone. Cela permet de préserver les vaisseaux sanguins dans l’endomètre, qui nourriront le bébé. C’est au cours de ces premières semaines que les femmes qui manquent de progestérone peuvent rencontrer des difficultés, aussi bien pour concevoir que pour développer un environnement favorable au développement d'un ovule fécondé.

Certaines femmes, qui parviennent à tomber enceinte, présentent un risque accru de fausse couche. Le test développé par le Dr. Beckley se présente sous forme d'un bâtonnet, très similaire aux tests d’ovulation et de grossesse. Ces bâtonnets permettent de mesurer la quantité de métabolites de progestérone excrétés dans les urines. Il s'agit à ce jour du seul test à faire chez soi, vendu sans ordonnance, qui permet d’évaluer la capacité d'une femme à produire de la progestérone. Voici ce qu’explique Amy Beckley :

« Le manque de progestérone est la première cause de stérilité inexpliquée. Les femmes qui suivent un protocole de FIV se voient toutes prescrire de la progestérone. À moins que vous n’ayez recours à une FIV, les médecins ne vous parlent pratiquement jamais de progestérone, ils ne vous en proposent pas et ne vérifient pas votre taux. Lorsque votre taux de progestérone s’effondre trop rapidement, c’est ce qu’on appelle un défaut de la phase lutéale. »

Le défaut de la phase lutéale augmente les risques de fausse couche

La phase lutéale du cycle d'une femme commence après l’ovulation, et correspond à la deuxième moitié du cycle menstruel. La phase lutéale doit son nom au corps jaune. Le défaut de la phase lutéale (DPL) provoque un développement anormal de l’endomètre, qui ne permet pas de maintenir une grossesse.

Si les chercheurs tentent de déterminer le rôle sous-jacent et l’action du DPL par rapport à la fertilité, les experts indiquent que les femmes qui ont recours à la FIV présentent toujours un DPL. Le DPL est caractérisé par une phase lutéale de moins de 11 jours. Cependant, les médecins ne croient pas tous à l’existence de ce trouble, et les tests fiables font défaut.

Amy Beckley a développé le test urinaire baptisé ‘Proov’ pour aider les femmes à identifier une diminution du taux de progestérone au cours de leur cycle. Selon le Dr. Beckley, son test permet aux femmes de mieux comprendre le fonctionnement de leur corps, et leur donne les bases pour poser des questions plus précises à leur médecin spécialiste de l’infertilité.

Le test permet de mesurer la présence de métabolites dans les urines, dont le taux devrait augmenter et rester élevé après l’ovulation. Il peut être utilisé pour confirmer l’ovulation et le taux de progestérone qui la suit. Un seul test négatif avant l’ovulation, suivi d'un seul test positif, confirme l’ovulation pour les femmes qui cherchent à tomber enceinte.

Pour les femmes qui essayent de concevoir un enfant, il est conseillé de faire le test quatre jours après le pic de fertilité, puis pendant les dix jours qui suivent l’ovulation. Lorsque le taux de progestérone nécessaire à maintenir la grossesse est mis en doute, il est conseillé de faire le test six jours après le pic de fertilité, puis autant de fois que nécessaire au cours de la grossesse, car le test doit rester positif.

Les autres fonctions de la progestérone

Si le DPL a un impact significatif sur la capacité d'une femme à mener une grossesse à terme, il est sujet à débat. Dans certains cas, les ovaires libèrent suffisamment de progestérone, mais la paroi utérine n'y réagit pas. Le DPL est associé à d'autres facteurs et problèmes de santé. Parmi eux :

L’anorexie

L’endométriose

Une pratique sportive intensive

L’obésité

Les troubles de la thyroïde

Le syndrome des ovaires polykystiques (SOP)

Un taux élevé de prolactine (l’hormone responsable de la production de lait maternel)

Dans certains cas, lorsque ces problèmes sont résolus, le DPL est résolu également. À un âge plus avancé, si le taux de progestérone des femmes diminue, leurs règles peuvent devenir irrégulière, plus longues et plus abondantes, ce qui peut augmenter leur risque de souffrir d'anémie.

Les variations hormonales après la ménopause peuvent également influer sur les capacités cognitives et sur l’humeur. Au cours d'une étude qui a porté sur 643 femmes ménopausées en bonne santé, les chercheurs ont constaté que si l'œstrogène influe peu sur les résultats des tests de fonctions exécutives ou de capacités cognitives globales, la concentration de progestérone est associée à la mémoire verbale. Les chercheurs suggèrent que cette association positive mérite des études approfondies.

La progestérone bio-identique, ou progestérone micronisée sous forme orale, soulage efficacement les bouffées de chaleur et la transpiration nocturne pendant la ménopause. Le Dr. Jerilynn Prior, de l’Université de la Colombie britannique, à Vancouver, a présenté son étude lors d'une réunion de l’Endocrine society, au cours de laquelle elle a comparé la prise de progestérone à celle d'un placébo.

Au cours de cette étude, 114 femmes ménopausées ont été réparties en deux groupes : un groupe placébo, et un dont les participantes ont pris 300 mg par jour de progestérone micronisée par voie orale. Pour participer à cette étude, les femmes devaient avoir cessé toute thérapie hormonale depuis au moins six mois.

À la fin des 12 semaines de l’étude, les chercheurs ont constaté que le groupe qui prenait la progestérone micronisée présentait une diminution de 56 % du score reflétant le nombre et l’intensité des symptômes, tandis que les femmes qui avaient pris le placébo présentaient une diminution de ce score de 28 %.

L’âge influe sur l’équilibre hormonal

Amy Beckley souligne les difficultés que peuvent avoir les femmes à supporter une grossesse après 40 ans, comme en atteste le nombre de femmes qui souffrent de déséquilibres hormonaux en vieillissant, et de celles qui ont recours à la procréation assistée pour tomber enceinte après 40 ans.

Elle explique que « Plus une femme se rapproche de la ménopause, moins il y a de chances pour que son organisme soit capable de supporter une grossesse. » Ceci est en grande partie dû au déséquilibre des hormones nécessaires pour mener une grossesse à terme, qui survient lorsque les femmes avancent en âge.

Les recherches qu’elle a menées pour concevoir le test urinaire de dosage de la progestérone ont conduit le Dr. Beckley à déduire que 30 à 40 % des femmes qui ont recours à la FIV pour tomber enceinte, n’en auraient pas réellement besoin. Elles auraient peut-être davantage besoin de progestérone, qui leur permettrait de développer un endomètre sain et de soutenir les débuts de la grossesse.

Le taux global de fertilité diminue

Il existe différentes causes à l'infertilité dont souffrent certains couples. Au cours d'une étude publiée en 2017, les chercheurs ont évalué 38 années d'informations, et ont constaté que la numération des spermatozoïdes avait considérablement diminué entre 1973 et 2011. Elle a en effet diminué de 52 à 59 % chez les hommes vivant en Amérique du Nord, en Europe et en Australie.

Le département australien de la santé rapporte que 1 couple australien sur 6 souffre de problèmes de fertilité, qu’il attribue à la décision d'avoir des enfants plus tard dans la vie, ainsi qu’à la diminution de la numération des spermatozoïdes. Des facteurs d'hygiène et de qualité de vie tels que le tabagisme, les mauvaises habitudes alimentaires, la consommation excessive d'alcool et les IMC trop élevés affectent également la fertilité.

En mai 2019, le Pew Research Center a rapporté que pour la quatrième année consécutive, les principaux indicateurs de la fertilité des couples américains avaient diminué, atteignant des valeurs records. Deux des trois indicateurs utilisés pour déterminer la fertilité reflètent une diminution des chiffres.

Le taux de fertilité total, ou l’estimation du nombre d’enfants qu'une femme aura au cours de sa vie, était de 1,73 enfants en 2018, c’est-à-dire moins que l’estimation de 1,74 qui avait été faite au milieu des années 1970.