Une étude établit un lien entre sommeil irrégulier, et diabète et obésité

Un homme endormi

En bref -

  • Au cours d'une étude qui a suivi 2.003 hommes et femmes pendant une durée moyenne de six ans, il a été constaté que des habitudes de sommeil irrégulières augmentent le risque de syndrome métabolique de 23 % pour chaque heure de sommeil en moins ; un manque de sommeil régulier d'une heure augmente ce risque de 27 %
  • Le syndrome métabolique toucherait trois fois plus de personnes que le diabète de type 2, soit 25 % de la population mondiale, et environ 28,2 % de la population américaine
  • Le syndrome métabolique est caractérisé par au moins trois des facteurs suivants : un tour de taille important, une pression artérielle élevée, une résistance à l’insuline et/ou une glycémie élevée, un faible taux de lipoprotéines de haute densité et un taux élevé de triglycérides
  • Le manque de sommeil coûte cher aux individus comme à la communauté, notamment en termes de baisse de productivité, d'augmentation du risque d'accidents, de somnolence au volant, de maladies cardiovasculaires et d'augmentation du risque de dépression, de démence et de maladie d’Alzheimer
  • Dormir suffisamment, en fonction de votre âge, peut vous aider à atteindre votre objectif de poids ; essayez de réduire votre exposition à la lumière et aux champs électromagnétiques, et de suivre mes conseils pour optimiser votre sommeil, détaillés dans un précédent article
Taille du texte:

Dr. Mercola

Comprendre pourquoi nous dormons fait l’objet d’études depuis de nombreuses années. Si les scientifiques n’ont pas encore découvert tout ce qui se produit durant notre sommeil, ils ont fait des découvertes exceptionnelles qui ont permis de mieux comprendre la santé cognitive et physique.

Le Centre américain de contrôle et de prévention des maladies (CDC) indique qu'un américain sur trois ne dort pas suffisamment et souligne que le manque de sommeil est lié à de nombreux types de problèmes de santé. Dormir moins de cinq heures par nuit, par exemple, peut doubler votre risque de crise cardiaque ou d’AVC. Les chercheurs ont également découvert un lien persistant entre le manque de sommeil, la prise de poids7 et la résistance à l’insuline.

Le manque de sommeil influe également sur vos capacités mentales et cognitives, ainsi que sur votre bien-être émotionnel. L'une des raisons pour lesquelles le manque de sommeil est si néfaste, c’est qu’il n’affecte pas qu’un seul aspect de votre santé : il en affecte de nombreux.

Au cours d'une récente étude publiée dans la revue Diabetes Care, financée par l’Institut national américain du cœur, des poumons et du sang, les chercheurs ont constaté que la santé est affectée non seulement par la durée quotidienne de sommeil, mais également par la régularité de notre sommeil.

Des habitudes de sommeil irrégulières augmentent le risque d'obésité et de diabète

De précédentes recherches ont mis en évidence les effets néfastes du manque de sommeil sur la santé, mais cette nouvelle étude a démontré que lorsque les participants ne se tenaient pas à un programme régulier, en termes d'heures de coucher et de lever, cela augmentait leur risque d’obésité, d'hypertension artérielle, de glycémie élevée et d'autres troubles métaboliques.

Les chercheurs ont enrôlé des participants de l’étude multi-ethnique sur l'athérosclérose. Ils ont effectué une actigraphie sur sept jours ; il s’agit d'une méthode non-invasive qui permet de mesurer les cycles de repos et d'activité d'une personne. Elle consiste à porter un capteur pendant une semaine, qui mesure notre activité motrice. Les participants ont été suivis ensuite pendant 6 ans en moyenne.

Les anomalies métaboliques étaient définies selon des critères développés pour le programme national américain d’éducation sur le cholestérol, et les chercheurs ont utilisé cinq analyses croisées, ajustées en fonction de facteurs socio-démographiques et d'hygiène de vie.

Ils ont constaté que pour chaque écart d'une heure du temps de sommeil, le risque de syndrome métabolique des participants augmentait dans une proportion pouvant atteindre 27 % ; une heure d’écart sur l’heure du coucher (c’est-à-dire, se coucher plus tôt ou plus tard que d'habitude) était associée à une augmentation de ce risque de 23 %. Voici le commentaire de Tianyi Huang, épidémiologiste au Brigham and Women’s Hospital, et auteur de l’étude :

« De nombreuses études antérieures ont mis en évidence un lien entre le manque de sommeil et l’augmentation du risque d'obésité, de diabète et d'autres troubles métaboliques. Mais nous savions peu de choses à propos de l’impact d'habitudes de sommeil irrégulières, et de variations quotidiennes importantes du temps de sommeil et des heures de coucher.

Notre recherche montre que, même en tenant compte du temps de sommeil d'une personne, et d'autres facteurs d'hygiène de vie, chaque heure d'écart, d'une nuit à l'autre, sur le temps de sommeil ou l’heure du coucher, multiplie les effets néfastes sur le métabolisme. »

Les changements d'habitudes de sommeil à l’origine de dysfonctions métaboliques

L'étude a suivi 2.003 femmes et hommes âgés de 45 à 84 ans. En plus de porter un capteur pendant sept jours, les participants ont tenu un journal du sommeil et répondu à des questionnaires standard à propos de leurs habitudes de sommeil et d'autres éléments d’hygiène de vie et de santé.

Les résultats prospectifs ont montré que les variations en termes de temps de sommeil et d’heure du coucher précédaient le développement de dysfonctions métaboliques, apportant la preuve d'un lien causal entre sommeil irrégulier et troubles métaboliques.

Les chercheurs ont constaté que les participants dont la durée de sommeil changeait de plus d'une heure étaient plus souvent des Afro-Américains, qui n'avaient pas des horaires de travail réguliers, qui étaient fumeurs et faisaient des nuits plus courtes. Voici ce qu’a déclaré le Dr. Susan Redline, de la Division du sommeil et des troubles du rythme circadien de l’hôpital Brigham and Women’s Health, et co-auteur de l’étude :

« Nos résultats suggèrent que le fait d'avoir des habitudes de sommeil régulières a des effets bénéfiques sur le métabolisme. Ceci pourrait enrichir les stratégies de prévention actuelles contre les maladies métaboliques, qui consistent principalement à encourager les individus à dormir suffisamment, et à adopter une hygiène de vie saine. »

Le syndrome métabolique conduit à des problèmes de santé plus graves

Le syndrome métabolique est caractérisé par un ensemble de symptômes, notamment un tour de taille important, témoin d'un taux élevé de graisse viscérale, une tension artérielle élevée, une résistance à l’insuline et/ou une glycémie élevée, un faible taux de cholestérol à lipoprotéines de haute densité et un taux élevé de triglycérides. La combinaison d'au moins trois de ces facteurs met en évidence une dysfonction métabolique.

Ces facteurs de risque augmentent vos risques de maladie cardiovasculaire, de diabète et d’AVC. Vos risques augmentent également lorsque vous êtes à la limite de présenter des « facteurs de risque élevés ». Si un tour de taille important est un signe apparent, les autres facteurs ne se traduisent par aucun symptôme ni signe visible.

L'incidence du syndrome métabolique est souvent parallèle à celle de l’obésité et du diabète de type 2. Selon une enquête mondiale réalisée en 2015 dans 195 pays, 604 millions d'adultes et 108 millions d’enfants étaient obèses. Les chercheurs ont montré que les problèmes d'obésité ont doublé dans 73 pays depuis 1980.

Cependant, obésité n’est pas toujours synonyme de syndrome métabolique, car les scientifiques ont constaté que certaines personnes obèses, dont la sensibilité à l’insuline est élevée, n’ont pour autant pas une tension artérielle élevée. Les données sur le syndrome métabolique sont difficiles à vérifier, car nombre de personnes qui en sont atteintes n’ont pas été diagnostiquées, et nombre de ses facteurs ne provoquent aucun symptôme.

Certains chercheurs pensent que le syndrome métabolique serait trois fois plus courant que le diabète, et estiment sa prévalence mondiale à 25 %. Cette estimation mondiale est proche de celle établie pour la population américaine. Le CDC estime que 9,4 % de la population américaine souffre de diabète et cette valeur multipliée par trois donne 28,2 %, ce qui est légèrement supérieur à l’estimation mondiale.

Le coût élevé du manque de sommeil

Le manque de sommeil coûte cher aux individus comme à la communauté. Le manque de sommeil du troisième lieutenant Gregory Cousin a par exemple engendré l’une des plus grandes catastrophes environnementales de l’histoire, lorsqu’il a fait échouer le pétrolier Exxon Valdez, entrainant le déversement de 40.000 tonnes de pétrole brut dans la baie du Prince William.

L'accident a dévasté 23 espèces de la faune sauvage, et près de 2.000 km de littoral. Comme l’a rapporté le site The Balance, quelques jours seulement après le naufrage, 140 pygargues à tête blanche, 302 phoques, 2.800 loutres de mer et 250.000 oiseaux de mer avaient déjà été tués.

Selon l’Association américaine du sommeil, 37,9 % des américains indiquent s’endormir involontairement dans la journée, au moins une fois par mois. Malheureusement, nombreux sont ceux qui sacrifient leur sommeil parce qu’ils « n’ont pas terminé ce qu’ils avaient à faire ». Cependant, les données montrent que lorsque vous sacrifiez votre temps de sommeil, vous perdez en productivité.

Le manque de sommeil coûte à l’économie américaine 411 milliards de dollars par an en accidents et en perte de productivité. Il affecte non seulement la qualité de vie, mais lorsque des personnes comme des ouvriers du bâtiment, des infirmières, des médecins ou des pilotes font l’impasse sur leur sommeil, cela peut avoir des conséquences mortelles.

Le CDC estime que la somnolence au volant est un problème majeur aux États-Unis, et qu’elle a été responsable de 83.000 accidents, 37.000 blessures et 886 décès par an entre 2005 et 2009. Si s’endormir au volant est bien entendu dangereux, être ne serait-ce que fatigué ou somnolent réduit votre vigilance, ralentit votre temps de réaction et affecte votre capacité à prendre les bonnes décisions en termes de conduite.

Le CDC a constaté que les personnes qui ne dorment pas suffisamment, telles que celles qui travaillent en équipes, qui souffrent de troubles du sommeil non traités, ou qui prennent certains types de médicaments, sont les plus susceptibles d’avoir des problèmes de somnolence au volant. Par ailleurs, le manque de sommeil augmente les risques de maladies cardiovasculaires, de naissance prématurée, de baisse des résultats scolaires, de dépression, d'anxiété, de démence et de maladie d’Alzheimer.

Dormir davantage peut vous aider à atteindre votre objectif de poids

En plus de réduire vos risques de souffrir de ces types de troubles et maladies, optimiser votre temps de sommeil ainsi que sa qualité, peut également vous aider à perdre du poids. Des chercheurs britanniques ont étudié le lien entre manque de sommeil, alimentation et santé métabolique chez 1.692 adultes. Ils ont analysé leur adiposité, leurs marqueurs métaboliques et leur alimentation.

Leur tension artérielle et leur tour de taille ont également été notés. Après avoir ajusté les résultats pour prendre en compte les facteurs confondants tels que l’âge, le sexe, l’origine ethnique, le tabagisme et la situation socio-économique, les chercheurs ont constaté que le nombre d'heures de sommeil avait une corrélation négative avec l’indice de masse corporelle et le tour de taille. Il n’était cependant lié à aucun facteur diététique.

Ils ont constaté que les adultes qui dormaient le moins étaient plus susceptibles d’être obèse. Si vous essayez de perdre du poids, un temps de sommeil adéquat peut faire toute la différence.

Les chercheurs de l’université de Chicago ont constaté que les personnes qui dorment 8,5 heures perdent 55 % de graisse en plus par rapport à celles qui dorment 5,5 heures. Selon ces chercheurs, « Un temps de sommeil insuffisant peut compromettre l’efficacité des mesures diététiques classiques visant à faire perdre du poids, et à réduire les risques de syndrome métabolique qui y sont associés ».

La pollution lumineuse et électromagnétique nuit à la qualité du sommeil

La qualité de votre sommeil peut être affectée par votre temps de sommeil, par des habitudes de sommeil irrégulières, ainsi que par la pollution lumineuse et électromagnétique. Si vous avez déjà fait du camping, vous avez sans doute remarqué à cette occasion une amélioration de la qualité de votre sommeil. Vous avez certainement mieux dormi, et vous êtes réveillé plus reposé.

Les deux facteurs qui améliorent la qualité du sommeil en plein air, lorsqu’on est éloigné de la « civilisation », sont la réduction massive de l’exposition aux lumières artificielles et aux champs électromagnétiques (EMF). Votre horloge circadienne est influencée par votre taux de mélatonine, qui est elle-même influencée par votre exposition à la lumière le soir. Cela influe sur la profondeur de votre sommeil, et sur votre impression de vous sentir, ou non, bien reposé le lendemain matin.

Même une lumière extrêmement faible peut avoir un effet néfaste sur la qualité et la durée du sommeil. L’idéal est d'éviter toute source lumineuse dans votre chambre, la nuit.

Envisagez de poser des stores occultants aux fenêtres si elles se trouvent devant un réverbère. Envisagez également d’éliminer de votre chambre tout radio-réveil ou dispositif lumineux et/ou de porter un masque de sommeil pour réduire votre exposition à la lumière.

Les EMF peuvent également nuire à la qualité de votre sommeil et générer des dommages oxydatifs. Essayez d’éteindre tous vos appareils électroniques ainsi que votre Wi-Fi la nuit, afin de réduire votre exposition et d'améliorer ainsi la qualité de votre sommeil.

Des conseils pour améliorer la qualité de votre sommeil

Le sommeil reste l’un des grands mystères de la vie. Si l’on pensait autrefois qu'il était plus ou moins une perte de temps, la recherche a fait le jour sur le rôle essentiel qu’il joue dans le cadre d’un mode de vie sain.

Malheureusement, le manque de sommeil a des effets cumulatifs, et s'il est persistant, il peut nuire à votre santé. La bonne nouvelle, c’est qu'il existe de nombreuses techniques naturelles pour retrouver un sommeil réparateur, développer des habitudes régulières, et profiter d'un sommeil de bonne qualité.